Dans une lettre ouverte au vice-Premier ministre et ministre des Finances, l’Association for the Protection of the Environment and Consumers (APEC), sous la signature de son président Suttyhudeo Tengur, réclame la levée d’un impôt spécial (Special Levy) sur le profit des institutions financières, dont des banques, pour maintenir la subvention sur le gaz ménager et ne pas ainsi passer à une éventuelle augmentation. À cause d’un regain de tension dans la région du Golf, le prix du gaz à l’international est actuellement plus cher.
« Nous estimons que même si les subsides (NdlR : sur le gaz ménager) devaient atteindre un milliard de roupies, l’on ne devrait pas demander à la population de se serrer davantage la ceinture », argue Suttyhudeo Tengur dans la lettre à Xavier-Luc Duval.
Le président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers (APEC) souligne que sur chaque litre d’essence vendu à la pompe aux automobilistes, l’État prélève Re 1.50 pour subventionner le prix de la farine, du riz et du gaz ménager.
« Que le gouvernement se tourne vers des institutions financières où les profits dépassent les milliards de roupies pour assurer — ne serait-ce qu’à titre temporaire — que cette hausse du prix du gaz ménager ne se répercute pas sur les bourses des consommateurs », propose le président de l’APEC aux ministres des Finances. « Dans une telle conjoncture, l’État peut imposer un “levy” spécial en cette période de crise pour pouvoir maintenir ces subventions additionnelles. Ces institutions pourront aussi agir en signe de solidarité pour pourvoir les finances nécessaires afin d’alléger le fardeau du petit peuple », explique Suttyhudeo Tengur.
Autre suggestion de l’APEC pour éviter qu’une éventuelle augmentation du prix du gaz ménager ne soit passée aux consommateurs : « L’utilisation des fonds de la Corporate Social Responsibility pour maintenir les subventions pendant une période déterminée. »
Suttyhudeo Tengur exhorte par ailleurs le gouvernement à prendre des mesures pour éviter des gaspillages des fonds publics en mettant fin aux activités de certaines institutions, qui, selon lui, coûtent très cher à l’État, « mais qui en fin de compte ne rapportent rien ». « Parmi ces institutions, le National Productivity and Competitiveness Council, qui obtient Rs 19 millions et qui organise des activités ne rapportant même pas Rs 3 millions. Il y a le Mauritius Research Council dont les rapports trouvent souvent les chemins des tiroirs et qui font les repas des mites. Il y a aussi le National Economic and Social Council dont les membres sont grassement payés et dont les propositions ne servent strictement à rien », soutient le président de l’APEC.
Parallèlement, poursuit Suttyhudeo Tengur, le gouvernement pourrait encourager l’utilisation de l’éthanol comme carburant afin de baisser notre facture d’importation des produits pétroliers. Il argue que, dans le cadre du projet Maurice Île Durable (MID), le gouvernement a pris des mesures « encourageantes » pour diversifier nos sources d’énergie. « Plusieurs études pour développer des sources d’énergie alternatives ont déjà été identifiées. Aujourd’hui l’énergie solaire (chauffe-eau, panneaux photovoltaïques) est couramment utilisée. Cela n’empêche pas le gouvernement d’aller de l’avant avec le recours à d’autres sources dont l’utilisation de l’éthanol comme carburant. Depuis des années, des études ont démontré que cette énergie verte pourrait bien constituer une alternative fossile. Alors, qu’attend le gouvernement pour agir ? », se demande le président de l’APEC.
Suttyhudeo Tengur propose par ailleurs que la State Trading Corporation (STC) diversifie les sources d’approvisionnement en produits pétroliers en se tournant vers le Bahreïn, grand producteur de gaz, et l’Australie dont une bonne partie du gaz est exportée. « Cela permettra au pays de jouer sur plusieurs niveaux afin de trouver le meilleur fournisseur à un meilleur prix tout en garantissant une protection aux consommateurs », argue-t-il.
Selon Suttyhudeo Tengur, les consommateurs savent déjà que 2012 sera une année difficile en raison des diverses crises qui secouent le monde et notamment l’Europe. Il estime qu’avec l’augmentation du prix du gaz par le fournisseur Koweet Petroleum Corporation, la répercussion se fait automatiquement sentir à Maurice et la STC va néanmoins passer cette augmentation directement aux consommateurs si l’État n’intervient pas en augmentant les subsides de Rs 130 millions à Rs 820 millions.
« Si le gouvernement veut bien agir pour protéger les consommateurs, il dispose de tous les moyens, évitant ainsi que l’île Maurice ne sombre dans une instabilité sociale et politique », prévient le président de l’APEC.