Manifestations, indiscipline… les collèges catholiques n’en sont pas plus épargnés que d’autres établissements d’État ou privés. Cette semaine, personnel et élèves du collège Saint-Mary’s West ont unis leur voix pour décrier haut et fort les méthodes dictatoriales de la rectrice. Au Bureau de l’Éducation Catholique, sa directrice, Gilberte Chung, concède que celui-ci “a pris trop de temps” pour gérer une situation qui a débouché sur un grand malaise. Gilberte Chung aborde aussi le Nine-Year Schooling, sujet sur lequel le syndicat des enseignants du secondaire catholique lui a reproché son silence. C’est ainsi qu’elle laisse comprendre que les collèges catholiques les plus convoités ne devraient pas être convertis en centres d’excellence.
Cette semaine, des élèves et enseignants du collège Saint-Mary’s West ont reproché aux autorités de l’éducation catholique d’être restées trop longtemps sourdes à leurs griefs concernant le malaise qu’aurait créé la rectrice, laquelle n’aurait pas la sympathie de son personnel. Pourquoi cette situation n’a-t-elle pas été réglée lorsque vous en aviez pris connaissance ?
Les lois du travail sont telles que certains problèmes ne peuvent pas être réglés au plus vite. Il y a beaucoup de paramètres à respecter. Pour toute doléance, il nous faut recueillir les deux versions : celle de la personne qui l’émet et celle de la personne qui est visée. Il arrive aussi que d’autres versions s’ajoutent aux deux premières. Il faut alors traiter toutes les données sérieusement. Cela prend du temps. Il y a aussi les PSSA Regulations, et cela est assez complexe. Je ne parlerai pas des griefs et du malaise dans le cas présent au collège Saint-Mary’s West car il y a une enquête en cours. Je vous dirai honnêtement que, oui, je concède que nous avons pris trop de temps… Le diocèse est en train de revoir ses structures organisationnelles. Il y a des policy decisionsà prendre pour rendre le secteur plus efficace dans des situations pareilles.
Saint-Mary’s West est-il le seul établissement où le responsable ne fait pas l’unanimité ?
Nous ne sommes pas là pour faire le procès des collèges catholiques, surtout des collèges diocésains dont le BEC est directement responsable. Il suffit de dire qu’aujourd’hui être recteur d’un collège n’est pas facile et certains ont plus de difficultés que d’autres. Les temps ont changé. Le contexte est plus difficile, le personnel réagit différemment, les élèves aussi et les parents de même. Auparavant, toute sanction donnée à un élève était acceptée par les parents. Aujourd’hui, certains viennent contester la sanction, des fois d’une façon virulente. Mais je ne généralise pas, la plupart des parents collaborent entièrement avec l’école. Pour avoir été une assistante-rectrice pendant quatre ans et rectrice pendant six ans, je peux vous dire que la plus grosse difficulté a trait aux relations humaines et à la gestion du personnel. La majorité des enseignants et du personnel de soutien font consciencieusement leur travail. Mais il y certains qu’il faut reprendre pour faute professionnelle et, souvent, la personne n’accepte pas ses torts. Donc, les ressentiments augmentent, on ne pense alors qu’à ses droits et non à ses responsabilités (…) Quand j’étais jeune prof, un jour Mgr Piat a dit en s’adressant aux élèves : « Dans la vie, il ne faut pas être enn banbara ki pena kolonn vertebralmais être enn karang ki ale dwrat-dwrat. »Vous savez, une carangue, ça a des arêtes bien solides.
Comment avez-vous procédé pour réinstaurer la sérénité à Saint-Mary’s West et rassurer les parents d’élèves, ainsi que le personnel ?
Le père Jean-Maurice Labour étant le représentant de l’évêque à l’Éducation, il a fallu attendre son retour d’Agaléga pour mettre sur pied un comité d’administration nommé par l’évêque. Cela a été fait le 14 juin. Ce comité a pour objectif d’écouter toutes les parties concernées : le syndicat, les enseignants, le personnel de soutien, la PTA, les élèves, la rectrice… Un calendrier a été établi et nous avons commencé les écoutes vendredi. Entre-temps, nous avons accordé à la rectrice un congé de repos et ce sont le manager et le Senior Educator du collège qui assurent la suppléance à court terme. Un communiqué a été envoyé au collège pour demander à tous ceux et celles qui veulent se faire entendre de nous contacter. Nous sommes en train de leur donner un espace de parole à travers la voie administrative, il faut qu’ils la saisissent.
