Vous avez remporté cette semaine l’un de vos premiers grands combats pour la protection de l’environnement et du droit des citoyens à la mer. Quel est votre sentiment ?
J’ai le sentiment d’une mission accomplie. D’ailleurs, ce n’est pas le premier combat que nous remportons mais le 50e des 51 combats que nous avons menés depuis près de 20 ans. Toutes nos demandes ont été acceptées, et cela est une grande victoire pour nous. Cette date restera à jamais marquée dans l’histoire, c’est une immense fierté et joie. C’est un peu comme la victoire du pot de terre contre le pot de fer.
 
C’est un combat que vous pensiez gagner ?
Sincèrement, non. Au départ, je vous l’avoue que c’était la mer à boire. Les habitants de la région ont constaté le début des travaux depuis février et l’ont à maintes reprises signalé aux autorités, mais en vain. Donc, de février à août, ils ont essayé de stopper de leur côté les travaux mais sans grand résultat. Lorsque les habitants sont venus me voir, mon premier constat était : s’il n’ont pu rien faire durant ces six mois, comment allais-je le faire moi ? J’avais appris que le propriétaire de l’hôtel était un milliardaire et qu’il avait tous les moyens et tout un arsenal légal pour gagner cette bataille. Mais au final, c’est à nous que la Cour suprême a donné raison. D’ailleurs, ce qui m’a étonné, c’est que les conseillers légaux de l’hôtel n’ont pas fait de résistance et ont tout accepté in toto. Finalement, avec l’aide de tous, on a pu mener un enquête en profondeur qui nous a permis de détecter toutes les anomalies.
 
 Quelles sont vos motivations derrière ces nombreux combats que vous menez ?
Mon inspiration principale reste le Mahatma Gandhi et sa marche du sel. Il n’avait pas besoin qu’une foule le suivre, il avait juste besoin de convictions et d’y croire fermement. C’est cela qui nous motive, la foi en nos convictions. À un moment, il y a même eu des tentatives dans d’autres affaires pour acheter notre silence, mais on n’a pas cédé. Après tout, la patience est mère du succès…
 
Vous êtes considéré comme un « emmerdeur public » qui bloque de gros projets de développement économique. Que répondez-vous à cela ?
Non, je ne suis pas l’emmerdeur de service. Au contraire, je considère que le Forum des citoyens libres est un role model pour les Mauriciens qui n’ont pas confiance en eux et qui ont peur de faire entendre leur voix. Si jamais je n’avais pas eu raison, les juges ne m’auraient jamais donné raison. Les promoteurs avec leur ribambelle d’avocats chevronnés ont perdu face à notre petit groupe de citoyens. Cela veut tout dire. À vrai dire, nous sommes un peu les sauveurs de notre environnement, de notre écologie. L’on parle souvent de David contre Goliath. Je suis parfaitement d’accord avec cela, d’autant que c’est David qui a remporté la bataille.
 
Quels sont les moyens dont vous disposez pour pouvoir faire entendre votre voix ? Il faut des millions pour tous ces cas que vous portez devant la justice…
On n’a pas nécessairement des millions de roupies, mais des milliards de convictions, et cela sans aucune réserve. Il faut aller jusqu’au bout pour éduquer la population, pour leur parler et leur expliquer les choses. On est allé de village en village, on nous a parfois traités de tous les noms, de « bloqueurs de projets », etc., mais cela ne nous a pas arrêtés et nos convictions sont restées les mêmes. C’est seulement de cela dont nous disposons. 
 
N’êtes-vous pas découragé des fois ?
Oui, c’est souvent le cas lorsqu’il y a des attaques en tout genre à mon encontre, par exemple. J’ai des fois le sentiment que les gens que nous allons défendre méritent ce qui leur arrive, qu’ils auraient dû faire attention et ne pas se laisser berner par ceux au pouvoir. Mais après l’on se dit que nous devons les aider, les éduquer. On est souvent découragés, mais avec du recul, cela n’est au final qu’une source de motivation. C’est une sorte de challenge et le combat continue.
 
Justement, quel est votre prochain combat ?
Les combats sont ongoing. D’abord, il y a le combat contre la carte biométrique, et nous soutenons le Dr Mahadewoo. Nous sommes aussi contre le Sale by Levy, l’accaparement des plages à Trou d’Eau Douce, Mont-Choisy, St-Felix-Pomponette, Bel Ombre, l’aménagement du territoire à Flic-en-Flac, ou encore à Pereybère, entre autres. Nou pe kontinye lager.
 
D’autres projets ? Où en êtes-vous avec votre carrière politique ?
Je ne suis pas politicien du tout et je n’ai pas l’intention d’en devenir un. Lorsque j’ai participé aux élections en tant que candidat indépendant la dernière fois, c’était simplement pour faire entendre ma voix et celles des autres au Parlement. Un point, c’est tout ! Le FCL est d’ailleurs un groupe de société civile. Disons que je suis comme un chien de garde qui veille que les droits des citoyens soient respectés. Aussi, je le dis en toute franchise : je n’ai pas les compétences pour faire de la politique. 
 
Un message que vous auriez pour les citoyens mauriciens ?Je fais un appel aux citoyens de Maurice d’arrêter de croire au Père Noël et de penser qu’un quelconque député viendra à votre rescousse. Au lieu de vous apitoyer, agissez. Éduquez-vous pour ne pas tomber dans le piège de quiconque. On est trop naïfs. Je m’adresse plus particulièrement aux jeunes universitaires. Vous pouvez faire la part des choses, ne soyez pas des roder bout et agissez. Mon père avant de mourir m’avait dit qu’on était arrivés à Maurice sans rien, à part notre dignité et notre honneur. Telle est notre richesse. Je vis selon ce principe. Après tout, à quoi servent des milliards si l’on n’a plus aucune dignité ?