Après un premier semestre où l’économie a été reléguée au second plan pour laisser la place à l’opération « netwayaz » tous azimuts, le mois d’août est présenté à l’Hôtel du gouvernement comme étant celui d’un Refocussing sur l’urgence économique. Le retour du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, d’une visite privée en Europe, le week-end prochain, devrait accélérer les préparatifs en vue d’un Economic Mission Statement visant à redéfinir les axes menant au second miracle économique, annoncé par Lalyans Lepep lors de la campagne électorale. Mais déjà, d’aucuns s’interrogent sur la portée et les retombées d’un nouveau discours économique, cinq mois après le Budget Speech échelonné sur 18 mois. Le challenge est encore plus délicat dans la mesure où les principaux paramètres économiques ne semblent guère évoluer en territoire positif. Lors de sa dernière réunion, le Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice a pris note de la révision à la baisse de Statistics Mauritius de la croissance de 4,1% à 3,8 et se montre davantage plus pessimiste en prévoyant un 3,7%. Toutefois, les dernières données sur l’endettement, qu’il soit public ou privé, montrent des signes d’inquiétude dans la mesure où le Public Sector Debt as % of GDP a atteint un niveau record de 63,4% à la fin de juin de cette année contre une moyenne de 60% pour le premier semestre de l’année dernière.
Ainsi, en termes concrets, l’économie mauricienne est prise dans la spirale, la dette publique ayant déjà passé la barre des Rs 250 milliards au 30 juin dernier, soit Rs 22,7 milliards de plus il y a un an. Ces chiffres ont été publiés sur le web-site du ministère des Finances en fin de semaine. La situation n’est guère différente par rapport à l’allocation des crédits bancaires au secteur public. Les données compilées par la Banque de Maurice révèlent qu’à la fin de juin, la dette du secteur privé a enregistré une progression de Rs 14 milliards d’une année à l’autre pour atteindre les Rs 316,7 milliards.
De ce fait, la dette publique par tête d’habitant au 30 juin frôle la barre des Rs 200 000, soit un endettement supplémentaire de Rs 20 000 en une année. En décembre 2013, la dette par tête d’habitant était de Rs 175 000. L’aspect le plus inquiétant est la détérioration de la dette par rapport au PIB d’au moins trois points en une année, soit à 63,4% à la fin de juin. L’engagement formel pris par le gouvernement est de ramener cet indicateur à hauteur de 50% en 2018.
Que ce soit du côté des institutions internationales, dont le Fonds monétaire international (FMI), la Banque Mondiale ou des spécialistes avertis, ce target de 50% du PIB d’ici à trois ans s’annonce des plus difficiles à être réalisé. Depuis décembre 2013, la tendance est à la hausse, soit passant de 60,1% à 63,4% en juin dernier après avoir plafonné sous la barre des 61% pendant les six premiers mois de l’année dernière.
Les principales composantes de la dette publique
Les principales composantes de la dette publique sont la Budgetary Central Domestic Debt : Rs 171,9 milliards, soit Rs 15 milliards de plus il y a un an, et la Budgetary Central Government External Debt : Rs 54,7 milliards alors qu’en décembre 2013, la dette étrangère était de Rs 47,2 milliards.
A ces deux items, s’ajoutent Rs 24,8 milliards, en hausse de quelque Rs 5 milliards par rapport à juin de l’année dernière, sous la Public Enterprises Total Debt. Cette hausse s’explique par la ligne de crédits de Rs 3,5 milliards allouée aux Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities pour le paiement de la seconde tranche du Super Cash Back Gold avec l’écroulement de l’empire Rawat. Cette ligne de crédits, qui est garantie par le gouvernement, doit être remboursée à la Banque de Maurice le 31 décembre de cette année au plus tard. La dette publique se complète avec Rs 160 millions pour les Extra Budgetary Units.
