C’est sa folie furieuse qui a poussé Gérard Sullivan à proposer une nouvelle comédie musicale. À peine a-t-il accompagné Ludivine Petit pour la mise en scène de La Traviata qu’il nous revient avec La Mélodie du bonheur. Une façon pour lui de vivre sa passion et de la partager. Les représentations auront lieu à partir du 12 octobre au J&J Auditorium.
Prêtre et homme de théâtre. Gérard Sullivan ne voit aucune incompatibilité à exercer les deux vocations. “Je suis heureux dans ce que je fais mais je voudrais avoir plus de temps pour le faire”, confie-t-il. C’est sa fascination pour l’aspect théâtral de la liturgie à l’époque de son enfance (avec la participation de diacres, de sous-diacres, etc., ainsi que l’aspect visuel des cérémonies) qui a contribué à faire naître sa vocation de prêtre. De retour à la maison, il mimait, devant ses frères et soeurs, les gestes du prêtre tels qu’il les avait vus à l’église. Au grand dam de sa mère, qui devait à chaque fois le réprimander. Enfant, il était tout le temps sollicité pour les spectacles et pour le chant.
Pont.
Dans les deux dimensions de sa vie, Gérard Sullivan voit un formidable moyen de communiquer et de tisser des liens entre les personnes. Il estime qu’il est essentiel d’établir des ponts. D’où l’image symbolique d’un pont sur la carte souvenir tirée à l’occasion de ses 40 ans de sacerdoce en 2010, et également pour souligner ce lien que Dieu établit avec les hommes à travers son fils Jésus. Les deux vocations lui ont permis de vivre cela. Il considère le théâtre comme un pont entre les cultures et vers un monde universel.
Fort du soutien du Cardinal Jean Margéot et de Mgr Maurice Piat, il a pu vivre en toute sérénité ses deux vocations. “Ils m’ont compris et m’ont encouragé. Ma vocation sacerdotale a pris cette couleur à Maurice; cela aurait pu être autre chose. Si je devais arrêter le théâtre, je n’arrêterais pas d’être prêtre ni d’être homme. Toute ma personnalité est habitée par cela. Ma vocation de prêtre et ma vie d’homme sont une même réalité; ils vont de pair.”
Le théâtre ne représente évidemment pas toute sa vie. Mais sa passion pour lui est source de motivation et l’incite à se lancer dans des projets de grande envergure lorsqu’il est sollicité. “Si je ne l’avais pas, ce serait trop dur.”
Sincérité.
Il n’a pu rester insensible à la proposition de Katrin Caine et de Paul Olsen, qui lui ont proposé de produire La Mélodie du bonheur à Maurice. Une tâche herculéenne, compte tenu de ce qu’il avait vu trois ans plus tôt à Toronto au Canada, quand il a assisté à une représentation de la pièce. Il a tenu à relever le défi car il n’est pas du genre à abdiquer devant les difficultés. Séduit par la pièce, il espérait un jour la proposer au public mauricien. “C’est quelque chose qui m’a ému. J’ai été fasciné par cette oeuvre”, confie Gérard Sullivan.
Pour lui, c’est une formidable production, un spectacle avec des chansons populaires qui ont bercé l’enfance de nombreuses personnes (Do ré mi, You are sixteen…), composées par Oscar Hammerstein sur une musique de Richard Rodgers. “Ce sont des histoires qui me touchent. La pièce transmet des valeurs importantes de la famille, de la parole donnée, d’honnêteté, de sincérité. Il y a un refus de compromission avec le courant dominant. Il y a un souci d’authenticité et de vérité.”
Pertinence.
La mélodie du bonheur s’inspire de la biographie de Maria Augusta Trapp et l’histoire se déroule un peu avant la Seconde Guerre mondiale. Gérard Sullivan considère qu’elle a encore toute sa pertinence aujourd’hui. “On ne vend pas son âme au diable. Mais le fric et toutes ses idées qu’il véhicule font que les gens ont perdu leurs repères.” Le metteur en scène aime donc partager avec le public mauricien des oeuvres qui aident à se construire. À mettre les gens debout et leur donner des repères dans un monde rempli de confusion.
Depuis Starmania, Zozef ek so palto larkansiel et les autres comédies musicales sur lesquelles il a travaillé, Gérard Sullivan a eu la chance de rencontrer sur sa route des personnes qui épousent les mêmes rêves et passions que lui. Des bénévoles qui, au fil des années, sont devenus ses complices; des personnes qu’il apprécie pour leur disponibilité et qui l’ont aidé. “C’est formidable de pouvoir avoir des personnes qui partagent mes rêves et mes passions, car financièrement, ce n’est pas rentable. C’est une acrobatie permanente à chaque fois.” Des décennies plus tard, ces hommes et ses femmes sont toujours là; d’autres sont venus se joindre à eux.
Financement.
Les sponsors étant rares pour des activités artistiques avec la politique de Corporate Social Responsibility (CSR), Gérard Sullivan a dû imaginer une formule pour produire La Mélodie du bonheur. Avec son équipe, il a pris un emprunt d’une dizaine de sponsors. Le remboursement se fera à partir de la billetterie. Grâce au public qui lui a toujours été fidèle, il espère rembourser ses dettes. Le déblocage financier découle de la confiance placée en lui par ses créanciers. “C’est un risque qu’ils ont pris, mais ils me font confiance.” Sans le soutien des sponsors, Gérard Sullivan craint que les représentations artistiques disparaissent à Maurice d’autant que la location des salles est très coûteuse. La solution serait que la promotion artistique fasse aussi partie des aides financières du CSR. Gérard Sullivan ne manque pas de souligner que l’art est également un moyen d’insertion sociale.
Le metteur en scène invite le public à venir en famille pour voir la comédie musicale qui, assure-t-il, sera de haute facture.