Avant d’en venir à la campagne glauque qui bat son plein entre le MSM et le PTr et les alliances que ces deux partis pilotent, il nous faut dire à quel point on est triste, meurtri personnellement, révolté devant ce qui se passe dans ce pays en 2019. Après 51 ans d’Indépendance et 27 ans de République, il y a encore un système qui empêche des citoyens de participer à l’exercice démocratique qu’est une élection au motif qu’ils ne peuvent le faire en tant que Mauriciens mais comme des représentants de 4 communautés définies dans une constitution qui date d’un demi-siècle. Quel recul!

Ashok Subron a parfaitement raison de traiter Pravind Jugnauth “d’arriéré” lorsqu’il impute au Premier ministre, que l’on nous a imposé en 2017, l’entière responsabilité d’un crime contre l’histoire que constitue le refus fait à des Mauriciens de se présenter à une élection. Et tous ceux qui sont aujourd’hui victimes de cette inqualifiable infamie peuvent aussi y ajouter la lâcheté d’un dirigeant incapable d’assumer ses responsabilités.

Lors de son projet de réforme électorale bancale, qui a suscité un rejet unanime et qui a finalement été mis dans un tiroir à la fin de 2018, des voix se sont élevées de manière répétée pour qu’il fasse au moins un geste honorable et juste, qu’il vienne avec un amendement similaire à celui qui avait été proposé en 2014 pour que des candidats aux élections générales ne soient pas obligés de décliner leur appartenance communale. Le MMM a, samedi après samedi, demandé que cela soit fait dans le meilleur délai.

Non, le Premier ministre a décrété que sa réforme “n’importe”, qui accentue l’injustice du First Past the Post, c’est à prendre ou à laisser quand bien même il avait besoin des votes de l’opposition pour le faire aboutir. Au diable, donc, les partis de l’opposition parlementaire et extra-parlementaire et, aux oubliettes, un tout petit amendement à la Constitution pour permettre à des enfants de la République de participer à ce qui touche au fondement même de la démocratie.

Et Pravind Jugnauth ose aujourd’hui imputer cette dramatique situation à l’opposition. Non, mais quel culot! C’est pareil pour la participation d’un tiers de candidates femmes aux élections générales qui figurait dans sa réforme électorale. Pratiquement tous les partis de l’opposition parlementaire lui ont demandé, supplié même de venir avec un texte séparé pour assurer cela et qu’il serait voté à une large majorité si ce n’est à l’unanimité, là aussi ce fut un non catégorique parce que son semblant de réforme électorale était un tout qu’il n’était prêt de négocier.

Un grand démocrate comme on le voit et dont l’illustration est son “aimebaisser”, cette MBC qui est chaque jour une terrible insulte à l’intelligence des Mauriciens. La Commission Électorale devrait avoir les moyens d’intervenir dans cette mascarade qui frise la dictature et que l’on ne voit même plus dans des pays censés être moins libres que nous au plan de l’organisation des élections. Et ça se gargarise de “pays moderne” à toutes ses sorties, alors qu’il semble être venu tout droit de la pré-histoire.

Après l’injustice faite à Resistans ek Alternativ et à d’autres, le glauque. Après Navingate 2, Sherrygate et le retour de la fameuse bande sonore de 2014, cette fois, agrémentée d’images, on dirait que le feuilleton macabre n’est pas prêt de se terminer. Au cœur de toutes ses vidéos, un débat sur la vie privée.

À Maurice, on n’est pas comme aux States où le mensonge sur un week-end passé avec une petite copine a contraint Gary Hart, candidat démocrate en 1988 à la Présidence des Etats Unis, à renoncer à se présenter. Cette affaire est même le sujet d’un film qui a rencontré un certain succès, The Front Runner. On ne pardonne ni la tricherie, ni l’infidélité parce que du point de vue de l’Amérique puritaine, qui ment sur sa vie personnelle est capable de tromper aussi le peuple.

Il y a, ici comme dans certains autres pays, un degré de tolérance vis-à-vis des écarts des personnes publiques aussi longtemps qu’elles ne sont pas entachées de favoritisme, d’allocations de contrat et de bénéfices indus. Les défenseurs de Navin Ramgoolam peuvent essayer de riposter et, de manière un peu désespérée, en juxtaposant toutes les photos qu’ils veulent et dénoncer, avec raison, le degré de bassesse dans lequel baignent Pravind Jugnauth et son MSM, mais il ne faut pas pour autant oublier l’essentiel.

Il y a des bons vivants qui aiment faire la fête avec leurs amis et il y a aussi les coincés qui se scandalisent de tout et de rien. Qu’un personnage public ait, allons dire, avec le consentement de son épouse, quelques aventures extra-conjugales, qu’il aime le cigare, le Blue Label, le bon vin, jouer à la guitare ou à la batterie, taper sur un djembé et se déhancher frénétiquement, ce n’est vraiment pas notre problème.

Cela le devient, par contre, lorsque la copine d’un homme d’influence, forte de sa relation, obtient un contrat à l’aéroport après un appel d’offre taillé sur mesure, lorsque, de simple hôtesse d’accueil, elle se retrouve à la tête d’un empire et qu’elle soit capable de s’offrir une villa à Rs 30 millions à Floréal et d’obtenir de juteuses commissions du fournisseur de produits hors taxe. Cà, c’est notre problème et il faut qu’il le soit.

C’est pour des raisons similaires, d’ailleurs, que l’opinion s’était émue que des hommes publics octroient des terres de l’État, des salaires mirobolants et des postes d’ambassadeurs à leur copines. Une relation privée reste une relation privée tant que cela n’impacte pas sur les deniers publics. C’est là que doit se situer le débat, et non pas sur des images détournées et des montages grossiers tendant à noircir le portrait de l’opposant. À ce jeu malsain, qui, on l’espère, se terminera vite et où on ne pose pas les vraies questions, personne ne gagne.