Khalil Elahee se prononce en faveur de l’introduction d’un système de « time of use tariff » dans le cadre d’une meilleure gestion énergétique. Il souhaite que le rapport de la National Energy Commission soit publié aussitôt que le gouvernement aura pris une décision concernant ses recommandations.
À quelques jours du budget, qu’attendez-vous du Energy Efficiency Management Office (EEMO), dont vous êtes le président ?
Le budget est un exercice important. Nous estimons qu’il nous faut cette année un renforcement de la capacité au niveau de l’EEMO en termes de personnel. La Building Control Act a été promulguée cette année. Cette législation prévoit que tous les bâtiments de plus cinq cents mètres carrés devront produire un certificat. Les règlements devront être publiés bientôt. Nous devons nous préparer pour avoir les moyens de mettre en oeuvre cette partie de la loi qui est essentielle pour aider à une meilleure gestion de l’énergie dans le secteur du bâtiment. Cette année, avec les amendements qui seront apportés à la loi, nous espérons voir l’introduction des labels sur l’efficacité énergétique. Nous commencerons sur une base volontaire avec l’introduction des étiquettes concernant l’efficacité énergétique. Cette pratique aura effet de loi après une période moratoire. Nous avons déjà vu l’introduction des minimum performance standards. Pour trois items, notamment les fours électriques, les réfrigérateurs et les machines à laver, il y avait des droits de douane additionnels à l’importation. C’est un projet dirigé par le ministère des Finances. Au niveau de l’EEMO, nous avons travaillé sur les critères en vue de l’introduction de cette mesure. L’année prochaine cette mesure sera appliquée pour d’autres appareils électroménagers. L’Agence Française de Développement et le Joint Economic Council travaillent sur un projet très intéressant concernant l’efficacité énergétique dans l’industrie. Au niveau de l’EEMO, nous aurons un rôle à jouer dans le cadre de ce projet. Il nous faudra également introduire ce qu’on appelle le « time of use tariff » qui implique le CEB. Les consommateurs résidentiels, commerciaux et industriels paieront plus cher leurs tarifs d’électricité à certaines heures. Aujourd’hui, les tarifs payés par les industries sont inférieurs aux coûts de production du CEB. Il nous faudra rectifier cela et venir par la suite avec le « time of use tariff ».
Que voulez-vous dire par “time of use tariff” ?
Nous sommes au mois d’octobre et la température est assez élevée. Il nous faudra prévoir d’autres types de consommation de l’électricité avec la chaleur et l’humidité. Une des façons de la contrôler est à travers le « time of use tarif ». De plus, avec l’introduction des « labels », nous nous attendons à ce que les climatiseurs soient conformes aux normes. Il ne faut pas oublier le secteur de transport.
Vous attendez-vous à des mesures fiscales pour renforcer le programme de gestion énergétique ?
Je m’attends à un certain nombre de mesures régulatrices qui s’inscrivent dans la continuité par rapport à celles prises l’année dernière. Il nous faut amender la loi pour introduire des règlements. En termes fiscal, il nous faudra relancer le programme de chauffe-eau solaire qui touche seulement 14 % des foyers alors que certains pays ont déjà atteint le niveau de 70 % à 80 %.
Concernant le programme de subvention des chauffe-eau solaires la liste d’attente est longue…
Il nous faudra une politique plus ciblée. Aujourd’hui, même les personnes qui ne sont pas qualifiées, peuvent avoir accès à ces subventions. II y a également le secteur photovoltaïque. Il existe une forte demande dans le secteur commercial et touristique sans attendre de subventions du gouvernement. À la fin, ce qui est important c’est la sensibilisation. L’Energy Efficiency Management Office, qui opère sous le ministère des Énergies et des Services publics, ira de l’avant avec une campagne de sensibilisation. Celle-ci visera les foyers mais également le transport qui n’est pas à l’abri d’une hausse des prix des produits pétroliers.
Comment économiser l’énergie au niveau du transport public ?
Il nous faut apprendre des techniques de conduite qui sont plus eco-friendly. L’entretien des véhicules, la pression des pneus aident à réaliser des économies. Comme recommandé dans un rapport publié il y a quelques années, il est essentiel que des informations précises soient transmises aux usagers de la route sur les embouteillages de manière à mieux gérer le temps passé sur nos routes. Il faut prendre en compte tout cela très vite et promouvoir le transport de masse. Dans le long terme, il est inévitable que nous concevions une substitution de notre carburant fossile par le carburant renouvelable. Cela ne fait pas de sens de produire de l’éthanol et de l’exporter en Europe pour être utilisé dans les véhicules. Il nous faut d’autre part utiliser le gaz naturel qui est une option intéressante.
Peut-on dire que l’EEMO a atteint sa vitesse de croisière ?
Pas encore. Le bureau a été créé bientôt deux ans. Beaucoup d’efforts ont été consentis par le ministère de l’Énergie pour recruter un directeur. Malheureusement, le poste est toujours vacant. Il faudra nous accorder du temps pour faire face à un « capacity building » qui est crucial. Un des enjeux consiste à former des gens pour effectuer des audits énergétiques. Il faudra des institutions pour valider ces formations, ces qualifications et ces accréditations. Il est important que nous réalisions que Maurice est un petit pays. C’est là que la coopération régionale deviendra une réalité. La viabilité du métier d’un auditeur énergétique implique qu’il soit en mesure d’opérer non seulement à Maurice mais également dans la région de l’océan Indien et dans les pays du continent africain. De la même manière, l’économie bleue, l’économie océanique, n’a pas de sens si on n’y adopte pas une approche régionale, voire globale.
Un mot sur le rapport de la National Energy Commission dont vous avez fait partie ?
Depuis un bon bout de temps, nous avons terminé notre mission consistant à faire des recommandations au gouvernement sur des mesures à court et long termes par rapport à la situation de la production de l’électricité. Il y a un mot d’ordre entre nous pour qu’on ne diffuse pas le contenu du rapport. Il reviendra au gouvernement de décider et de s’assurer que des décisions soient prises au plus vite. L’intérêt de nos enfants et celui du pays doivent prévaloir. Il est souhaitable qu’une fois que le gouvernement aura pris sa décision que le rapport soit rendu public. Il pourra alors devenir un outil pédagogique et aussi un élément d’exercice de démocratie participative. Les différents acteurs seront en mesure de décider de ce qu’ils ont à faire en vue d’atteindre l’objectif consistant à développer une économie verte et en particulier de démocratisation du secteur énergétique.