« Le port du gilet fluorescent, objet d’une manifestation en fin de matinée aujourd’hui devant l’hôtel du gouvernement, sera désormais optionnel le jour et obligatoire la nuit », nous a affirmé Ben Buntipilly, conseiller en matière de sécurité routière au Prime Ministers Office (PMO), en début d’après-midi. Alors qu’un communiqué officiel à cet effet se faisait toujours attendre, des motocyclistes ont célébré leur « victoire » en klaxonnant et agitant leurs gilets dans les rues de la capitale.
À Port-Louis aujourd’hui la tension était à son comble. La manifestation organisée par le Regrupman Travayer Sosyal pour contester le port par les motocyclistes des gilets fluorescents a touché la Place d’Armes et les rues avoisinantes dont La Chaussée et Intendance Street. La présence du leader du MSM, Pravind Jugnauth, de Nando Bodha ainsi que des conseillers de la municipalité de Port-Louis y a été notée. Interrogé, Pravind Jugnauth a indiqué apporter son soutien aux manifestants. « Cette loi est irréfléchie, sans compter qu’elle comporte de nombreux inconvénients », dit-il.
Les motocyclistes venant de divers coins de l’île, encouragés par la page Facebook Manifestation contre gilet fluorescents initiée par Zaafir Barahim, ont crié leur colère quant au port du gilet. Applicable depuis le 1er janvier, elle comporte de nombreux inconvénients, disent-ils. Un manifestant interrogé y voyait une décision « hâtive » et « irréfléchie » du gouvernement. Ce motocycliste d’une quarantaine d’années partage le point de vue de Salim Muthy, travailleur social et porte-parole des motocyclistes dans cet acte pacifique. « Aucune indication n’a été donnée quant aux normes des gilets. Cette loi comporte des lacunes, notamment sur la largeur des bandes réfléchissantes aussi bien que la couleur », dit-il. De plus, il dit ne pas comprendre les raisons qui motivent les autorités à rendre cette mesure obligatoire de jour.
Pour d’autres, le port du gilet n’a tout simplement pas sa raison d’être. Zaheer, habitant de la capitale, évoque la gêne causée. « Mo enn labourer, dir mwa kouma mo pou amenn mo bann zafer travay. Ou zene parski gile-la li bizin lor ou sak. Ou pa kapav kondir bien kouma bizin », soutient-il. Alors que le départ était prévu à Bell-Village, la foule de motocyclistes était massée devant l’hôtel du gouvernement vers 11 h, en présence de nombreux travailleurs sociaux. Un effectif policier conséquent était présent afin d’assurer la sécurité des piétons et des manifestants qui ont complètement envahi la Place d’Armes. Alors que les manifestants réclamaient la démission de Ben Buntipilly, Salim Muthy est allé à la rencontre d’Anil Bachoo, le ministre des Infrastructures publiques et du Transport intérieur, afin de lui faire des propositions. Au ministère, à l’heure où nous mettions sous presse, aucune information n’était disponible quant à la teneur de ces discussions. Salim Muthy, lui, indiquait simplement que le ministre a pris connaissance des suggestions des manifestants. Alors que la manif battait son plein et que des membres de la Special Support Unit (SSU) étaient arrivés en renfort, Ben Buntipilly devait faire part de la décision gouvernementale d’apporter des modifications à cette mesure « qui vise à assurer la sécurité des motocyclistes ». Interrogé par Le Mauricien, quelques minutes après, il confirmait : « Le port du gilet fluorescent est désormais optionnel le jour et obligatoire la nuit. Il faudra que chaque motocycliste le porte une fois la nuit tombée, c’est-à-dire trente minutes avant le lever du soleil et trente minutes après le coucher du soleil ».
Une annonce qui a suscité la joie des motocyclistes qui ont quitté la Place d’Armes en klaxonnant et agitant leurs gilets, encourageant au passage d’autres motocyclistes à enlever le leur. Pour Salim Muthy, ce mouvement de protestation est une grande victoire. « C’est un signe que la population de Maurice ne compte plus s’asseoir et attendre que le gouvernement impose des lois à la va-vite où le citoyen mauricien sera le seul sanctionné. C’est un signal fort au gouvernement pour 2014 », soutient-il.