De retour depuis dimanche des championnats juniors d’Afrique australe de tennis tenus en Namibie, le DTN George Oyoo commente les résultats et les performances des jeunes qu’il a accompagnés. S’il estime que Maurice aurait pu qualifier six joueurs au lieu de quatre pour la phase finale des championnats d’Afrique juniors, il ne tiendra pas le même langage que ses prédécesseurs en parlant de ses objectifs pour les jeunes. « Il faut être réaliste dans ce qu’on fait… Moi, je ne dirai jamais aux jeunes que je ferai d’eux des pros… », confie-t-il. Après bientôt quatre mois au poste, il nous parle aussi de son plan d’action.
Sur huit joueurs en lice, Maurice en a qualifié quatre en vue de la phase finale des championnats d’Afrique juniors (du 3 au 14 avril au Caire). Ce résultat vous convient-il ou êtes-vous surpris ?
Il est bien en dessous de mes attentes. Nous aurions pu avoir deux qualifiés de plus. Et même si les jeunes ont fait de leur mieux, je pense qu’ils ne se sont pas battus pour gagner. Leurs adversaires étaient presque du même niveau dans ces matches que j’appelle compétitifs, soit très serrés des deux côtés. Je n’ai vu aucun d’eux se battre réellement. Par contre, Shannon Wong a fait un bel effort pour arriver en demi-finales U16. En poule, elle a gagné en trois sets 6-1, 7-6, 3-6 contre la Namibienne Sedi Jacobs, qui est basée au centre ITF de Pretoria. Des matches comme ça me donnent une idée exacte si on est ou pas sur la bonne voie. Eugénie Lim Ah Tock s’est effondrée 1-6, 2-6 au 1er tour contre la même Namibienne. Elle aurait pu faire mieux en termes de score. Pour les autres, je dirai que Dylan Foo Kune n’a pas eu de chance en contractant la gastro. Pour moi, il a bien joué contre le Sud-Africain (le n°2 du tableau Lloyd Harris), même s’il a perdu en quarts. Julien Min Fa a bien joué en poule mais est tombé 1-6, 2-6 en quarts contre le grand favori, le Sud-Africain Courney Lock, qui est également basé au centre ITF de Pretoria. Min Fa aurait dû s’incliner de manière plus honorable. Mais il a gagné la finale du double avec Dylan sur forfait des Sud-Africains. Les deux autres garçons en U14 ont eu, il est vrai, un tirage au sort défavorable. Mais je crois aussi que Dean Dulthummon et Hemanshu Rambojun auraient dû avoir gagné tous leurs matches en poule qualificative. Mais Dean en a perdu un sur quatre et Hemanshu deux sur cinq. Si Dean n’avait perdu aucun match, il aurait été parmi les quatre têtes de série du tableau final. Mais il a perdu 6-4, 0-6, 5-7 contre le Malgache Andritoavina Ratsimandresy (11 ans ; Rambojun l’avait battu à Maurice en octobre sur le circuit CAT U14) alors qu’Hemanshu a perdu entre autres contre le Lesothan Kukutla Motlojoa. S’ils avaient gagné ces deux matches, ce qui je crois était possible, on aurait eu deux qualifiés de plus. Je leur avais pourtant bien expliqué qu’ils n’avaient pas droit à l’erreur. En U14 filles, Amélie Boy aurait également dû être en demi-finales, mais elle a perdu contre une Zimbabwéenne. Par contre, Maelyn Chan Tam aurait pu terminer 7e au classement final pour assurer sa qualification.
Avec ces résultats, trouvez-vous que le niveau des joueurs est en hausse ou en baisse ?
Comme je l’ai dit, on aurait pu avoir six qualifiés. À la base même, les joueurs n’étaient pas totalement concentrés sur leur objectif pour tenter de relever le défi. C’est ça le problème. Ce n’est pas que les autres joueurs soient meilleurs que les nôtres, car ils n’étaient pas rassurés en sachant qu’ils allaient jouer contre les Mauriciens. Physiquement et techniquement, nos jeunes n’ont rien à leur envier. Mais c’est le mental et la tactique qu’il faudra revoir. Pour moi, en fait, ce fut une bonne expérience car c’est ce qu’on va faire à partir de maintenant qui va être important pour le futur. Ils ont tous encore une belle marge de progression. On ajustera la tactique et le mental afin de les rendre plus compétitifs la prochaine fois.
