La Gare Victoria, qui est le passage obligé de 125 000 personnes chaque jour, est un lieu de tous les dangers à l’heure de pointe les après-midis, particulièrement dans la zone située entre les quais d’embarquement du côté de la Nationale et l’emplacement où l’on prend l’express pour Rose-Hill. Entre les marchands occupant à leur gré ce territoire et étalant leurs produits à même le sol et les bus collés les uns aux autres faute d’espace, les usagers essaient, non sans angoisse, de se frayer un passage. Jeudi après-midi, deux personnes vers le quai d’embarquement pour les bus express ont failli y laisser leur vie, n’était-ce le cri alarmant des témoins : « Sofer atansion… Pa rekile sofer, ena dimounn deryer. » Malgré les nombreux articles de presse dénonçant l’anarchie qui règne dans cette gare, les autorités concernées peinent à y rétablir l’ordre.
Les habitués de cette gare sont excédés par le laisser-aller, qui a pris une pente dangereuse particulièrement les après-midis. « Kot lotorite ete ? Eski zot kone ki pase dan lapre-midi isi ? Eski fodre enn dimounn pass anba larou bis pou ki zot reazir ? » se demandent-ils avec colère. D’autres invitent les conseillers municipaux et les députés de la capitale de tous bords politique à être sur place un après-midi afin de mieux comprendre leur inquiétude en traversant cette gare. « Zot ava trouve ki nou pa pe ekzazere kan nou dir ena boukou danze ».
Quatre autorités sont concernées par la gestion de la gare Victoria : la municipalité de Port-Louis, la police, la Trafic Management Unit et la National Transport Authority. Selon les statistiques il y a 125 000 passagers qui transitent par cette gare et une flotte d’environ 277 bus qui y entrent et qui en sortent quotidiennement. Sans compter les marchands “ambulants” qui se sont multipliés et qui ont pris leurs assises. Même la municipalité de Port-Louis est dans l’incapacité d’avancer un chiffre tant ils sont nombreux.
Les responsables de ces quatre organismes sont-ils au courant de l’indiscipline qui règne dans ce centre névralgique de la capitale et des dangers potentiels qui guettent les passagers qui se hâtent vers les différents quais d’embarquement ? « Nous sommes au courant de la situation mais nous avons chacun une responsabilité spécifique dans cette gare », s’empressent de préciser des officiers de la NTA interrogés hier par Le Mauricien. « Celle de la NTA est de veiller à ce que les bus quittent la gare aux horaires indiqués et qu’il y ait suffisamment de bus sur les différents quais d’embarquement », répondent ces cadres.
La NTA est d’avis que cette gare routière est trop exiguë aujourd’hui pour accueillir le nombre de véhicules à l’heure de pointe et ajoute que la présence grandissante et désordonnée des marchands rend plus difficile les manoeuvres des chauffeurs. Est-ce à dire qu’ils cautionnent les gestes imprudents des chauffeurs qui mettent en danger la sécurité des piétons surtout lorsque ces derniers doivent, la peur au ventre, se glisser entre les bus collés les uns aux autres ? « Pas du tout. Nous pouvons envoyer une lettre à toutes les compagnies d’autobus et aux propriétaires des bus individuels pour leur demander de responsabiliser leurs employés par rapport à la sécurité des passagers et des piétons », répondent ces cadres de la NTA.
Laxisme de la police
La municipalité de Port-Louis, de son côté, souligne qu’elle est responsable de l’entretien de la gare et de l’octroi de certains permis d’opération aux commerçants et aux compagnies d’autobus. Aslam Hossenally, le Lord maire affirme que la municipalité « ne ferme pas les yeux » sur la présence envahissante des marchands à l’intérieur de la gare mais que le manque aigu d’inspecteurs municipaux est une sérieuse contrainte. « Nous avons seulement 46 inspecteurs pour toute la ville et ils doivent assurer le contrôle pour une multitude d’activités commerciales. Impossible de leur demander de rester toute une journée seulement à la gare Victoria. Après les heures de bureau ils ne sont pas là », explique le Lord maire, qui croit en une amélioration de la situation très bientôt avec le relogement des colporteurs à des sites spécifiques.
A la municipalité et au sein de la NTA, on blâme sévèrement la police pour ce capharnaüm qu’est devenue la gare Victoria et lui reproche son laxisme. « La police ne fait pas son travail », « kot lapolis ete ? », « pa trouv zot, zot invizib » sont quelques-unes des remarques récurrentes à l’encontre de la police.
Néanmoins, les officiers de la NTA et la municipalité reconnaissent la nécessité et l’urgence d’un effort conjoint de ces quatre autorités pour assainir la situation à la gare Victoria. « Si tout le monde fait un effort on pourra redresser la situation ».
En attendant ce sursaut des autorités concernées, la gare Victoria chaque après-midi et chaque matin avant 9 h est une immense foire où tout est à vendre aujourd’hui, y compris des couteaux de cuisine. Si dans les foires municipales les commerçants paient annuellement la location des étals et respectent les règlements concernant l’ordre et la discipline, à la gare Victoria les colporteurs se déplacent à leur guise sur cette voie publique. Les autobus et les piétons doivent slalomer entre des paniers, caisses, boîtes en cartons de toutes dimensions, bicyclettes, tricycles, tréteaux sur roues, vans déposant les marchandises. Parfois quelques rares policiers sont visibles mais assistent de loin aux activités qui s’y déroulent.