Depuis que le projet pilote d’une campagne de stérilisation a été entamé il y a deux ans par Humane Society International (HSI) en collaboration avec le ministère de l’Agro-Industrie dans le district de Flacq, 4399 chiens ont été stérilisés. Mais après le protocole d’accord signé avec cette organisation internationale qui milite pour les droits des animaux, ce programme a été suspendu, puisque le ministère n’a toujours pas pris la décision de poursuivre cette campagne de stérilisation démarrée dans l’Est.

Campagne qui devait s’étendre sur toute l’île pour réduire le nombre de chiens errants estimé à environ 200 000. Tout en déplorant que la pratique de la capture et l’abattage (catch & kill), décriée par les associations pour la protection canine, se poursuive de plus belle à Maurice, Carla Prayag, Africa Programe Manager et Companion Animals & Engagement à HSI, est d’avis que seules la stérilisation pour une bonne gestion de la population canine et la sensibilisation à travers l’engagement communautaire apporteront des résultats tangibles et humains sur le long terme.

l Le projet pilote de stérilisation des chiens errants qui avait démarré en 2018 à Flacq dans le dessein de réduire la population canine n’a, semble-t-il, pas connu de suite. Où en êtes-vous aujourd’hui avec cette campagne de stérilisation de masse qui devait se poursuivre sur l’ensemble de l’île ?

– Depuis que notre Memorandum of Understanding (MoU) a pris fin l’année dernière, nous attendons toujours une réponse du ministère en ce qui concerne la poursuite de ce programme dans l’Est, mais aussi sur l’ensemble de l’île. Pourtant, les premiers résultats sont encourageants: 4399 chiens ont été stérilisés dans la région de Flacq, une hausse de 42.5% comparée au 0.65% d’origine. Sur la plage de Belle-Mare et de Palmar, par exemple, le nombre de chiens stérilisés est passé de 5.6% à 90.9% et 0% à 63% respectivement. Grâce à ce programme de stérilisation, nous avons pu démontrer que sans la capture et l’abattage des chiens, il n’y a pas eu d’augmentation dans le nombre de chiens dans le quartier. Nous avons aussi noté une baisse dans le nombre de chiens présentant des problèmes dermatologiques, qui est passé de 20% à 0.9%. Ces résultats montrent que nous devrions continuer dans cette voie.

l L’abandon des chiens est un problème très complexe à Maurice. Quelle est la solution ? Quel a été votre constat à Flacq? Et comment les habitants ont-ils réagi à cette vaste campagne de stérilisation ?

-Nous continuons à travailler avec la communauté, qui a chaleureusement accueilli notre programme. Nous sommes intimement convaincus que notre démarche est aussi importante que le service de stérilisation, car la plupart des chiens qui errent par les rues à Maurice ont un propriétaire. Il est donc essentiel de créer un changement de comportement pour que la population change sa manière de percevoir le problème. Cela ne concerne pas uniquement les chiens, mais il faut bien évidemment prendre en compte le comportement du propriétaire des chiens errants et de la communauté en général. Nous devons travailler ensemble pour envisager des résultats fructueux sur le long terme. Naturellement il faudra également qu’il y ait une application de la loi pour ceux qui renoncent à leurs responsabilités de propriétaires et qui ne s’engagent pas fermement avec les groupes et services qui sont disponibles. Ceci dit, nous sommes ravis des réactions positives des habitants de la région qui, par ailleurs, nous encourage à continuer le service que nous leur apportons. La communauté comprend que nous avons tous une responsabilité importante envers nos animaux de compagnie, mais aussi face à l’environnement. Nous constatons avec satisfaction que suite à nos interventions, les propriétaires se montrent plus sensibles à emmener leurs chiens chez les vétérinaires locaux pour les vaccins, les traitements, etc. Malheureusement il y a encore 39% de la population de cette région qui ne sont toujours pas venus vers nous. Nous avons donc comme objectif de les cibler en priorité en montrant les résultats probants de notre action.

l Maurice semble manquer d’expertise dans le domaine de la gestion de la population canine. Que pensez-vous qu’il faut faire pour que la stérilisation en masse soit un succès à travers l’île ?

– Il faut juste des partenaires locaux qui veulent que cela soit un succès. HSI a déjà soumis un projet pour Maurice, où nous avons élaboré tous les éléments majeurs pour le succès du projet, comme la chirurgie, la loi, la formation, la communication, et le financement. HSI peut apporter son savoir-faire parce qu’elle travaille de façon systématique et nous avons une approche scientifique que nous appliquons pour chaque programme. La stérilisation en masse n’est pas un concept nouveau ou difficile à suivre. Nous prônons fortement un partenariat avec la communauté. En associant la dimension humaine et scientifique, nous pouvons combler les lacunes existantes et résoudre le problème à long terme. Nous avons aussi proposé au gouvernement de réaliser un programme national à partir de cette année, avec des centres autour de l’île et des campagnes de sensibilisation. Nous espérons que notre projet et notre appel seront reçus favorablement.

l Que faut-il faire concrètement pour le bien-être animal ?

– La solution se trouve du côté de la communauté et de la disponibilité d’un service de haut niveau et accessible à toute la population. Premièrement, il faut reconnaître qu’il y a un manque d’information sur l’importance de la stérilisation et les campagnes de sensibilisation sont très importantes. Il est primordial d’avoir un service de confiance, où les chiens sont bien traités et par conséquent les propriétaires auront une expérience positive. Avec une communauté avertie et des services accessibles, comme des caravanes qui se rendent dans les centres communautaires, les solutions deviennent réalisables. Notre équipe de la HSI mène une campagne de sensibilisation dans les écoles, les hôtels et au sein des différents groupes qui se réunissent dans les villages et les villes de la région Est. Nous exposons nos préoccupations par rapport aux chiens, et ensemble nous travaillons sur les solutions et actions qui apporteront le changement nécessaire. Il est aussi important d’avoir des lois strictes pour que la cruauté contre les animaux soit bannie des mœurs locales.

l Malgré votre contribution, la pratique de la capture et de l’abattage continue de plus belle…

– Nous sommes contre le “catch and kill” pour plusieurs raisons. Premièrement, l’inefficacité de cette méthode a été démontrée à travers le monde par des ONG internationales et des gouvernements avertis. Il a été prouvé que cela n’aidait guère à la diminution des chiens errants. Deuxièmement, cette méthode est cruelle et inhumaine. Ensuite, elle n’est pas rentable financièrement. Il vaut mieux trouver des solutions à long terme. Il faut instaurer un système fiable et efficace sur le long terme et les résultats seront durables et stables. Nous pensons que la stérilisation en masse est la solution pour Maurice. Il faut avoir un service qui attire la confiance des Mauriciens, qui soit de haute qualité et accessible à tous. Il convient de mener des campagnes d’information intenses avec la participation de tous. Il ne faut pas négliger la formation si on veut atteindre le niveau international concernant les services prodigués à la population et leurs chiens. Tout cela doit s’accompagner d’une approche humaine, d’une durabilité des projets qui sont des éléments majeurs dans la réussite d’une telle campagne de stérilisation. Il nous semble toutefois impératif de faire respecter et intégrer la loi fondamentale qui est le respect, l’amour et la protection des animaux.