Il y a quatre mois à peine, Maurice était encore en alerte rouge en termes d’approvisionnement en eau. La situation s’est grandement améliorée, mais la question suscite néanmoins le débat sur notre gestion du précieux liquide. Du côté des autorités d’abord, mais pas seulement : les Mauriciens ont aussi leur part de responsabilité. La mise en pratique de quelques gestes simples permettrait pourtant de faire face aux impondérables de la météo.
De tous les défis du troisième millénaire, celui de l’approvisionnement mondial en eau potable est probablement le plus crucial, du fait notamment d’une augmentation des périodes de sécheresse à travers la planète. À Maurice, la question de la gestion de l’eau fait débat depuis longtemps déjà. Pas plus tard qu’en mars dernier, les faibles périodes de précipitations faisaient encore craindre le pire aux autorités, faisant même sortir de ses gonds le Premier ministre en personne. À l’ordre du jour alors : menaces d’amendes en cas de gaspillage et coupures drastiques.
Éco-attitude.
Le cas mauricien aurait pourtant de quoi étonner le reste du monde. Et pour cause : d’une part, Maurice dispose de plusieurs réservoirs d’envergure, censés assurer l’approvisionnement en eau à tout le pays (hôtels, irrigation des champs, particuliers…). Ensuite, notre niveau de développement est tel qu’il devrait permettre un réseau quasiment irréprochable. Enfin, notre situation géographique promet au pays des périodes de précipitations annuelles suffisantes en moyenne pour assurer si ce n’est le remplissage optimal des réservoirs, tout au moins un ruissellement suffisant d’or bleu qu’il suffirait de collecter avant qu’il ne se déverse dans la mer.
Bien conscientes du problème, les autorités peinent pourtant à trouver les parades à ces carences. La tentation de fustiger nos gouvernants se fait grandissante… et légitime. Mais ce mécontentement croissant a tendance aussi à nous écarter de notre propre responsabilité citoyenne. Quelques gestes quotidiens et quelques bonnes habitudes suffiraient pourtant à nous permettre de gérer notre approvisionnement lors des périodes de sécheresse.
Nos frères rodriguais l’ont d’ailleurs bien compris depuis longtemps. Là-bas, les familles sont toutes pourvues de plusieurs réservoirs individuels et de systèmes de collectes d’eau de pluie leur permettant de parer aux caprices météorologiques. Car à Rodrigues, les infrastructures publiques de captage d’eau sont quasiment inexistantes. L’eau est considérée comme un précieux liquide qu’il faut à tout prix économiser. Une éco-attitude dont les Mauriciens devraient s’inspirer.
Gestes utiles.
Économiser l’eau : plus facile à dire qu’à faire, direz-vous. Détrompez-vous. Nombreuses sont nos mauvaises habitudes dont l’impact sur nos réserves est pourtant colossal.
En premier lieu, évitons de laisser inutilement nos robinets ouverts. Ils sont combien à laisser couler le précieux liquide pendant qu’ils se lavent les dents ? Idem pendant la corvée de vaisselle.
Un problème qui se retrouve également aux toilettes. Il faut savoir qu’une chasse d’eau classique consomme entre 6 et 12 litres d’eau. Pour économiser en moyenne 15 litres par jour pour une famille, il suffit d’opter pour une chasse à deux débits, dit aussi “chasse économique” ou “à deux réservoirs”. Et si vous n’avez pas ce genre de toilettes, un système D permet de les “trafiquer” : une bouteille remplie de sable placée dans le réservoir permet d’arriver au même résultat.
Autre geste utile : prendre garde aux fuites, même les plus anodines. Un simple goutte à goutte fait dépenser plus de 4,000 litres d’eau par an. Un robinet qui fuit peut également faire perdre 10 litres par jour, et jusqu’à 500 litres quotidiennement dans le cas d’un filet d’eau dans la cuvette des toilettes. Côté “bain”, la douche est plus économique que la baignoire, cette dernière nécessitant 3 à 6 fois plus d’eau.
L’eau de pluie peut également être collectée. Impropre à la consommation, elle permettra cependant d’arroser son jardin ou de laver sa voiture, voire d’être utilisée dans les toilettes. Pour ce faire, pas besoin d’une grande installation : un simple réservoir (même improvisé), raccordé aux tuyaux d’évacuation du toit, suffira amplement. Un geste de récupération que l’on peut répéter dans d’autres parties de la maison, l’idée maîtresse étant de “ne jamais jeter de l’eau” inutilement dans l’évier si celle-ci n’est pas souillée par des produits chimiques.
Autant de gestes quotidiens qui, au final, nous permettront d’économiser des dizaines de mètres cubes d’eau chaque année. La facture de la CWA en sera moins douloureuse et l’on pourra appréhender plus sereinement les périodes de “disette” régulièrement imposées par les autorités.