La semaine écoulée pour le secteur de l’éducation a été marquée par les manifestations de colère d’élèves à l’Hindu Girls’s College. Elles réclament le départ du manager, qu’elles jugent « trop rigide et sévère » dans son mode de gestion. Les reproches de diverses natures à l’encontre des chefs d’établissements dans les milieux du secondaire ne sont pas rares, et la gravité de certaines plaintes oblige les autorités à prendre des mesures fermes. En cette fin d’année scolaire, qui sonne l’heure du bilan, pourquoi ne pas se poser les questions suivantes : avons-nous de bons recteurs à la tête de nos collèges ? Sont-ils suffisamment armés pour donner une réponse satisfaisante aux nouvelles réalités de l’école ? Tous nos interlocuteurs, dans le cadre de cette enquête, sont unanimes sur un point : les diplômes requis pour accéder au poste de recteur ne suffisent pas pour en faire de bons leaders.
À certains chefs d’établissement, on reproche le manque de leadership. À d’autres il manquerait, semble-t-il, « une touche humaine » dans leur gestion, et on les accuse de diriger leur établissement trop sévèrement et d’une manière martiale. Voilà en tout cas ce qu’on entend de la part de profs de carrière, à la fois dans les milieux des collèges d’État que privés,  à qui on demande leur appréciation de la gestion de leur établissement : « Il y a un manque de leadership dans nos écoles », « Zot pa koz ar dimoun », « Ils ne savent pas prendre la bonne décision », « Ils n’arrivent à avoir le juste milieu, soit ils sont trop sévères, soit il y a un laisser-aller »… La PPSA a d’ailleurs un volumineux dossier sur les manquements relevés, concernant les managers ou d’autres responsables d’établissement. Dernier exemple en date : celui d’un recteur d’un collège Medco ayant proposé du travail payant, en dehors de son établissement, à des étudiants de son collège, lequel recteur avait d’ailleurs ensuite été suspendu. Concernant les collèges d’État, les graves griefs sont référés au ministère, et ceux-ci sont également légion.
Et pourtant, rien à reprocher par rapport aux  qualifications académiques des chefs d’établissements. Ils respectent d’ailleurs les critères recommandés par le Pay Research Bureau (PRB) pour occuper ce poste à responsabilités. Selon cette institution, ils doivent détenir le Post Graduate Certificate in Education ou le Diploma in Education ainsi que le Diploma in Management ou le Diploma in  Educational Management. Auparavant, dans les collèges d’État, on accédait à ce poste selon le critère de l’ancienneté, mais il y a désormais un exercice de sélection.
Il en faut toutefois davantage pour gérer un établissement secondaire comprenant de jeunes adultes ouverts de plus en plus sur le monde grâce aux nouvelles technologies et qui ont un mode de vie qui déroute les aînés. « Nos recteurs ne sont pas armés », constate un des responsables d’une Zone Directorate. « Mis à part les diplômes, il faut avoir l’instinct  de leadership et de gestionnaire. Le problème, c’est que très peu de nos recteurs ont cet instinct », poursuit cet officier. Celui-ci est très critique dans son jugement à l’égard de certains recteurs. « Tout ce qui se passe à l’intérieur d’une école reflète la qualité de leadership. Si quelqu’un rencontre des difficultés dans un collège, partout où il ira, il ne donnera pas satisfaction à la communauté scolaire. »  
Mais les tâches purement administratives des chefs d’établissements ont décuplé ces dernières années, au point où leur rôle de “pedagogical leader” en souffre.  Une ancienne rectrice de collège d’État, aujourd’hui à la retraite, prend la défense de ses anciens collègues sur cette question. « J’ai lu récemment dans les journaux que des élèves reprochaient à leur rectrice de ne pas avoir du temps pour les écouter. Comment voulez-vous qu’elle puisse le faire si, tout au long de la semaine, le ministère réclame des rapports sur tout et sur rien ? » tonne cette ancienne rectrice d’un grand collège.  
Ravin Ramjee, président de l’Union of Rectors and Deputy Rectors of State Secondary Schools, met l’accent lui aussi sur cette surcharge de travail administratif qui, dit-il, engloutit la journée scolaire, ne leur laissant que peu de temps pour d’autres responsabilités. « Il y a un “overload” de “paper work” qui ne permet pas de répondre à d’autres besoins. Quand il ne s’agit pas des circulaires que l’on doit remplir à toute vitesse, on doit rédiger des rapports qu’on nous demande à midi et qu’on doit soumettre le même jour. Tenez, après avoir préparé pendant plusieurs jours les activités pour marquer l’anniversaire de SSR, on nous demande à présent d’en faire un rapport ! » relate Ravind Ramjee.  Ajouté à cela, le manque de moyens mis à la disposition des recteurs, tels le manque de personnel administratif. « Les collèges fonctionnent avec un personnel réduit. Savez-vous que certains collèges ont des dactylos à temps partiel car ce personnel partage leur semaine dans plusieurs collèges ? Un jour elles sont dans un collège et, le lendemain, elles vont ailleurs, selon les directives du ministère. Que fait-on si on a un travail urgent ? » demande, agacé, le président de ce syndicat de recteurs. Ce dernier souligne qu’à partir de la semaine prochaine, un bon nombre d’enseignants de SC et de HSC seront engagés dans la supervision de ces examens de Cambridge et seront donc absents de leur collège.  « Comment travailler avec un personnel réduit ? Ce sera encore une fois aux recteurs de gérer ce manque d’enseignants au collège ! »
S’agissant de la formation des chefs d’établissements, le président du syndicat des recteurs soutient que le ministère a fait « de gros efforts » dans cette direction ces dernières années. À titre d’exemple, depuis trois ans, le British Council organise, en collaboration avec le ministère, des cours en School Leadership. « La  majorité d’entre nous ont appris le métier de recteur sur le tas, faute de formation. Nous avons l’occasion, lors de ces cours, de parler des difficultés que nous rencontrons tous les jours. Le British Council en prend note mais il n’a pas le pouvoir de changer les choses. C’est au ministère de faire le nécessaire », concède M. Ramjee. Dans le cas des collèges catholiques, c’est le Bureau de l’Éducation Catholique qui assure la formation de ses recteurs d’une manière régulière.
Le président de l’association de recteurs des collèges d’État évoque d’autres éléments qui, à son avis, forgent la personnalité du chef d’établissement et qui contribuent à faire de ce dernier un bon recteur : « Chaque institution a un profil différent et un responsable de collège doit constamment se réinventer pour s’adapter à n’importe quelle situation. Il doit aussi avoir certaines qualités : il doit  être patient, courageux, optimiste, calme et, surtout, doté d’une bonne volonté. »