Est-ce que la rectrice reste en poste ?
Elle est toujours en poste. Tout doit se faire dans les règles.
Il y a deux semaines une élève de 14 ans fréquentant un de vos collèges s’est retrouvée à l’hôpital après avoir été violemment agressée par ses camarades de classe, âgées d’à peine 12 ans. Vos commentaires …
Un rapport sur cet incident a été envoyé à la PSSA par la manager. C’est malheureux que les querelles entre élèves débouchent sur des jurons et des actes de violence. Cela nous rappelle que notre société perd ses repères, perd ses valeurs, que nos jeunes reproduisent ce qu’ils voient dans leur environnement, ou à travers les médias, les films, Internet. C’est pourquoi il faut leur apprendre à se maîtriser, à maîtriser leur colère, exprimer ses émotions, se dire… encore une fois que le dialogue et l’Écoute sont importants. Notre génération d’enfants est plus fragile aujourd’hui, plus exposée, et c’est à travers l’éducation qu’on peut arriver à les rendre plus aptes à confronter leurs problèmes. Une éducation sur les valeurs vraies de la vie, nous ne vivons pas seuls en individualistes, nous vivons avec les autres….
Les actes de violence seraient plus ou moins récurrents dans cet établissement. Aurait-il du mal à appliquer la discipline ?
Il faut prendre compte de la situation géographique des écoles, leur population estudiantine, leur catchment area. Il y a peut-être des écoles qui sont plus exposées, mais il nous faut être vigilants partout. Il y a des indicateurs sociaux mais il y a aussi des indicateurs au niveau de la famille, et l’image que le jeune reflète sur lui-même, son acceptation de soi, des autres. Vous parlez de discipline, oui, mais avec la discipline, il faut l’accompagnement. Il faut accompagner l’élève, lui faire comprendre qu’il est important à nos yeux, qu’il compte et que nous voulons son bien.
Au chapitre du Nine-Year Schooling, le syndicat (SPSTU) qui représente les enseignants de vos collèges vous a reprochéE de ne pas communiquer avec lui sur ce dossier….
Nous avons eu l’occasion d’échanger à ce sujet. Le syndicat du secondaire nous a fait part de sa prise de position concernant sa proposition que la reforme soit plus graduelle et commence par le Std I-Grade I avant que le PSAC (Primary School Achievement Certificate) ne soit introduit. Cette décision est celle de l’État, qui a déjà enclenché les changements à partir du Std V 2016. Le syndicat a aussi fait part de son choix pour le Mixed Abilities et pour que nos collèges ne soient pas transformés en académies. Le syndicat sait quelle est notre philosophie. La question d’académies n’était pas pressante puisque ce n’est pas avant 2021 que les collèges d’État nationaux seraient transformés en académies. Nos collèges ne sont pas des collèges nationaux mais régionaux, donc, ne sont pas tenus à se transformer en académies. À ce titre, nous sommescomme tous les autres collèges privés grant-aidedde Form I à VI. C’est pourquoi l’invitation nous a été faite par le ministère de l’Éducation pour avoir des académies et suite à cela, nous avons rencontré tous nos partenaires institutionnels, y compris les congrégations religieuses qui gèrent les collèges secondaires.
Pourquoi avez-vous tardé à dire clairement qu’aucun de vos collèges ne fera partie des académies préconisées par la réforme, d’autant qu’une absence de précision à ce sujet a laissé planer le flou sur la transformation de certaines de vos écoles secondaires en centres d’excellence ?
 Comme je vous l’ai dit, selon la réforme annoncée, la transformation des collèges nationaux en académies ne se fera qu’à partir de 2021, donc dans quatre ans, et d’ici-là, tout peut arriver. Après nos réunions avec nos partenaires des congrégations, les managers et recteurs, en présence de l’évêque, nous sommes restés fidèles à notre mission mais des idées nouvelles émergeaient. Mais pour savoir si elles peuvent se concrétiser, il faut attendre un peu.
Les autorités de l’éducation catholique seraient-elles contre l’idée des académies ?