En fait, qu’avez-vous observé en comparant le niveau des étrangers à celui de nos jeunes ?
En termes de niveau, la seule chose est que les étrangers sont plus exposés à des tournois que les nôtres. Dans certains matches, les adversaires sont aussi d’un an plus âgés. Par contre, nous avons ici des tournois d’un bon niveau et des matches indécis. Considérant cela, je crois que les étrangers font la différence juste parce qu’ils jouent plus de tournois.
C’est une réflexion qui nous est très familière car c’est le même refrain que d’autres DTN avant vous ont toujours chanté. Donc, rien n’a changé depuis ?
(Rires) C’est parce que les jeunes au fur et à mesure qu’ils grandissent font plus attention à leurs études au détriment des entraînements et des compétitions. Je parle des matches très serrés. J’ai constaté que la plupart des joueurs ne jouent qu’une soixantaine de matches serrés. Ce qui est insuffisant. À Maurice, ces matches débutent en général en quarts de final, sinon en demi-finales. Par contre, en Afrique du Sud, ils débutent au 2e tour. Mais on a mis en place un nouveau plan d’entraînement qui tourne à 60 heures par mois, si l’on inclut la partie de condition physique. Je crois que ce plan permettra au joueur de réussir également dans ses études. Faire plus de 60 heures réduirait leurs chances de réussite académique. Il faut être réaliste dans ce qu’on fait. Ce qu’on détient ici est le même qu’au centre de Pretoria. Tout ce qu’on a à faire est d’exposer les jeunes à plus de tournois. Moi je ne dirai jamais aux jeunes que je ferai d’eux des pros. Même quand j’étais coach au Kenya, j’aidais simplement les joueurs à se perfectionner pour avoir un meilleur classement mondial junior sans qu’ils ne négligent leurs études. Et une fois admis au collège ou à une université américaine, là, ils pourraient éventuellement se perfectionner davantage si possible.
Pour en revenir au tournoi qui nous intéresse, comment expliquez-vous le fait que les jeunes Mauriciens remportent pratiquement et assez souvent tous leurs matches contre les étrangers dans des phases initiales d’un tournoi, sauf contre les Sud-Africains lorsqu’ils tombent au 1er ou au 2e tour ? On dit alors qu’ils ont joué de malchance ?
On sait que les Sud-Africains sont des adversaires farouches et forts. Mais peu importe l’adversaire qu’on affronte, moi je veux voir la qualité dans ce genre de match. Il faut prendre la chose positivement en tenant compte de la réalité sur le terrain. De là, on rentre et on travaille en conséquence. C’est ça la compétition. Si vous êtes là, c’est parce que vous êtes aussi bon que votre adversaire. Le but n’est pas de faire en sorte d’éviter tous les joueurs costauds et d’affronter les moins forts pour dire à la fin qu’on a gagné. Car au fond, on sait fort bien que ce n’était que des matches normaux qu’on a gagnés et donc pas vraiment LE match qu’il fallait gagner.
Pour conclure, avez-vous établi un plan d’action pour le tennis mauricien ?
Oui, et je crois qu’il y a urgence à améliorer la base de la pyramide. Nous allons ainsi accentuer notre attention sur les U10 et faire en sorte d’éviter qu’ils se dispersent. Nous comptons organiser plus de tournois de mini-tennis et relancer le tennis scolaire et les tournois interclubs afin d’augmenter le nombre de jeunes en U12, U14 et U16. Cette année, nous allons aussi commencer à identifier les joueurs susceptibles de participer aux 9es Jeux des îles 2015 (Réunion). Il nous reste deux ans et l’année prochaine nous espérons repartir à la Fed Cup et à la Coupe Davis. Nous allons aussi appliquer le classement ITN qui sera utilisé concurremment avec le classement national. Nous espérons aussi pousser les U18 dans plus de tournois ITF afin qu’ils améliorent leur classement mondial.