Danseur polyvalent, chorégraphe, metteur en scène : la danse a conduit Giovanni Bouton sur différentes scènes du monde. Parcours exceptionnel pour cet autodidacte qui avait commencé dans la rue comme l’un des premiers membres des Street Brothers. Au lieu du chant, il avait ensuite choisi la danse, une discipline dont il souhaite la valorisation. Le 29 septembre, il animera une classe de danse et présentera un grand spectacle parmi les autres activités prévues à Trianon.
Il a pensé à dix règles, “dix commandements” pour valoriser et faire respecter les danseurs professionnels et leur métier. Cette fois encore, Giovanni Bouton est intransigeant sur la question. “Non !” insiste-t-il, les danseurs ne sont pas des accessoires que l’on déballe et étale pour rajouter aux couleurs d’un spectacle. Ce sont des artistes à part entière dont la présence contribue à donner une vraie dimension visuelle au show par l’intensité des émotions qu’ils retranscrivent en mouvement dans des chorégraphies patiemment apprises ou en freestyle.
Les marches du festival.
Et voilà qu’il hausse un peu plus la voix. Vingt-cinq ans dans le domaine : “Ça n’a pas toujours été rose sur les plans professionnel et personnel.” Contre vents et marées, il a néanmoins décidé d’avancer, “en transformant la négativité en positivité” et en apprenant des erreurs commises et des difficultés surmontées. Cela en valait amplement la peine. Car c’est par cette orgueilleuse obstination qu’un gosse des banlieues mauriciennes s’est retrouvé à présenter une chorégraphie au Festival de Cannes après que les expériences mauriciennes l’eurent conduit à La Réunion, à Marseille, en Tunisie, en Espagne et dans d’autres aventures dansées.
Danseur, chorégraphe, metteur en scène, désormais rodé aux rouages de l’univers de l’événementiel, il veut aujourd’hui participer à l’émergence d’un cadre qui pousserait débutants et professionnels vers des sommets et la respectabilité. Un système à changer, une perception à rectifier, tout un encadrement à mettre en place : chacun devra y mettre du sien, prévient-il dans un appel lancé aux autorités, au public, à la communauté des artistes et aux professionnels de la danse. “À mes débuts, je n’avais pas eu les occasions et des infrastructures pour me soutenir. Je veux créer un cadre pour permettre aux autres de s’épanouir.”
Orizinal.
Giovanni Bouton est un Street Brother orizinal. Il a fait partie de la toute première équipe qui contribua à l’émergence du groupe de Plaisance et du phénomène social et culturel qu’il a engendré. Enfant de Beau Bassin, il a commencé à danser à 10 ans, “dans la rue”. À cette époque, son frère Michael et lui reprennent les chorégraphies des références rap/hip hop de l’époque : Benny B, Snap, Public Enemy, Mc Hammer, Vanilla Ice et autres gurus de la Old School. Puis, “nou inn koumans zwenn enn bann kamarad ki danse”. Parmi, les frères Raya. Les répétitions tenues assidûment dans la rue ou dans le garage poussent le groupe vers des live : “Nous reprenions des titres populaires de l’époque en dansant.” Les premiers succès les aident à se structurer en Les Street Brothers, présentés dans un gros déballage à travers un premier album événement, Ragga Kreol.
Expériences.
Ces premières expériences permettent aux adolescents de s’orienter. Certains choisissent la chanson. Pour Giovanni Bouton, ce sera la danse : “J’avais compris que c’était ça, ma vocation.” Mais son père n’est pas du même avis. “Il nous avait demandé de choisir entre la danse et la maison… Nous avons été mis à la porte de chez nous pendant un certain temps.” Mais le choix sera pleinement assumé au retour du groupe de Marseille où il fait partie du spectacle Mokko.
Recruté au sein de l’équipe d’animation du Coco Beach Hotel, Giovanni y découvre une autre facette de la danse. “Mon entrée dans cet univers m’a aidé à comprendre combien la danse est un monde vaste.”
Plus loin que le hip-hop, il y a également le jazz, les danses latino, le rock’n’roll, la pop et toute la panoplie qui peut composer un spectacle d’hôtel. Giovanni Bouton s’intéresse à tout avec la même passion et devient polyvalent. En 1997, en accompagnant le groupe Alliage au mieux de sa forme à Rose-Hill, il appréhende la grandeur et le merveilleux du monde du spectacle. Plus tard, alors que sa troupe personnelle Rising Sun est à l’affiche du St Géran, il sent le besoin de sortir du cadre hôtelier pour vivre d’autres expériences et pour s’épanouir.
Polyvalence.
À La Réunion, il fait la tournée des boîtes pour faire connaître son Maxi Four. À Cannes, il monte la chorégraphie d’un spectacle pour présenter Maurice. En Espagne, il dirige quelque 25 danseurs et apprend la mise en scène. En Tunisie, il incarne Le Printemps, personnage principal d’une comédie musicale sur la vie et l’oeuvre de Charles Trenet.
