« L’avenir d’une société ne repose pas sur l’argent mais sur les valeurs », a affirmé hier le Premier ministre dans un discours lors de la célébration de Ganesh Chaturthi au Maharashtra Bhavan. À travers des anecdotes et des sous-entendus, Navin Ramgoolam a transmis un message essentiellement politique. Il a insisté sur le fait que le Premier ministre ne peut intervenir dans une enquête contre la corruption. S’agissant de la situation économique dans la perspective du prochain budget, le Premier ministre a insisté sur le fait que « le pays doit passer avant la popularité ». La célébration de Ganesh Chaturthi à Moka avait été organisée par la Mauritius Marathi Mandali Federation, le Mauritius Marathi Cultural centre trust et la Marathi Speaking Union en présence des membres du cabinet et du parlement. Le seul membre de l’opposition présent était Maya Hanoomanjee, qui est partie après le discours du président de la MMMF Balraj Narroo.
Insistant sur l’importance de se mettre toujours à l’écoute de la population, une qualité attribuée à lord Ganesh, le Premier ministre a lancé : « Ne cherchez le pouvoir uniquement pour le plaisir d’avoir le pouvoir ou pour avoir un gain personnel, mais pour servir. »
Le Premier ministre a dit sa méfiance pour tout ce qu’on peut lui raconter sur autrui. « Lorsque cela se produit, je me demande toujours quelle est la motivation de la personne. Pourquoi vient-elle me confier cela. Comme font les officiers de police enquêtant sur un délit, je me demande toujours : à qui profite le crime ? Quelle est la raison derrière telle ou telle attitude », a-t-il poursuivi. « Dimann lord Ganesh éclaire nou l’esprit pou konpran ki fine arrivé. Ki éna par derrière ? Ce qui ou planté ou récolté », a-t-il ajouté.
Sur le chapitre des obstacles, le Premier ministre a évoqué la crise économique qui secoue l’Europe et les États-Unis, dont nous dépendons sur le plan économique. Cette crise aura positivement des répercutions sur le pays. Et de souligner la nécessité de faire des sacrifices en citant en exemple ce qui se passe en Grèce, pays où l’ancien Premier ministre a été battu aux élections en raison des effets de la crise. Navin Ramgoolam rappelle ainsi que l’on aurait pu croire que le nouveau Premier ministre grec adopterait une politique plus souple, mais, dit-il, c’est exactement le contraire qui s’est produit. Car même s’il a hérité d’une situation dont il n’est pas responsable, il n’a pas hésité à introduire une série de mesures d’austérité, comme la réduction des salaires des fonctionnaires. Le Premier ministre mauricien poursuit en rappelant que son homologue grec a fait comprendre qu’il avait été choisi par le peuple pour redresser le pays, et non pas pour devenir populaire. Car, dit encore Navin Ramgoolam, il ne faut pas hésiter à prendre les mesures nécessaires si l’on ne veut pas que son pays se dirige vers la faillite. En résumé : l’intérêt du pays doit passer avant la popularité. D’autant que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne ne prêtent de l’argent à personne à moins d’être certains d’une réelle volonté de redresser le pays.
Navin Ramgoolam a expliqué que sir Veerasamy Ringadoo n’avait pas dévalué la roupie à deux reprises pour son propre plaisir. Mais c’était une exigence du FMI. Cependant, alors que ces mesures commençaient à donner des résultats positifs, la coalition PTr / PMSD a perdu les élections générales. Il a fait part de son intention de publier un discours prononcé alors par sir Veerasamy Ringadoo dans le journal Advance qui, dit-il, sortira bientôt. Et de se réjouir ensuite d’avoir Xavier-Luc Duval, qui est expert-comptable, au poste de ministre de Finances.
« Dans une période aussi difficile, pensez-vous que les Mauriciens s’intéresseront à l’avenir des politiciens plutôt qu’à leurs enfants ou à leurs familles ? », s’est-il demandé. Navin Ramgoolam a insisté sur l’importance de bien cibler les problèmes. Il a ainsi souligné l’importance de préconiser un développement inclusif de sorte de s’assurer que si certains deviennent « de plus en plus riches », d’autres ne restent au bord du chemin.
Le Premier ministre a souligné l’importance de la méritocratie, qui faciliterait la vie de tout un chacun. Il a ainsi annoncé l’introduction prochaine de l’Equal Opportunity Bill, qui s’assurera du respect de l’équité aussi bien dans la fonction publique que dans le secteur privé. « Sans méritocratie, aucun pays ne peut atteindre tout son potentiel », dit-il.
Il a rappelé qu’il évoque l’EOA depuis 1991. Un texte de loi a été adopté au parlement mais n’a pas encore été proclamé. un retard qu’il attribue à plusieurs raisons, dont les difficultés que représenterait le fait que toutes les instances prévues par la loi opèrent sous une telle ombrelle. Ce qui risque d’empêcher la loi de produire les effets escomptés. Et d’annoncer que le Parlement sera appelé à la rentrée à apporter certains amendements à la loi avant qu’elle ne soit proclamée.
Sur le volet de la corruption, le Premier ministre a rappelé que lors de son premier mandat, deux ministres et un PPS avaient été forcés de soumettre leur démission après avoir été interpellés par l’ECO, qui avait été créé par son gouvernement. D’ailleurs, poursuit-il : « Un Premier ministre ne peut interférer dans une enquête contre la corruption. » Malgré cela, observe encore Navin Ramgoolam, sa popularité était en baisse dans les sondages alors qu’il avait demandé à ses ministres de démissionner sur la base d’allégations. Un paradoxe qui, selon lui, résultait alors de la campagne de l’opposition, qui avait « inventé un mauvais coté qui n’existait pas ».
S’agissant de l’ICAC, le Premier ministre insiste : non seulement il sera intransigeant, mais il veillera aussi à ce qu’elle termine son enquête sans interférence. Car lorsqu’il y a des faits de corruption, c’est tout le pays qui perd, dit-il.
Dans un autre ordre d’idées, le Premier ministre a dénoncé ceux qui accordent trop d’importance à l’argent. « Kan nou pou allé (ndlr, mourir), pas konpran ki kantite casse bizin », a-t-il admis. Navin Ramgoolam a finalement insisté sur la nécessité pour son gouvernement d’avoir une vision unique, celle du Premier ministre, et pas « 24 visions ».