Cependant, le but principal de l’ultimatum syndical est d’obtenir la révocation de Pravin Ramessur comme membre du Conseil d’administration de la CWA. Les syndicats ont ainsi averti le ministre Beebeejaun du fait que son ministère pourrait être l’objet de poursuites légales ou d’autres actions en cas de maintien de M. Ramessur à son poste.
Les deux syndicats, en l’occurrence l’Union of Employees of the CWA (affilié à la Fédération des syndicats progressistes, FPU) et la Central Water Authority Meter Readers Union, ont sollicité une rencontre avec le VPM depuis le 4 octobre. Ils ont réitéré leur demande commune mardi dernier, mais devant la non-réactivité du VPM, qui semble faire la sourde oreille, il ont affirmé hier que passé le délai accordé, ils allaient « agir ».
L’ultimatum lancé par les deux syndicats portent sur plusieurs griefs touchant à la gestion générale de la corporation, mais il vise principalement à obtenir du vice-Premier ministre et ministre des Services publics qu’il révoque Pravin Ramessur de toutes les instances de la CWA – y compris de son Conseil d’administration. Les deux syndicats affirment effectivement ne plus pouvoir tolérer que M. Ramessur, qu’ils accusent « d’avoir jeté le discrédit sur l’institution et sur sa bonne gouvernance », puisse continuer à y siéger.
Pravin Ramessur, un haut cadre du ministère des Finances seconded for duty actuellement au sein de la Commission pour la démocratisation de l’Economie, est membre du Conseil d’administration de la CWA depuis janvier 2006. Il a été, depuis, régulièrement reconduit à son poste. En sus d’être membre du Conseil d’administration, il préside également trois sous-comités du board, à savoir le Comité du personnel, le Comité pour le recrutement et le Comité de l’audit interne, tout en étant un board member du Non-revenue Water Committee et du Procurement and Finance Committee.
« Burning issues »
Dans une lettre adressée au vice-Premier ministre mardi, les deux syndicats lui ont rappelé que c’est depuis le 4 octobre dernier qu’ils cherchent à le rencontrer pour le tenir au courant de « certain burning issues » qui affectent la bonne marche de la CWA. La même requête, font-ils ressortir, a été renouvelée auprès du VPM le 24 du même mois, mais toujours en vain. Bien qu’ils ne l’ont pas précisé dans leur lettre au VPM, parmi ces « burning issues », se trouve le cas Ramessur. Les syndicats entretiennent de forts mauvais rapports avec M. Ramessur et, pas plus tard qu’en septembre dernier, alors que ce dernier présidait un panel devant choisir un candidat pour occuper le poste de Higher Executive Officer, le président de la UECWA, Iswarduth Guness, qui était lui aussi candidat, a refusé qu’il l’interviewe. M. Guness avait fait ressortir que, de par les multiples fonctions qu’il occupait au sein du Conseil d’administration et des sous-comités, non seulement M. Ramessur n’était pas une personne « indépendante », mais, de surcroît, il avait déjà été sujet à un avertissement de la part de l’ICAC suite à une plainte déposée contre lui par la direction de la Mauritius Family Planning. M. Ramessur avait alors répondu que M. Guness « mélangeait torchons et serviettes », et il avait menacé le président de la UECWA d’une action en justice. M. Ramessur a effectivement entamé sa démarche légale auprès de l’étude Mootoosamy (avoué).
Selon les deux syndicats, entretemps est survenu le grave scandale dans l’octroi du contrat pour la fourniture de chlore liquide et pour l’entretien d’une Chlorine Cylinder de la CWA, dans lequel, n’était-ce la contestation d’Island Chemicals Ltd – une des firmes qui avaient proposé ses services – les contribuables qui financent la corporation auraient perdu quelque Rs 17 millions. L’Independant Review Panel (IRP) avait dû annuler le contrat alloué à Desbro Ltd en raison d’irrégularités de dossier. Rappelant au passage que l’ICAC mène actuellement une enquête dans ce scandale et qu’eux-mêmes ont réclamé un Fact-Finding Committee, les deux syndicats ont attiré l’attention du ministre Beebeejaun sur une réponse à une Private Notice Question du leader de l’Opposition, le 18 octobre dernier. Le Premier ministre avait ainsi soutenu que « le conseil légal (ndlr : de la CWA) a constaté des irrégularités dans cette affaire ». Or, ont fait remarquer les deux syndicats, M. Ramessur était un des membres du Procurement and Finance Board qui avait pris la décision de favoriser Desbro, dans un dossier que le chef du gouvernement lui-même avait dû reconnaître « entaché d’irrégularités ».
« Le ministère exposé à des poursuites »
Dans une déclaration à la presse, Iswarduth Guness et Ayle Duval, respectivement président de la UECWA et secrétaire de l’union des Meter Readers ont, certes, reconnus que M. Ramessur n’était pas le seul à être blâmé dans l’affaire d’octroi de contrat à Desbro. D’autres représentants de différents ministères et certains officiers de la CWA ont, eux aussi, leur part de responsabilité à assumer. Toutefois, selon eux, la conduite de M. Ramessur en particulier nuit à la bonne gouvernance de l’institution.
Dans leur ultimatum au VPM Beebeejaun, les deux syndicats lui ont fait remarquer que, conformément au CWA Act de 1971, c’est à lui, en tant que ministre des Services publics, qu’incombe la responsabilité de nommer les membres du Conseil d’administration et qu’il serait, dès lors, hautement apprécié qu’il tienne compte des observations syndicales concernant M. Ramessur.
Ainsi, sur un ton qui en dit long sur les dispositions actuelles des deux syndicats, ceux-ci ont affirmé au ministre que « both unions request you to take necessary steps for the revocation of the said Mr P. Ramessur from the CWA Board forthwith upon receipt of this letter, failing which appropriate actions, wheter legal or otherwise, could be seriously envisaged against the ministry for condoning his conduct which has publicly tarnished the Central Water Authority ».