Le Goni ou Ghonee (sac de jute) est sans doute le matériau le plus populaire des Mascareignes. « Savates goni », « linz ghonee », « katyas », matelas : le goni est devenu un objet naturel mythique, lié à notre condition humaine. Autrefois, élément indispensable dans le commerce mondial, il a constitué une véritable industrie à Maurice à partir de 1879 quand des manufactures dans diverses régions de l’île exploitèrent la fibre d’aloès à partir de laquelle le goni était fabriqué Maurice exporta le goni à partir de 1871. Pratique, économique et écologique dans le commerce maritime (servant d’emballage à de nombreux produits alimentaires), le goni a fini par être remplacé par le plastique. Que reste-t-il aujourd’hui de ce sac qui fait partie intégrante de la culture des Mascareignes ?
A quoi a servi l’aloès ? Il ne reste que les artistes qui utilisent le goni comme matière de création, le réutilisant, lui donnant une nouvelle vie, comme pour laisser une trace, le sortir de sa dégradation (ravaudé, rapiécé, reprisé) et donner un souffle à la mémoire. Le Blue Penny Museum rend hommage au « sac ghoonee » à travers une exposition du 28 août au 3 octobre 2015, et la présentation d’un livre sur le même thème.
Cest un sac en toile de jute ou de chanvre couleur marron de 1m par 60cm qui servait autrefois de sac d’emballage permettant de bien conditionner les marchandises. Le goni a servi à l’exportation du sucre. Mais sait-on que c’est la fibre d’aloès (plante, de son nom scientifique, Fourcroya gigantea, originaire du Brésil, introduite à l’Isle de France vers le milieu du XVIIIe siècle, par un missionnaire lazariste, le Père Seriès) qui fit démarrer une véritable industrie à Maurice. Vers 1870, l’essentiel du conditionnement du sucre se faisait par un système de double sacs de vacoas qui étaient fabriqués localement et tressés à la main. C’est en 1932 que fut inaugurée l’usine de Quatre-Bornes avec un emprunt au gouvernement.
Matière textile qui représente le mieux les Mascareignes, le goni est associé à l’emballage du riz, du sucre et bien d’autres aliments grâce à sa texture bien aérée. Profondément ancré dans la tradition régionale, le goni, une fois vide et récupéré a connu d’autres usages, a trouvé toutes sortes d’usages dérivés ou de récupération. «Outre sa vocation de contenant pour transporter le fourrage ou les récoltes, certains eurent l’idée de s’en servir comme paillasson à l’entrée de leur case, de rideaux aussi bien, enfin de portes, puis, pour finir, de simples serpillères. Sa solidité était à toute épreuve et sa récupération si ingénieuse, que ce simple bout de toile parut n’avoir jamais de fin…», peut-on lire dans le livre consacré au goni par le Musee Blue Penny. On apprend aussi que cette matière textile a servi à la fabrication de sacs pour tout transporter, de matelas quand le goni était fourré de paille de maïs. Les femmes des Mascareignes accouchaient même dessus (on l’appelait alors katyas). On confectionnait aussi des habits avec du goni, des « savates goni ». Le goni en fait, servait à tout. Etymologiquement, le nom goni est emprunté au sanskrit, langue dans laquelle il signifiait « sac ». On raconte qu’à Madagascar, il existe le mot gony, prononcé “goun”, pour parler d’un sac fait de fibre grossière.