Les Rs 171,9 milliards de la dette locale se répartissent comme suit : Rs 25,9 milliards de prêts à court terme, Rs 50,2 milliards pour le moyen et Rs 95,8 milliards à long terme. Cet item de la dette publique comprend également des Government Securities de l’ordre de Rs 3,6 milliards à la fin de juin dernier pour les besoins de « mopping up excess liquidity ». D’ailleurs, le besoin de stériliser les excès de liquidités est évoqué lors des dernières délibérations en date du Monetary Policy Committee.
« The Bank’s effective liquidity management operations as from 18 May 2015 brought about a reduction in banks’ excess reserves. After peaking at 13.2 per cent around mid-April 2015, the average cash ratio maintained by banks declined steadily to 11.4 per cent for the monitoring period ending 25 June 2015. Bank of Mauritius (BoM) Bills of 1-year maturity as well as BoM Notes of 2-Year, 3-Year and 4-Year maturities for a total nominal amount of Rs10.9 billion were issued through auctions held in May and June 2015 », note le paragraphe 14 des Minutes of Proceedings du Monetary Policy Committee à ce chapitre.
D’autre part, les derniers détails de la Sector-Wise Distribution of Credit au secteur privé confirment la dégradation de l’endettement des opérateurs même si de plus en plus des groupes économiques d’envergure, dont le groupe New Mauritius Hotels Ltd, optent pour des levées de fonds sur le marché en vue de procéder à des exercices de restructuration de la dette. Au 30 juin dernier, la dette du secteur privé se montait à Rs 316,7 milliards, soit une détérioration de Rs 14 milliards de plus que l’année dernière.
L’industrie du bâtiment, qui est minée par le virus de la décroissance depuis ces dernières années, demeure la plus endettée, avec une ardoise de Rs 83,2 milliards auprès des banques, dont Rs 75,6 milliards en prêts et Rs 6,1 milliards en découverts bancaires. Comparativement à l’année dernière, la construction s’est embourbée dans la crise de la dette pour une somme supplémentaire de Rs 7 milliards. A ce rythme, ce secteur économique pourrait se retrouver avec des dettes de Rs 100 milliards dans 30 à 36 mois à moins que le bâton magique des Smart Cities de Vishnu Lutchmeenaraidoo ne vienne à la rescousse des opérateurs dans la construction.
Ses effets positifs sur le tourisme
Par contre, le tour de vis aux crédits bancaires appliqué par la Banque de Maurice se traduit par des effets positifs sur le tourisme, un autre grand malade de l’économie. L’endettement des opérateurs touristiques a régressé de Rs 1 milliard, soit à Rs 47,5 milliards. Par contre, la tendance s’est inversée dans la filière des Global Business Licence Holders, avec des crédits bancaires de Rs 41,4 milliards, soit une nette proportion au titre du Financing in Foreign Currencies in Mauritius, contre Rs 34,5 milliards en juin de l’année dernière.
La Banque de Maurice confirme que le secteur commercial est endetté de Rs 30 milliards, sensiblement au même niveau que l’année dernière, les Financial and Business Services de Rs 25 milliards, la filière manufacturière de Rs 19,9 milliards, soit Rs 1,8 milliard de plus que l’année dernière, ou encore l’agriculture de Rs 17,7 milliards, soit Rs 700 millions de moins qu’en juin 2014.
Les crédits bancaires aux ménages ont baissé de Rs 700 millions d’une année à l’autre. Au 30 juin dernier, ils étaient de Rs 29,3 milliards, dont Rs 22,1 milliards pour les emprunts et Rs 4,6 milliards de découverts bancaires. Ces données rejoignent l’analyse du Monetary Policy Committee à l’effet que « banks’ credit to the private sector (excluding credit to GBC entities) rose by 2.5 per cent in May 2015, from 1.6 per cent in April 2015. This increase reflected a higher growth in corporate sector credit, while household credit growth was flat ».