Pour construire une société, il faut que toutes les couches sociales et les enfants avec leurs habilités diverses se côtoient et c’est l’école, microcosme ou mini-société, qui est le lieu idéal pour cette cohabitation, l’apprentissage de notre humanité, unique et différente en même temps. Créer des académies, selon le postulat de la réforme du gouvernement, juste pour une élite académique pose question et fait débat. Dans ce cas-là, pourquoi ne pas créer des écoles techniques de qualité ? L’excellence, ce n’est pas juste pour les académies, c’est pour tous les établissements scolaires. Ce sont les plus petits qui ont besoin de plus de soutien. De plus, pouvons-nous encourager nos enfants, qui sont chez nous de la Forme I-Grade 7 à la Form III-Grade 9 à nous quitter et aller dans des académies ? Ne sommes-nous pas en train de leur dire que nous ne sommes pas assez bons pour eux, que nous aussi nous ne pouvons pas leur offrir un service éducatif d’excellence ?
Pensez-vous à en créer ?
 La question ne se pose pas pour l’instant. Tous nos collèges catholiques restent des General Secondary Schools de Form I à VI, c’est-à-dire avec la section lower secondaryet la section upper secondary, comme tous les autres collèges privés grant-aided. Nous espérons mieux développer notre filière technique. Pour moi, le besoin se fait plus ressentir pour les collèges techniques que les académies. Par contre, le concept de Form VI School est intéressant. Pour l’instant, il n’y a que le Form VI Islamic College. C’est intéressant parce que c’est comme un pre-university, les élèves sont plus grands, plus matures, de jeunes adultes.
Beaucoup de réserves ont été émises sur le PSAC (Primary School Achievement Certificate), la sélection en Grade 6. En avez-vous également ?
 Nous avons fait part au ministère de l’Éducation, dès l’annonce de sa réforme, que l’intention d’abolir le CPE est fort louable. En fait, il aurait fallu ne pas avoir de PSAC non plus et cela aurait été possible si chaque école primaire avait déjà son collège lower secondarydans le même voisinage, ou si pour chaque collège il y avait un clusterd’écoles primaires qui seraient des feeder schoolspour le collège — donc éliminer la nécessité du PSAC — puisque nous parlons de Nine-Year Schooling,qui débouche sur un National Exam (Form III-Grade 9). Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de collèges dans certaines régions ou pas assez de collèges comparables dans leurs infrastructures. Donc, je pense que cela devrait être la priorité du gouvernement, quitte à construire ou regrouper certaines écoles primaires et convertir certaines écoles primaires en collèges. Je sais qu’il y a un travail énorme pour que le PSAC marche, mais le fait est que même si ce n’est pas à 100% exam-basedet qu’il y aura une dose de continuous assessment, l’enfant de Grade 5 (Std V) et Grade 6 (Std VI) aura une vie régulée de contrôles continus, assessments, examens. Et ce sera inévitablement une sélection pour avoir une place dans un collège, même si on nous dit qu’il n’y aura pas de grading. Le PSAC n’est pas idéal. C’est peut-être une solution temporaire, mais le focus devrait être vers une éducation de qualité dès le Std I-Grade 1 afin que tous les enfants aient un bon départ dans leur parcours scolaire, que les enfants en difficulté soient accompagnés dès le Grade I, que tout soit mis en oeuvre pour éliminer le PSAC et tendre vers un seul examen en Form III-Grade 9. Mais les réalités du terrain et le contexte sont autres. Il y a l’idéal et il y a les réalités. Ce qu’il faut, c’est se donner les moyens d’atteindre l’idéal.
L’éducation catholique est-elle prête à entrer dans la réforme telle que planifiée par la ministre Dookun-Luchoomun ?
