Maurice aura à se réinventer pour pouvoir trouver de nouveaux marchés pour ses exportations et son industrie touristique. C’est en substance le message transmis, hier matin, par Goolam Ballim, économiste en chef du Standard Bank Group, lors d’une causerie à l’hôtel Hennessy Park, Ebène. Pendant un peu plus d’une heure, le responsable de la division des recherches du groupe bancaire sud-africain a parlé de sa vision du développement économique en Afrique, laissant comprendre qu’il y a encore des progrès à venir. Maurice, selon lui, a définitivement des opportunités à saisir sur le marché africain, cela en prenant avantage des multiples opportunités commerciales qui s’y présentent.
L’Afrique, a déclaré Goolam Ballim, a enregistré une croissance moyenne de l’ordre de 6% au cours de la dernière décennie. Cette croissance n’était pas limitée aux pays ayant de grosses ressources naturelles mais a été bien répartie sur l’ensemble du continent. Les principaux facteurs expliquant la croissance soutenue du continent ont été, entre autres, l’amélioration du climat politique, la stabilité macroéconomique et les réformes introduites. Les recherches menées par la Standard Bank indiquent qu’environ 50% du Produit intérieur brut (PIB) du continent africain sont aujourd’hui générés par quatre pays : l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Egypte et l’Algérie. Deux de ces pays sont de l’Afrique du Nord. Et parmi les quatre autres pays (Angola, Maroc, Soudan et Tunisie) qui suivent ce premier groupe, deux sont également d’Afrique du nord. « Même Maurice paraît une petite économie dans notre tableau », a fait ressortir Goolam Ballim, graphique à l’appui. Pour l’économiste en chef de la Standard Bank « Il y a un vent de changement qui souffle sur l’Afrique ». Les principes de bonne gouvernance, selon lui, ont commencé à prendre racine dans de nombreux pays du continent. Goolam Ballim a fait état des progrès réalisés par le Mozambique qui, malgré un PIB nettement inférieur à celui de l’Afrique du Sud, va exécuter, au cours des trois prochaines années, un plan d’investissement dans le développement de ses infrastructures qui soit plus important que celui de l’Afrique du Sud. L’intervenant a aussi cité les cas du Nigeria, du Sud Soudan et du Ghana, qui ont enregistré des taux de croissance supérieurs à la moyenne africaine. Il a, dans le même souffle, évoqué la bonne tenue de l’Ethiopie, indiquant que ce pays est appelé à devenir un « significant consumer market » à l’avenir.
Comptes courants
Parlant de Maurice, il a reconnu que le pays a lutté pour pouvoir réaliser une croissance de l’ordre de 4% avant de signaler que le pays est en train d’éprouver des difficultés dans certains secteurs économiques dont la construction alors que le niveau d’investissement doit connaître une impulsion. Goolam Ballim considère que le déficit des comptes courants est trop élevé. Il se réjouit, en revanche, des développements enregistrés par le secteur financier et pense que l’industrie touristique, tout en maintenant sa stabilité, aura des efforts à faire pour occuper de nouveaux marchés. D’où son appel pour que « Maurice se réinvente » afin de pouvoir réaliser de nouvelles percées au niveau des marchés.
Goolam Ballim pense que la consommation sera un facteur-clé de la croissance économique africaine pour les prochaines années. Alors que jusqu’à tout récemment l’exploitation des ressources naturelles du continent constituait la plus grosse source de revenus (24% contre 13% pour le commerce et 12% pour l’agriculture), c’est la consommation qui, selon l’analyse de la Standard Bank, prendra le relais. D’ici à 2020, il est estimé que la consommation représenterait environ 50% des revenus totaux annuels du continent, soit US$ 1380 milliards sur un total de US$ 2620 milliards contre US 540 milliards pour les ressources en Afrique. Ce dernier n’a exploité à ce jour que 25% de ses ressources, a indiqué Goolam Ballim.
Le potentiel démographique du continent africain est aussi un élément important dans l’équation économique. La population africaine, selon Goolam Ballim, va doubler au cours des 40 prochaines années pour atteindre environ deux milliards d’habitants. L’Afrique comptera alors 20% de la population mondiale et disposera de capacités conséquentes en termes de main-d’oeuvre disponible. L’analyse de Goolam Ballim fait voir que 50% de la croissance économique enregistrée par le continent ces dix dernières années ont été réalisés grâce à l’arrivée d’un nombre accru d’Africains sur le marché du travail. Les économistes de la Standard Bank sont aussi d’avis que l’urbanisation jouera un rôle de premier ordre dans le développement futur du continent. « By 2050, 2 in 3 Africans will live in cities. African mega-cities and mega-regions are merging. Urban swell is bringing people closer to economic opportunities », indique l’exposé de Goolam Ballim.
Data revolution
Pour ce dernier, la technologie sera un autre facteur déterminant dans la progression du continent. Tout en notant que l’Afrique a des progrès substantiels à faire dans ce domaine, Goolam Ballim a fait ressortir que la téléphonie mobile ne cesse de se développer au plan continental, contribuant dans une large mesure à l’extension de l’accès aux finances comme c’est le cas au Kenya. « In the next decade, I foresee a data revolution in Africa », a dit l’économiste en chef de la Standard Bank. Le secteur financier africain, selon lui, connaît des développements en profondeur, générant du même coup des opportunités au plan commercial. La croissance économique, a-t-il ajouté, se poursuivra mais les performances des pays du continent ne seront pas uniformes. Selon les prévisions de la Standard Bank, La Libye, Sao Tomé & Principe, la Guinée, le Sierra Léone, le Niger, le Mozambique, le Ghana, la République Démocratique du Congo, la Zambie et la Côte d’Ivoire vont occuper les dix premières places au classement des performances.
Parlant de l’expansion du commerce africain, Goolam Ballim a fait remarquer que les choses sont en train de changer rapidement. S’agissant des échanges avec l’extérieur, il a noté que de 1992 à 2012, la part des partenaires commerciaux (pays et régions confondus) a connu des modifications. Pour l’Europe, elle est passé de 49% à 34%, les Etats-Unis – de 12% à 8%, la Chine – de 2% à 15%, l’Inde- de 1% à 6%, l’Asie (excluant la Chine et l’Inde) – de 2% à 3%. « By 2030, 50% of total african trade will be with the BRICS countries », a-t-il annoncé.
Le commerce intra-africain a également augmenté, atteignant 900 milliards de dollars en 2011 contre US$ 20 milliards une décennie plus tôt. Même si les échanges intra-africains ont crû substantiellement ces dernières années, ils demeurent faibles comparativement aux échanges avec le reste du monde. Goolam Ballim a indiqué que, selon les recherches de la Standard Bank, la part du Nigeria dans les échanges intra-africains a fortement progressé, passant de 21% à 31%. L’Angola (12%) et les pays faisant partie de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (4%) vont préserver leurs parts. Par contre, l’Afrique du Sud (de 29% à 22%), la région Est/Centre Afrique (de 16% à 14%) et les autres régions (de 19% à 17%) vont subir un recul.