En marge de cette Economic Mission Statement annoncée par le Premier ministre, probablelment au plus tôt pour la seconde quinzaine de ce mois, la Banque de Maurice tire la sonnette d’alarme sur la performance anémique de l’économie. Le diganostic du Monetary Policy Committee est sans détour : « The economy continued to operate below its potential, reflecting underutilisation of resources. An overall assessment of the state of the real economy in first quarter of 2015 indicates that a negative output gap prevailed as a result of adverse shocks from domestic and external demand, which outweighed accommodative monetary conditions. Unless structural reforms unleash productivity gains, lower saving and investment rates could pose a risk to growth going forward. »
La Banque Centrale mise sur une croissance de 3,7% cette année et sort des prévisions de 4,6% l’année prochaine à condition d’une reprise économique, notamment en Europe, où se trouvent les principaux partenaires de Maurice. « The improvement in domestic economic growth would result from the accommodative monetary policy and projected pick-up in economic activity in main trading-partner countries. Measures announced in the Budget 2015/16 are also expected to have a positive impact on investment and business confidence, if properly implemented. The possibility for the budding Eurozone recovery to be affected by the Greek debt crisis constitutes one of the main risks to the domestic growth outlook. Domestically, growth also appears significantly dependent on the successful implementation of public investment plans », suppute la Banque de Maurice.
Importance de l’éducation et de la formation
L’Economic Mission Statement de sir Anerood Jugnauth pour entretenir la flamme du second miracle économique est balisée par l’urgence d’une accélération de la mise à exécution des projets d’investissements publics, mais aussi des « productivity gains setting the scene for growth going forward » découlant des réformes structurelles à l’agenda.
La dernière édition du MCB Focus sous la direction de Gilbert Gnany, Chief Strategy Officer du MCBGroup, Mauritius Inc.: Rising up to the productivity challenge, souligne l’importance de l’amélioration de la productivité dans la recherche d’une croissance robuste à long terme. « The external context ever more underscores the significance for Mauritius to comprehensively combat its structural inefficiencies with a view to achieving strong, sustainable and balanced growth, thereby further strengthening nationwide wealth generation, stepping up employment creation, and boosting the average living standards of the population. Achieving such ambitions, therefore, calls for the espousal of an all-encompassing and bold set of policy measures, a key feature being sustained productivity advancements insofar as they are viewed as one of the main drivers of long-term growth », fait la MCB comprendre en guise d’introduction.
Dans la conjoncture, le Chief Strategy Officer de MCBGroup préconise que Maurice se penche sur le modèle et la voie tracés par le Sifire Group, comprenant Singapour, la Finlande et l’Irlande pour remédier aux lacunes dans l’enseignement et le Skills Development. « The Sifire countries wielded the concept of universality in selected areas of education whilst embracing a human capital and technology-led strategy in order to create a knowledge-intensive economy which focuses on quality education, R&D, innovation as well as transparent and effective governance institutions across the human capital, knowledge and innovation systems », note le MCB Focus.
Tout en prônant une politique d’ouverture du marché du travail, même si à court terme le risque d’une reprise du taux de chômage est anticipé, Gilbert Gnany s’appesantit sur le fait que « from a policy determination standpoint, the main prerequisites for enhanced productivity outcomes involve: (i) the combating of entrenched structural bottlenecks towards improving the quality of human and physical capital; and (ii) the extensive recourse to innovative platforms and technological techniques in the course of the value creation journey ».
Une quasi-unanimité se dégage quant au poids de l’éducation de la formation et du Skills development dans l’amélioration du facteur de la productivité comme un Game Changer sur le plan du développement économique. En sus de la Banque de Maurice et du MCBGroup, la Banque Mondiale, par le truchement du Mauritius Country Systematuc Diagnostic, actuellement en voie de discussions, rappelle l’importance de ce facteur en soutenant que « the key to making Mauritius a successful inclusive high-income economy lies in improving its education system. Raising the quality of education and better aligning skills with labor market needs will help Mauritians, especially the youth, reap the benefits of economic growth in the form of expanded employment opportunities and increased income. »