 Écoutez, c’est une question qu’on nous pose comme si on avait le choix. Les Mauriciens ont élu leur gouvernement qui avait un programme électoral y compris son plan sur l’éducation. Est-ce que les écoles primaires privées payantes qui préparent les enfants au CPE ont le choix quand l’État leur dit que, dorénavant, ce sera le PSAC ? Est-ce que les collèges secondaires grant-aidedauraient le choix si demain l’État leur disait qu’il n’y aurait plus de HSC mais qu’on allait vers le International Baccalaureate ? Est-ce que ces mêmes collèges ont eu le choix quand on leur a dit qu’il y aurait des Middle Schools, des Form-VI Schools ou des National Colleges ? Les écoles catholiques sont dans le système éducatif mauricien, donc, comme les autres écoles et collèges dans le système, nous sommes ballottées au gré de chaque reforme. Je l’ai dit à plusieurs reprises, il aurait fallu que le système éducatif national soit décidé en consensus par tous les décideurs politiques, ou encore que la question éducation soit gérée par une autorité déconnectée de tout programme politique, qu’on arrête un long-term planet qu’on ne change pas ce qui a été décidé à chaque changement de gouvernement. J’ai beaucoup de respect pour chacun des ministres qui ont pris leurs fonctions au ministère de l’Éducation, c’est un des ministères les plus difficiles, mais ce qui a retardé une vraie réforme de l’éducation, c’est que chaque changement de gouvernement a apporté ses changements qui ont été ensuite défaits, refaits. Donc, un pas en avant, deux pas en arrière. Cette présente réforme a le mérite d’abolir le CPE. Donnons-lui toutes les chances de réussir, même si l’application sera difficile. Nous sommes partenaires de l’État. Il n’y a pas de réforme idéale mais ce qu’on peut faire, c’est collaborer pleinement pour qu’au moins les bonnes choses réussissent. Le ministère sait que nous l’avons alerté sur la recrudescence des leçons particulières, sur le problème de standardisation des contrôles continus, sur l’allocation pour les places dans le secondaire après le PSAC, sur l’inégalité entre les services offerts dans les collèges d’État et les collèges privés. Je pense que l’équipe là-bas est pleinement consciente de tous les problèmes et je leur souhaite beaucoup de courage. 
Et si vous entrez pleinement dans cette réforme, disposez-vous d’infrastructures voulues pour faciliter l’intégration des enfants handicapés ?
 Infrastructures en termes d’espace et d’accès physique ? Pour certaines écoles, oui, mais pour d’autres, non. La grosse difficulté c’est cela. De plus, il faut un personnel qualifié et dévoué, des auxiliaires de vie, des carersreconnus par l’État, avec un salaire agréé et payé par l’État. N’oublions pas qu’un enfant handicapé a droit à l’éducation gratuite comme tous les enfants de la République de Maurice.
Après avoir investi dans le prévocationnel, l’éducation catholique est-elle prête à phase outce secteur ?
 Nous voyons avec tristesse ce secteur disparaître. Le prévocationnel catholique a été le secteur le plus innovateur ces 15 dernières années grâce à nos enseignants. Ils savent qu’ils ont apporté énormément aux enfants qu’ils ont eu dans leurs classes, qu’ils ont transformé leur vie en leur redonnant confiance en eux-mêmes. C’est leur plus beau cadeau. Le Prevokbek a été un programme pédagogique qui a fait du bien aux enfants car le déclic cognitif s’est fait à travers la valorisation de leur langue maternelle. Les enfants qui vont prendre le PSAC en 2017 seront admis dans les collèges, indépendamment de leurs résultats puisqu’ils vont tous passer au Grade 7-Form I.C’est là que, finalement, nous allons revoir ceux qui sont en difficulté et qu’il nous faudra un programme différencié. Pour moi, le prévocationnel disparaît dans sa forme, mais dans le fond, il y aura toujours ce profil d’élèves qui auront besoin d’un curriculum différent et plus adapté à leurs besoins.
Où en est le projet Kleopas et quand sera-t-il appliqué ?
 Mgr Piat promulguera les nouvelles orientations le 31 juillet.
Quels seront les changements majeurs attendus avec Kleopas ?
 C’est l’évêque qui donnera les détails du projet lors de la promulgation.
Comment le BEC est-il en train de gérer l’erreur commise par ses techniciens dans l’interprétation du rapport Manraj pour le PRB 2013 et qui a éclaboussé sur 60 enseignants, lesquels sont aujourd’hui appelés à rembourser entre Rs 1 000 et Rs 1 500 mensuellement ?
Nous sommes vraiment navrés de cette erreur technique. Le rapport PRB 2013 a été, selon les techniciens du PRB et du ministère de l’Éducation, un des plus difficiles à interpréter et appliquer. L’erreur doit maintenant être rattrapée. À ce que j’ai compris, nous ne sommes pas les seuls à avoir effectué un overpayment. Nous avons informé les enseignants concernés et nous avons déjà rencontré plusieurs d’entre eux pour expliquer la source de l’erreur. Nous sommes en dialogue avec le syndicat des enseignants du primaire. Pour l’instant, à la demande des enseignants, nous avons ajusté le salaire mais nous avons gelé le remboursement, en attendant les instructions du ministère de l’Éducation.