Le 11 mars, une grande dame s’en est allée. Ginette Lecordier Cabon, initiatrice du mouvement des majorettes tambour au QEC et à Maurice, est décédée à l’âge de 85 ans à la veille de la fête de l’indépendance. Tout un symbole puisque pendant 30 années de suite, ses majorettes et elle ont été invitées à parader pour les célébrations de la fête nationale.
Ginette Lecordier Cabon aura à jamais marqué son époque avec son initiative de lancer le club de majorettes tambour à Maurice au Queen Elizabeth College en 1973. Professeur d’éducation physique au collège, elle lance le mouvement en rentrant de France après y avoir découvert la majorette tambour et le baton twirling. Elle a été faite Membre de l’Empire Britannique (MBE), décoration qu’elle reçut en mai 1989. Grâce à son travail, les majorettes du QEC, qui étaient surnommées les Baguettes d’Argent, étaient demandées partout. Pendant 30 ans, elles ont été invitées à parader pour les célébrations de la fête nationale. Elles ont défilé aux 2e Jeux des Îles de l’Océan Indien et aux Jeux du Commonwealth et ont aussi eu l’occasion de participer au championnat du monde de baton twirling tenu à Amsterdam en Hollande.
Selon son entourage, feue Ginette Lecordier Cabon était une femme très coquette, toujours bien habillée. “Ma mère aimait tout ce qui était mode, elle était très bling-bling, très tendance”, confie son fils Patrice. Jennifer Ng, qui a été majorette sous la férule de Ginette Cabon de 1982 à 1989, en garde le même souvenir. “Elle venait à l’école en tailleur, se changeait pour effectuer ses classes d’éducation physique et, ensuite ses classes de majorettes. Puis elle remettait son tailleur pour rentrer”, sourit-elle. Son fils conservera d’elle le souvenir d’une battante qui, jusqu’à son dernier souffle, avait toujours voulu être autonome. “Elle était paralysée d’un côté mais elle était totalement autonome.” Patrice Cabon nous dira également que sa mère adorait les voyages. “Elle était une grande voyageuse, elle pouvait sauter dans un avion n’importe quand.”
La majorette tambour était sa grande passion, un univers dans lequel elle se plongeait quotidiennement aux côtés de ses élèves et ce bénévolement tout au long de ses 30 années dans le domaine. “Je donne aux autres ce que j’ai appris. Animer cette discipline est un travail bénévole, car les répétitions se font d’ailleurs après les heures de classes, voire même les week-ends quand c’est nécessaire. Mais j’ai une grande passion pour cette activité-là”, disait-elle dans une interview accordée à notre confrère l’Express en 1988. Aux dires de ses proches, elle était très à cheval sur la discipline et le travail. “Elle était très pointilleuse, elle visait toujours la perfection”, soutient Jennifer Ng. Elle dira elle-même dans son entretien à l’Express que “pour moi, la discipline est le mot-clé. Ma discipline respectée, c’est une famille. Ce n’est pas une satisfaction qu’on obtient en un ou deux jours, mais des mois de travail assidu.”
Ceux qui l’ont côtoyée gardent un merveilleux souvenir de Ginette Cabon. Jennifer Ng confie que c’est grâce à Mme Cabon qu’elle s’est développée à travers la discipline. “J’ai eu cette chance d’avoir travaillé avec Madame Cabon de près. Grâce à elle, j’ai eu la chance de participer à un stage de remise à niveau avec la Française Christine Bel, ex-championne du monde. Elle nous a donné l’occasion à moi et à plusieurs filles de visiter le pays et de voyager mais surtout d’apprendre à être femme”, confie Jennifer Ng. Cette dernière a d’ailleurs repris le flambeau de feu Mme Cabon l’année dernière en relançant le mouvement majorettes au QEC.
Nadine, une de ses filles, a été la cheftaine des majorettes à son époque. Elle était la fierté de sa mère. Son meilleur souvenir à la tête des majorettes est d’ailleurs le moment où sa fille a travaillé pour la première fois avec deux baguettes devant un public. “Je dirais sans hésiter qu’il remonte à 1978 pour la fête de l’Indépendance, avec les uniformes flambant neufs et le tout respirant la fraîcheur. C’était aussi la première fois que ma fille Nadine allait travailler avec deux baguettes. Elle les maîtrisa si bien que les applaudissements fusèrent continuellement. Le response fut formidable”, confiait-elle à l’Express. Ceci dit, elle considérait toutes ses élèves comme étant sa propre progéniture. “Elle considérait ses majorettes comme ses propres filles. Elle était comme une mère pour nous. Elle connaissait nos soucis, elle était ma deuxième maman. Elle était toujours à nos côtés quand on paradait”, relate Jennifer Ng.
Ginette Cabon gardait toujours en mémoire la première sortie de ses majorettes le 12 mars 1973. “C’était sous une pluie battante, mais au moment du défilé, une accalmie nous donna la chance de montrer ce gros travail accompli. Les chapeaux des filles furent confectionnés avec l’aide du prof d’art. On se servit de cannes en bois. Pas de bottes à l’époque. Tout le monde avait mis la main à la pâte. La chose essentielle était présente : la technique. On avait eu la chance d’avoir des contacts avec l’île soeur. Christine Bel était venue animer un stage pendant un week-end. Et malgré ce court laps de temps, cela nous a été bénéfique”, avait-elle confié lors d’une interview.