La peturbation tropicale à l’origine des pluies diluviennes ayant fait la une de l’actualité en début de semaine et qui a évolué en tempête tropicale modérée, Diya, s’en est allée, laissant derrière elle un pays meurtri, surtout le Nord, par la puissance dévastatrice de l’eau venue du ciel et laissant dubitative une population paralysée devant les éléments. Elle a aussi et surtout réveillé le douloureux souvenir des inondations mortelles de mars 2013, celles qui avaient fait onze morts, des dizaines de sinistrés et bien des dégâts matériels. S’en dégage également un sentiment d’inachevé, malgré une agitation certaine, tapageuse mais tardive des autorités, démontrant encore ces lacunes persistantes dans la réactivité des services de veille des désastres naturels, même si ceux de la météorologie semblent, eux, avoir été plutôt à la hauteur. Retour sur les événements qui n’ont heureusement fait aucun « fatality », pour utiliser un terme cher à notre inimitable ministre des catastrophes naturelles.
Quiconque aurait été voir sur les sites météorologiques l’énorme masse nuageuse qui s’approchait de Maurice depuis le vendredi 5 février, quand ont été enregistrées les premières gouttes des pluies de la défunte Diya, se serait effrayé de l’évolution possible de ce météore en construction. Son rapprochement inéluctable vers Maurice et La Réunion a entraîné le ministère de l’Éducation, sur recommandation des services de la météo, d’annoncer dès l’après-midi de lundi – jour férié du Nouvel An chinois – la fermeture réfléchie et justifiée pour le lendemain de la grande majorité des établissements d’enseignement à Maurice, à l’exception des universités, tenant compte que les pluies allaient monter en puissance et perdurer toute la journée de mardi avec, dans les endroits habituels, les accumulations d’eau et ses dangers associés. 
Double congé sage pour les scolaires
Devant la croissance du niveau des pluies, de la montée des eaux lentes mais tenaces dans les rivières en crue, la stagnation des eaux dans les lieux habituels (comme le disent la police et la météo), l’évolution physique et géographique du météore et le renforcement de la zone dépressionnaire en une tempête tropicale en devenir, la décision de l’Éducation était renouvelée assez tôt dans l’après-midi. Logique puisque le danger pour les scolaires étaient encore plus fort et imminent. Cette fois, le secteur tertiaire fut aussi assimilé au lot des recalés à la maison.
Un coup d’oeil sur le radar de météo France montrait que les bandes nuageuses qui s’approchaient des Mascareignes étaient particulièrement pourvues de masses importantes d’eau et la nuit de mardi à mercredi matin fut particulièrement arrosée. Mais tout le monde allait être pris de court en ce mercredi matin lorsque soudainement se sont abattus, surtout sur le nord de l’île, des trombes d’eau que les services météorologiques de Maurice qualifient maintenant de « flashflood » mais qu’ils n’avaient pas nécessairement prévus d’une telle ampleur dans leur bulletin du matin.
Et soudainement l’avis de pluies torrentielles
Mais à 9h par le biais d’un communiqué, l’avis de fortes pluies en vigueur depuis le lundi 8 février est soudainement upgraded  en « avis de pluies torrentielles », une évidence que les 100mm de pluies ont déjà été enregistrés. Le public est instamment demandé d’être prudent.
Ce n’est qu’après cela vers 10h, alors que de nombreuses régions, surtout celles du Nord, sont déjà la proie des éléments que le National Disaster Committee présidé par le ministre de l’Environnement, Raj Dayal se met véritablement en branle pour décider de la marche à suivre. Cette instance, qui doit normalement compter plus d’une trentaine de représentants des institutions publiques, de ministères, de services essentiels comme les pompiers, la police et la SMF, des ONG, décide enfin d’agir, après des consultations avec le bureau du PM. D’autant qu’entre-temps, les services de la météorologie nationale, 45mn après leur bulletin précédent, émettent un nouveau communiqué annonçant « des fortes averses à caractère orageux, des accumulations d’eau dans plusieurs endroits et les rivières en crue » et réitèrent avec plus d’emphase les précautions à prendre pour le public et les usagers de la route. Y est ajouté cette fois la pluviométrie entre 7h à 9h ce matin-là qui révèle, certes, que les pluies ont été particulièrement abondantes pendant ces deux heures mais ne disant rien sur ce qui se passerait pendant les heures suivantes. Il est évident que c’est à ce moment-là que les pluies furent les plus importantes comme le témoigneront les nombreuses photos horrifiantes vues dans la presse et les réseaux sociaux.
Entre-temps, sur les ondes des radios, sans doute trop généreuses et insuffisamment sobres dans ces moments-là, les témoignages d’effroi affluent et les autorités interviennent dont un ministre qui laisse présager une catastrophe imminente. Des rumeurs circulent pendant ces longues minutes, rappelant pour certains les moments traumatisants de mars 2013 avant que le communiqué du bureau du PM ne soit finalement émis : « Compte tenu de la dégradation de la situation dans différentes régions du pays ayant connu des inondations et suivant les communiqués récents de la station météorologique de Vacoas annonçant des pluies torrentielles dans les prochaines heures, la décision a été prise après consultation avec le Premier ministre de fermer les bureaux dans la fonction publique à partir de 11 heures et de demander aux fonctionnaires de rentrer chez eux. » 
Ville morte
Il est rapporté que ces décisions sont intervenues après que le secrétaire au Cabinet et chef du service Civil, Sattyaved Seeballuck, ait regretté, lors de cette réunion, le timing de la situation : « Un peu plus tôt, nous aurions demandé à tous les fonctionnaires et aux employés des corps parapublics de rester chez eux et nous aurions maintenu les bureaux fermés. The situation is becoming more and more serious, especially in the North. In the East, it is not very good also », rapportait Le Mauricien. Du côté du secteur privé, le directeur général Raj Makoond avait consulté ses partenaires pour voir dans quelle mesure les entreprises pouvaient ou non s’aligner sur la position gouvernementale, celle-ci reconnaissant à travers le ministre du travail, M. Callychurn qu’il était impossible d’imposer une telle décision de façon unilatérale. Le communiqué du PMO est d’ailleurs sans équivoque à cet effet : « Le secteur privé a aussi décidé dans le même sens et agira en conséquence, dans la mesure du possible. » La Banque de Maurice avait, entre-temps, déjà été approchée en vue d’enclencher les procédures pour décréter un Bank Holiday aux termes de la loi en vue de fermer les banques plus tôt que d’habitude, et vers 13h ce fut fait.
