DIPLAL MAROAM

Ce serait vraiment regrettable si ce premier mandat gouvernemental complet de Pravind Jugnauth obtenu de manière directe, claire et nette était associé à du business as usual, à l’instar de toutes les autres mandatures de ces dernières décennies. Hormis les infrastructures publiques, de nombreuses institutions vitales du pays se trouvent ces jours-ci dans une situation de profonde stagnation, situation à laquelle, faute d’alternatives, le peuple a fini par se résigner. Nous nous trouvons aujourd’hui au pied du mur et seule une volonté politique intransigeante permettrait de faire bouger les lignes. L’on parle de rupture, de la politique autrement, d’un autre style de gouvernance, de changement « pe vini », etc. ; or, à l’arrivée, l’on se retrouve toujours prisonnier du système. Le peuple admirable assiste d’ailleurs ces jours-ci, impassible, au partage entre amis du fruit du pouvoir. Même ceux qui ont été rejetés par l’électorat se voient soudain propulsés aux plus hauts échelons de l’État ou de l’administration du pays.

Face à la situation actuelle, la politique de l’autruche ne nous mènera nulle part. Et il va sans dire que si toutes les institutions fondamentales du pays fonctionnaient comme il se doit, l’épaisse enveloppe du budget de l’État dédiée aux prestations sociales aurait connu un allégement significatif. Dans le domaine éducatif, par exemple, peut-on réellement se vanter de la gratuité lorsque l’éducation engloutit une proportion non négligeable du budget familial ? Si l’initiative du nouveau gouvernement d’offrir des manuels scolaires aux élèves jusqu’au grade 9 mérite d’être soulignée, l’on s’interroge sur le motif de cette absence chronique de décisions pour trancher une fois pour toutes cette épineuse question des leçons particulières. Qu’un ou quelques élèves éprouvent des difficultés d’apprentissage et nécessitant, par conséquent, un coup de pouce pour un rattrapage dans une matière particulière est tout à fait dans la norme mais de là à rassembler toute une classe contre rémunération après les heures normales, il y a un pas que tout pédagogue digne de ce nom ne saurait franchir. D’autre part, il est temps d’en finir avec cette compétition outrancière et démesurée parmi les enfants et de libérer des espaces pour des activités ludiques telles la danse, la musique, la gymnastique, l’art, le sport, etc.

Dans le domaine de la santé, de quinquennat en quinquennat, la situation, dans les hôpitaux fréquentés majoritairement par le petit peuple, ne bouge pas. Dossiers égarés, longue attente, carences hygiéniques, appareils défectueux ou en panne, manque de médicaments, soins dentaires indisponibles le soir, langage et attitude inappropriés du personnel, etc. sont des doléances qui reviennent le plus souvent dans les médias. Est-ce une coïncidence que la médecine privée a connu un essor remarquable ces dernières années ? En ce qui concerne le secteur de la consommation, le non-affichage des prix dans une très grande section du commerce local – mais également dans le domaine de service comme, entre autres, celui des avocats, médecins – n’émeut manifestement personne. Ce alors qu’un vrai bazar y prévaut. Et dans une société comme la nôtre où l’argent et les profits sont érigés en dieu tout-puissant, la tonte des consommateurs devient monnaie courante. Un bon ordre dans cet état des choses aurait certainement suscité une amélioration significative du pouvoir d’achat de la population. Mais qui s’en soucie réellement ? En outre, la vente sur les trottoirs des fruits et légumes – jaques, fruits à pains, mangues, etc. – de provenance douteuse dans beaucoup de cas, se déroule au nez et à la barbe de certains officiers qui sont parfois eux-mêmes des clients. Et que dire justement de la situation actuelle de l’ordre et la paix publique dans le pays ? Avec un effectif de 13,000 membres, la police ne requiert aucun recrutement additionnel pour sauvegarder la sécurité, mais bien une restructuration de fond en comble pour secouer le cocotier et y insuffler un nouveau dynamisme.

Bref, si ce gouvernement veut réussir son mandat et gagner la confiance du peuple, il importe de briser la glace. Car la solution se trouve uniquement dans la volonté et l’action. En cette année qui s’achève donc et à quelques semaines de la présentation du programme gouvernemental, le nouveau pouvoir se doit impérativement de prendre certaines résolutions draconiennes pour un nouveau départ et une nouvelle orientation du développement économique de notre pays.