Niché dans le nord du pays, Goodlands est un ancien village agricole qui a évolué très vite pour acquérir le statut de centre industriel, populaire pour ses commerces et son rythme de vie intense et bouillonnant. Mais le développement économique et social de cette agglomération du nord n’est pas sans conséquences. Aux dires de ses habitants, il y régnerait une indiscipline flagrante. Comme peuvent en témoigner les récentes arrestations de jeunes suite à un rallye illégal. Par ailleurs, violence, drogues et autres fléaux sociaux ne cessent de gagner du terrain.

Damri Ramparsad, président sortant conseil de village de Goodlands

13h. Le centre de Goodlands fourmille de vie pour une journée de mercredi. La rue principale est bondée de véhicules, rendant très dense le trafic. Des deux côtés, des commerces de tous genres égayent le panorama dans un brouhaha sans nom. Des magasins de prêt-à-porter côtoient de grandes enseignes de meubles, des magasins de pièces automobiles, d’électroménager et des restaurants et échoppes de fast-food. Selon Ollee Hanam, commerçante de la région, “c’est un village populaire du nord où chacun vient pour faire de bonnes affaires”.

Un important dispositif policier est présent à presque chaque 400 mètres fait passer des contrôles de routine aux automobilistes et motocyclistes. Sans oublier les patrouilles régulières qui sillonnent la région. Selon Ollee Hanam, “après la mort, la tisane”. Pour rappel, dans l’après-midi du 9 septembre, au by-pass de Goodlands, lors d’une patrouille, des policiers interpellent des jeunes qui tiennent un rallye illégal. La situation dégénère très vite. Un policier et un des motocyclistes en viennent aux mains. Par la suite, la maison et le véhicule du policier en question sont saccagés dans la nuit, conduisant à l’arrestation d’une dizaine de jeunes.

Depuis un certain temps, les habitants dénoncent le problème de rallye illégal, qui “trouble notre tranquillité presque tous les samedis soirs. C’est un problème récurrent que l’on ne cesse de dénoncer”, souligne la commerçante. Martine, qui souhaite garder l’anonymat, a eu peur par le passé de parler. “J’ai une famille et il faut que je la protège. Kan ou koze ou an plis e sa kapav vir kont ou. Si lapolis zot pa ezite pou bate, ou krwar zot pou per pou tous nou ?”

Goodlands abrite les infrastructures et services essentiels d’une ville. Sans oublier ses nombreux centres commerciaux

Une jeunesse en perte de valeurs.

Nous prenons la direction de New Goodlands. Un nouveau lotissement en plein développement qui, loin du fourmillement et l’agitation du centre, abrite un jardin d’enfants, un terrain de pétanque, une étendue de verdure, un parcours de santé et des espaces verts pour jouer au foot et s’adonner à d’autres sports. Nous rencontrons Damri Ramparsad, président sortant du conseil de village. “Goodlands compte 21,900 électeurs et à peu près 40,000 habitants. Notre souhait est de développer chacun de ses recoins, comme les quartiers de Petit Village, Bois Rouge, Triangle, Carreau Manioc, etc.” Le modèle de développement idéal serait le suivant : “Chacun son terrain de foot, de volley, de pétanque et autres activités susceptibles d’intéresser les jeunes”.

Cette jeunesse en perte de valeurs semble grandement marquer les habitants de la région. C’est le talk of the town. “La jeunesse n’est plus ce qu’elle était, souligne Damri Ramparsad. Les jeunes font des modifications à leurs véhicules dans le but de se concurrencer entre eux mais aussi pour frimer. Plusieurs jeunes conducteurs sont souvent sous l’influence de produits illicites.” L’année dernière, ce dernier avait organisé une marche pacifique contre la drogue en collaboration avec plusieurs ONG luttant contre la toxicomanie, pour prévenir les jeunes contre ce fléau. “Nos jeunes sont touchés de plein fouet par les drogues de synthèses et autres produits illicites qui pullulent dans la région.” Damri Ramparsad essaie d’éviter une perte de contrôle total en militant activement sur le terrain. Il demande l’ouverture d’un gymnase et d’une piscine avec la collaboration du secteur privé dans le but de canaliser les jeunes vers d’autres voies.

De nombreux commerces jonchent les routes et ruelles des quartiers de ce village

Développement et fléaux.

Le développement de cette région ne s’est pas fait de pair avec l’aménagement de structures, occasionnant de nombreux problèmes d’engorgement du trafic et d’autres problèmes d’ordre infrastructurel. La décentralisation de la zone franche à la fin des années 80 ainsi que la fermeture de l’usine sucrière St-Antoine en 1993 sont des événements principaux qui ont marqué la croissance du village. “Aujourd’hui, le village est doté d’infrastructures et de services essentiels : Mediclinic, pharmacies, banques, poste de police, bureau de poste, bureaux, institutions scolaires, centre commercial, etc.” Le village dispose de centres commerciaux, de zones industrielles. Des villas RES sont en construction. Un appel est lancé au gouvernement pour l’instauration d’un Business Park. “Beaucoup de petits entrepreneurs ne disposent pas d’un espace adéquat pour l’expansion de leurs business, qui sont aménagés dans des zones résidentielles”, souligne Damri Ramparsad.

Ollee Hanam, une commerçante qui exerce dans le centre du village depuis de nombreuses années

Effectuant un détour vers Mme Azor, dont le manque de développement a été décrié par les habitants, nous constatons que les constructions vont bon train avec des maisons luxueuses qui bordent les routes. Les fléaux qui gangrènent Cité Ste Claire sont aussi sur toutes les lèvres. Cette cité a toujours a toujours été sous les feux des projecteurs depuis les années 90 lorsque les forces vives dénonçaient la violence, le banditisme, la délinquance et les trafics illicites qui s’y déroulaient. Presque trois décennies plus tard, “le problème est encore plus vivace”, constate Madame Damree, qui tient un snack à New Goodlands. “Les jeunes prennent souvent à partie les élèves qui sortent de leurs leçons particulières, leur volant sacs et téléphones portables”, confie cette dernière.
Entre-temps, la vie continue au sein de ce premier village commercial du nord, qui ne cesse de se développer…

Église, temples, mosquées et autres structures religieuse participent à la beauté multiculturelle de Goodlands

Un brin d’histoire

“À l’époque française ou anglaise, les barons de l’industrie sucrière donnaient à leur propriété des noms révélateurs. En 1840, une compagnie anglaise prit possession de l’établissement de Souvenir de la famille Blancard et lui donna le nom anglais de Goodlands. Selon le livre Goodlands and her neighbours de S. Bundhoo, il n’y a rien d’étrange dans cette appellation qui trouve son équivalent en Bonne Terre ou encore Beau Champ.”

(Source : Le Mauricien du vendredi 14 août 1992)


Incivisme décrié

Au-delà des fléaux sociaux, ce qui semble déranger également certains habitants de Goodlands, c’est cet incivisme dont font preuve certains face à l’environnement. “Les gens ne prennent pas en considération le fait qu’il y ait une poubelle à proximité et préfère jeter partout leurs ordures. Pourtant, nous n’avons aucun problème de voirie”, dénonce Martine. Cette dernière souhaiterait une prise de conscience des uns et des autres.