Nonobstant ces directives cacophoniques relayées par les médias parlants, les fonctionnaires et les employés du privé se sont précipités chez eux, sans même imaginer qu’ils se mettaient plus en danger en attendant de longues minutes à la gare ou coincés dans les embouteillages, si une montée des eaux survenait soudainement. Mais le spectre du 30 mars 2013 et la panique ont largement dominé la raison en ce mercredi matin. En moins d’une heure, Port-Louis était ville morte, comme ailleurs dans le pays. Le ministre des Infrastructures publiques, estimant qu' »il faut tirer des leçons de ce qui s’est passé », a demandé aux compagnies d’autobus d’être opérationnelles jusqu’à 17h.
Heureusement, comme c’est souvent le cas, lorsqu’une catastrophe imminente est annoncée, le temps s’est s’amélioré et les précipitations à partir de la mi-journée ont nettement diminué, voire cessé. En fait, le plus dur avait eu lieu le matin surtout dans le nord de l’île, plus particulièrement à Fond du Sac, Pointe aux Cannoniers et Grand-Baie, où la montée des eaux a été catastrophique avec des maisons inondées et des routes devenues impraticables.
The Dayal Show
Les services d’urgence qui ont eu fort à faire durant toute la journée de mercredi 10 ont été à la hauteur de la situation. Selon nos informations, les pompiers ont reçu plus de 400 appels à l’aide et ont dû effectuer quelque 220 interventions, dont 200 concernant l’évacuation d’eau dans les maisons et sur les routes ainsi que le débouchage des drains inondés. Les 20 équipes de pompiers en action ont aussi dû porter secours à des personnes dont les maisons étaient inondées et nécessitaient d’être évacuées dans les centres de refuge. Il a également fallu l’intervention des éléments de la Special Mobile Force (SMF), mobilisés pour l’évacuation des sinistrés et de certains malades devant se rendre d’urgence à l’hôpital. Outre la dizaine d’interventions du SAMU et la douzaine de sorties des ambulances non-médicalisées, la SMF – qui a reçu quelque 560 appels mercredi 10 – a aussi mobilisé ses hommes pour le transport des personnes malades et en difficulté.  Ceci dit, devant l’incapacité des autorités à tout résoudre, le public, avec l’assentiment de ministres du gouvernement, a pris des initiatives compréhensibles bien qu’illégales, comme celle de défoncer une route principale pour faire évacuer l’eau à Pointe aux Piments et à Grand-Baie.
Ce dont s’est enorgueilli l’inimitable et fier Raj Dayal, le ministre de l’Environnement et des catastrophes naturelles – qui se targue, non sans un soupçon de comparaison malsaine avec mars 2013, d’avoir géré la situation « fantastically » et de constater en se bombant le torse avec autosatisfaction qu’il n’y a pas eu de « fatalities. » Tant mieux. Fidèle à sa légende et pour être au plus près de la population en souffrance, il a choisi de prendre de la hauteur en faisant trois sorties en hélicoptère. Des sorties onéreuses effectuées alors même que la pluie avait cessé pratiquement partout comme l’avait prévu la station météo de Vacoas mais aussi le Disaster Risk Reduction Management Centre à l’effet que le « peak » des pluies torrentielles était dans la matinée et qu’au moment de l’émission du communiqué du PMO et dans l’après-midi de mercredi, le pire était derrière nous Selon Raj Dayal, l’interdiction des sacs en plastique en début d’année a contribué à limiter les dégâts d’obstruction.
La même rengaine
S’en est suivi, jeudi, un comité interministériel sous la présidence du ministre Soodhun qui s’est réuni pour faire un bilan de la situation et évoquer les urgences à adresser et les mesures à prendre sur les moyen et long termes pour éviter cette situation somme toute chaotique pendant quelques heures. Les priorités du moment demeurent la construction de drains, le relogement des squatters et la situation des réfugiés. Une loi cadre visant à gérer les urgences en cas de catastrophes climatiques et surtout permettre l’évacuation des victimes dans les régions à risques. Toujours la même rengaine D’aucuns auraient pu imaginer qu’après la catastrophe de mars 2013, ces protocoles étaient déjà mis en place et que le Disaster Commitee était prêt à toutes les éventualités, au moins pour les flashfloods et les pluies torrentielles. Malheureusement, les faits ont montré encore de grosses lacunes des autorités – visiblement un monstre à trop de têtes – dans la gestion de cette crise, malgré l’autosatisfaction de certains qui affirment : « Nous avons un système rodé de Disaster management depuis décembre 2014 et avons su gérer la situation proactivement. »
Bref, les sous-comités de ces différents ministères doivent immédiatement plancher sur les différentes mesures avancées. La prochaine réunion de ce comité interministériel est prévu dans trois mois. En espérant qu’entre-temps, si progrès il y a, que nous n’ayons ni cyclones ni flashfloods ni une autre catastrophe naturelle.