À 70 ans, Gérard Cimiotti n’a rien perdu de son humour ni de sa passion pour la musique. Il sort Classic Goes Sega, où il reprend une douzaine de morceaux classiques en version séga.
En 1976, un chef d’orchestre sud-américain prend l’initiative d’interpréter la Symphonie no 40 de Mozart en version samba, se rappelle Gérard Cimiotti. “Ce n’était pas si compliqué à faire.” Cette expérience tentée ailleurs l’avait séduit. “Mais faire la même chose avec le séga était beaucoup plus compliqué.” Il avait pourtant triomphé des contraintes et joué du Mozart en version séga. Le coquin avait baptisé le 45-tours 40 Mozart…
Le public avait aimé, au grand dam de quelques puritains. Parmi ces derniers, Max Moutia. Le tribun avait interpellé le fougueux Gérard Cimiotti pour lui reprocher cette initiative. “Il m’a dit que Mozart doit se retourner dans sa tombe à cause de moi.” Mais le même Max Moutia l’avait salué, “car il disait avoir entendu un va-nu-pieds sur un camion siffler du Mozart”. Le temps d’un 45-tours, Mozart était sorti des salons feutrés pour descendre dans la rue. “J’avais donc marqué un point.”
De l’ombre.
C’est le souvenir le plus marquant que Gérard Cimiotti garde de cette expérience musicale. Sa longue et très riche carrière avait par la suite conduit ce grand monsieur de la musique mauricienne vers d’autres projets. “Durant toutes ces années, j’ai accompagné d’autres artistes dans leurs projets, sans vraiment réaliser quelque chose pour moi.”
Le personnage resta ainsi dans l’ombre pendant quelques années jusqu’à ce que l’on lui rapporta une anecdote. Au cours d’une discussion à la MASA, un jeune artiste interrogea les autres sur le travail de ce Gérard Cimiotti, qui lui était inconnu. Il y eut chez le musicien comme une réaction d’orgueil. “Je me suis rendu compte qu’il y a une génération pour qui je suis inconnu.” Pour combler cette lacune, mais aussi pour se faire plaisir, il décida d’apporter une contribution à la MASA Artist Solidarity Scheme en enregistrant Classic goes Sega.
Alala Mozart.
Douze morceaux de musique classique empruntés aux plus grands compositeurs figurent sur cet album, avec, en bonus, une compilation composée d’extraits. Strauss, Mozart, Rubinstein, Bizet, Wagner, Luigi Denza, Offenbach, Schubert, Rossini, Verdi, Ponchielli… Gérard Cimiotti les a tous passés en revue, dans l’intimité de son studio où les titres ont été retravaillés l’un après l’autre.
Le principe est simple : il a repris chaque morceau et les a interprétés en les accompagnant d’un rythme de séga d’ambiance. Le résultat est bluffant. En sus de la dimension humoristique de l’initiative, Gérard Cimiotti offre une oeuvre originale que les mélomanes sauront certainement apprécier.
Jeux interdits.
Classic goes Sega est aussi une occasion agréable de retrouver dans ses oeuvres l’un des plus grands personnages de la musique mauricienne de ces dernières décennies. Car Gérard Cimiotti a été de presque tous les grands moments et révolutions vécus par la musique à Maurice depuis les années 60. La contribution de l’homme, fait OBE en 1988, a été reconnue par l’État.
Parlant de son album, Gérard Cimiotti rappelle qu’à l’origine, il n’est pas un musicien classique. “Je suis un musicien de variétés. Ce qui veut dire que je joue avant tout pour le public que je vois devant moi et que je m’adapte pour lui offrir une musique qui lui fera plaisir.”
Sur Classic goes Sega, le musicien a respecté ce principe, tenant en compte les sensibilités du public, qu’il soit mauricien ou d’ailleurs. En parfait alchimiste, il réussit la fusion entre le séga et le classique. “Je veux aussi démontrer toute la richesse du séga à travers cet album. Le séga est un style unique que nous avons dans le sang.”
Émotions.
Sur les murs de son studio, l’homme étale de nombreux souvenirs en images. On le retrouve dans les différents spectacles qu’il a animés ou encore aux côtés de célébrités de la musique : Clayderman, Tom Jones, Patrick Sébastien, Georges Benson, Maurane, entre autres.
À 70 ans, Gérard Cimiotti conserve la même passion pour la musique. En sus de travailler sur différents projets qui se présentent à lui, il anime chaque vendredi les soirées de ballroom dancing du Klondike. “La musique est joyeuse, elle est gaie. Je continue à jouer pour toutes les émotions qu’elle me procure”, dit-il.