Le comité sur les accords commerciaux régionaux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est réuni depuis hier à Genève pour examiner l’accord de libre-échange (“Free Trade Agreement”) entre Maurice et la Turquie, et ce en vue d’établir s’il est conforme aux dispositions de l’OMC.
La délégation d’officiels de Maurice à cette réunion est menée par Assad Bhuglah, directeur de politique commerciale à l’International Trade Division du ministère des Affaires étrangères. Celle de la Turquie est dirigée par Mehmet Bozkurt, chef de division au ministère de l’Économie. Pour faciliter les discussions à cette rencontre, le secrétariat de l’OMC a préparé un rapport présentant les faits saillants de l’accord de libre-échange (FTA), rapport qui a été remis en avance aux membres de l’OMC afin de leur permettre de poser des questions ou de rechercher des clarifications lors de la réunion de travail.
Signé le 9 septembre 2011, le FTA Maurice-Turquie est entré en vigueur le 1er juin 2013. Il est estimé dans divers milieux qu’en une année d’opération, il est difficile de jauger l’efficacité de l’utilisation des dispositions de l’accord.  Selon l’OMC, la Turquie se retrouvait en 22e position des pays exportateurs dans le monde en 2012, et ce en excluant les échanges intra-Union européenne. Ce pays se classait 15e parmi les plus gros importateurs mondiaux. Maurice, elle, se trouvait au 100e rang au niveau des exportations aussi bien que des importations. La structure du commerce de marchandises de Maurice et celle de la Turquie sont différentes. Les produits manufacturés ont un poids important dans les exportations (70,8%) et des importations (55,9%) de la Turquie. Dans le cas de Maurice, les produits manufacturés pèsent plus lourd (52,2%) dans les importations alors que les produits agricoles jouent un rôle important (31%) dans les exportations.  
Selon le rapport de l’OMC, le déficit commercial de la Turquie s’est accentué pendant la période 2008-2012. Maurice, indique l’OMC, a vu son déficit commercial prendre une courbe ascendante pendant la période 2000-2012. Le rapport souligne que les exportations totales en 2012 n’ont pas retrouvé le niveau enregistré en 2008 alors que les importations n’ont cessé de s’amplifier.
La Turquie a toujours entretenu une balance commerciale favorable avec Maurice depuis 2006. L’OMC rapporte que les quatre plus importants produits exportés par la Turquie – à savoir le textile, les métaux de base, les machines et les véhicules – ont constitué, pour la période 2010-2012, environ 60% des exportations totales du pays et 47,6% des importations mauriciennes de ce pays. Pour cette même période, les quatre produits les plus importants exportés par Maurice (textile, produits alimentaires en conserve, pierres précieuses et produits animaux) ont constitué 93,5% des importations de la Turquie de Maurice.
La Turquie éliminera complètement les tarifs sur les produits industriels en provenant de Maurice d’ici 2016 alors que Maurice le fera d’ici 2022. Maurice a le privilège d’exclure certains produits industriels dits « sensibles » de la liste des produits dont l’importation sera libéralisée. Pour ce qui est des produits agricoles et de la pêche, la Turquie accorde un traitement préférentiel à ceux exportés par Maurice. Ce dernier a la possibilité d’exclure des produits agricoles de la Turquie de sa liste des produits importés. Les droits de douane sur les produits agricoles devront être totalement abolis vers 2022.
Le FTA Maurice-Turquie fait provision de mesures de sauvegarde en vue de protéger des industries domestiques en cas de situation urgente. Il est aussi prévu que les règles d’origine puissent être cumulées, un pays partenaire pouvant utiliser des matières premières provenant d’un pays tiers, d’un pays ACP ou de l’UE pour la fabrication d’un produit fini et bénéficier d’un traitement douanier préférentiel, à condition toutefois qu’il y ait du « sufficient working or processing ». Concernant les matières premières importées des pays ACP, il faudrait pour les besoins des échanges entre Maurice et la Turquie que ces deux derniers aient, au préalable, conclu un FTA avec les pays ACP en question.