À chaque étape, le danseur s’enrichit des partages et de la cohabitation avec d’autres professionnels. “Ces expériences m’ont aidé à comprendre le potentiel des danseurs mauriciens. Nous sommes polyvalents et nous avons la faculté de nous adapter à toutes les situations.”
Il est convaincu que les professionnels d’ici auraient pu faire de grandes choses : “Mais il y a trop d’éléments qui démotivent. Pour avancer dans ce domaine, il faut vraiment vouloir le faire, sinon on se laisse décourager.”
Quand il est rentré à Maurice, Giovanni Bouton a été actif dans l’événementiel, avant de créer sa compagnie, GB Entertainment. Avec les artistes associés à sa cause, il a déjà fait quelques présentations, dont des flashs mobs dans des centres commerciaux. Giovanni Bouton n’a jamais eu peur d’oser : s’élancer au milieu de la foule sans crier gare ne lui fait donc pas peur. On l’a également vu sur scène avec des chanteurs locaux ou encore dans des vidéo-clips.
L’art du partage.
Le 29 septembre, c’est pour se faire entendre que Giovanni Bouton, ses danseurs et d’autres collègues seront sur la scène qui sera mise à leur disposition au Trianon Shopping Centre. Le complexe commercial inaugurera son nouveau food court; lui profitera de l’espace et de l’occasion mises à sa disposition pour une journée dédiée à la danse, dans un esprit de partage et de réjouissance. Giovanni Bouton compte transmettre tout l’enthousiasme qui anime ses danseurs et lui aux personnes présentes et souhaite leur faire découvrir la danse en tant que discipline artistique.
Au programme durant cette journée : de l’animation pour enfants, de la musique, Mr Love, Billy Ng, Eric Triton, DJ Kingdom, Liberada, RnP Group, Kervin Castel, Tribunation, des artistes de l’AACM, ainsi que toute la joie qui accompagne un tel programme.
Plusieurs numéros de danse seront présentés à différents moments par les troupes et les danseurs. D’où l’appel lancé par Giovanni Bouton à tous ceux qui veulent participer. “Par-delà les différences et les différends qui peuvent exister, tous les danseurs sont invités à cette journée qui leur sera consacrée.” À la mi-journée, avec l’aide d’autres professionnels, il animera une classe de danse publique. “Pour permettre à ceux qui seront présents de saisir les sentiments qui nous animent lorsque nous dansons.”
Liberté.
Giovanni Bouton a choisi la danse “parce qu’elle nous aide à nous exprimer librement sans la moindre ambiguïté. La danse exprime les émotions : nos joies, nos chagrins, tout ce qui est au fond de nous”.
Il y a ceux qui dansent pour le plaisir; d’autres qui se professionnalisent. Giovanni Bouton a appris à faire la différence entre les deux. Car n’est pas danseur qui veut. “Un bon danseur est souvent quelqu’un qui a la danse dans le sang. Quand on l’observe, on voit également les émotions qui viennent de l’intérieur et qui prennent forme dans ses mouvements.” Mais le plaisir que procure la danse demeure à la portée de tous. Pour les professionnels, c’est l’état d’esprit qu’il faut savoir communiquer au public durant un spectacle.
Around the world.
Cela fait plusieurs semaines que Giovanni Bouton prépare les danseurs qui seront à ses côtés pour son prochain spectacle, World Music Show. Vingt-sept danseurs pour un tour du monde dansé, qui réunira dans une même chorégraphie les danses arabes, les pas contemporains, le classique indien, du Bollywood, du rétro, du rock’n’roll, du hip hop, de la dance, du Michael Jackson. Ce spectacle marquera la clôture de la journée du 29 septembre. Giovanni Bouton espère beaucoup de ce final préparé méticuleusement. Le public est évidemment invité.
Entre-temps, trop d’abus persistent à l’encontre des professionnels et des amateurs. Des employeurs ou des organisateurs de concours ne prennent même plus la peine d’honorer les engagements vis-à-vis des danseurs après s’être offert leur service. Par ailleurs, des petites troupes sans formation poussent ici et là et se vendent au rabais, ramenant le niveau vers le bas. Après des années de préparation et de gros sacrifices, nombre de professionnels se retrouvent sans emploi et sans aucune possibilité de soutien ou d’assurance en cas d’accident, par exemple. Les structures pour se former ne sont pas à la portée de tous; la discipline doit encore être vulgarisée pour permettre d’identifier de nouveaux talents. Autant de facteurs pris en considération par Giovanni Bouton lorsqu’il a rédigé ses “dix commandements”, qui seront présentés le 29 septembre.
Cette journée, il a aussi choisi de la dédier aux enfants de SOS Village, avec lesquels GB Entertainment a commencé un travail depuis quelque temps. Car pour Giovanni Bouton, la danse demeure avant tout un acte de partage, qui n’a de sens que lorsqu’on se sent le besoin d’offrir.