« Le Y est une matière brute que l’on peaufine pour qu’elle s’intègre au mieux à l’entreprise. » C’est en quelque sorte la philosophie de Daniel Constantini, ancien coach de l’équipe de France de handball qui est aujourd’hui conseiller en ressources humaines et spécialiste de la performance collective. Il animait récemment une conférence publique, organisée par le groupe TetraNergy, durant laquelle il a livré ses concepts et astuces sur le management de la Génération Y, une catégorie de jeunes employés vue comme « difficile ».
Ceux qui appartiennent à la Génération Y sont nés entre 1982 et 1997 et sont issus de l’ère numérique et de la mondialisation et s’interrogent sur tout. Les « Y » sont supposés demander « pourquoi » à tout bout de champ, surtout quand ils reçoivent un ordre. « Pourquoi » et « Y » se prononcent de la même façon en anglais. D’où l’appellation « Génération Y ». Tout va vite pour ces derniers qui sont connectés à l’ère internet et aux réseaux sociaux. Avec cette nouvelle génération de salariés, c’est l’entreprise qui s’adapte, fait comprendre Daniel Constantini. Leur intégration dans une société chamboulerait souvent les codes de l’entreprise au point de dérouter certains managers souvent déstabilisés devant les attitudes ou le manque de respect envers la hiérarchie de ces jeunes.
Le « Y » est en effet diplômé, exigeant et ambitieux, n’a pas souvent une vision à long terme des choses et ne sait pas toujours scinder entre vie publique et vie privée. Il est cependant très adaptable et accède rapidement à l’information. Pour lui, le changement est motivant. « La Génération Y a les aptitudes, mais pas encore les capacités. Elle doit cependant accepter de s’améliorer », explique l’ancien coach sportif qui au cours de sa carrière a dû mettre en pratique des concepts de coaching au sein de son équipe nationale de handball composée aux jeunes et s’adapter ainsi aux différentes personnalités et méthodes d’entraînement.
C’est dans la valorisation du savoir-faire que doit investir l’employeur, conseille Daniel Constantini pour le monde du travail. Le spécialiste citant ainsi l’exemple du sport de haut niveau où la valorisation du savoir-faire est privilégiée à force de s’entraîner, à la différence qu’en sport on passe 90 % du temps à s’entraîner et 10 % à jouer des matchs alors que dans le monde du travail, le ratio est inversé.
Il faut donc encourager la Génération Y à répéter les mêmes tâches pour l’aider à s’améliorer. « À force de répétition, elle se transforme et ses capacités vont se développer », affirme Daniel Constantini. Le management d’une entreprise doit ensuite miser sur le progrès personnel permanent, c’est cela qui va permettre à ces jeunes employés de traverser les âges, selon le spécialiste. Cela consiste, pour le manager, à rendre ses collaborateurs compatibles avec la performance, en les accompagnant dans les étapes de leur progression. « Il faut les mettre dans une situation où ils peuvent se dépasser chaque jour et non pas se contenter du travail attendu. »
La réussite d’une équipe repose aussi sur le dialogue. « Quand on a une entreprise à dimension humaine, il faut donner la parole aux employés […] En entamant la discussion, cela permet au manager de retenir ce qu’il y a de plus intéressant dans les discours des Y et ceux des anciens. » Comme dans toute équipe, il faut également savoir faire preuve d’empathie et miser sur le tutorat. Dans une entreprise cela passe par le soutien des collaborateurs les plus anciens à ceux issues de la nouvelle génération. « C’est vous qui avez l’expérience et la compétence », lance-t-il. Cette démarche permet par la même occasion de créer une certaine relation, voire intimité entre les deux générations et de démystifier d’éventuelles rivalités. Le passage des connaissances permet par ailleurs aux anciens de revoir leurs compétences et savoir-faire.
Durant les conférences qu’il anime régulièrement, Daniel Constantini évoque souvent le nom de Jackson Richardson, un joueur réunionnais qu’il a découvert en 1988 à l’île Soeur et qui à l’époque ne lui avait pas vraiment tapé dans l’oeil jusqu’au jour où durant un match contre la Norvège, le coach lui demanda de « jouer son jeu ». Ce dernier a complètement surpris ses adversaires et le coach sportif découvrit ce jour-là, un joueur avec un certain « plus » et qui s’est révélé au fil des matchs comme une « invention ». Daniel Constantini a conclu sa conférence en expliquant que dans toutes entreprises, on peut ainsi rencontrer des « inventions professionnelles » car « la Génération Y est une matière brute que l’on peaufine pour qu’elle s’intègre au mieux à l’entreprise ». « Cela va dans les deux sens : la société permet à cette génération d’aller au bout de son potentiel professionnel et de son côté le Y fait un effort d’intégration. »