À peine une semaine après son installation à formelle, le gouvernement de l’Alliance Lepep passe en mode accéléré en ce qui concerne la mise en pratique de l’opération « netoyaz » dans les différentes institutions, notamment les corps parapublics. La cible visée est tous les nominés politiques de l’ancien gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam, qui sont actuellement sous contrat.
Dans les milieux de l’hôtel du gouvernement, en ce début de semaine, l’on s’appuie avec insistance sur la teneur d’une première lettre circulaire Vetted par l’Attorney General’s Office, donnant des instructions aux chefs de Cabinet de tous les ministères de demander aux contracteurs politiques encore en poste de soumettre leur démission dans les meilleurs délais, si ce n’est séance tenante. De leur côté, les ambassadeurs nommés politiquement et en poste à l’étranger ont jusqu’à la troisième semaine de janvier pour rentrer définitivement à Maurice.
Dans l’immédiat, les dossiers qui représentent des priorités sont notamment les contrats alloués par Airports of Mauritius Limited (AML) à Nandanee Soornack, la femme d’affaires rouge, qui a connu une ascension des plus fulgurante et aussi les terres de l’État dont a bénéficié le Pandit Sungkur dans le Nord sous le gouvernement de Navin Ramgoolam. Dans les deux cas, l’objectif recherché est la résiliation pure et simple de ces contrats et cela sans le moindre frais de la part du gouvernement.
En ce qui concerne le volet Nandanee Soornack au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, une première enquête administrative a été diligentée par le nouveau gouvernement sur les contrats et les conditions agréées par Airports of Mauritius Limited à cet effet. Les premiers éléments de ce dossier pourront être soumis au nouveau conseil d’administration d’AML avec le départ de Serge Petit en tant que Chief Executive Officer et la démission des membres du Board en vue de soutenir une demande pour mettre un terme au « règne d’Airway Coffee » à l’aéroport.
Cette enquête devra également être étendue à la mainmise de Nandanee Soornack sur les opérations de la Mauritius Duty Free Paradise Limited aux terminaux de départ et d’arrivée à l’aéroport avec notamment le contrôle exclusif des marques comme Hugo Boss ou Giorgio Armani. « La présence continue de Nandanee Soornack à l’aéroport est No longer workable. Elle doit partir et le plus rapidement ce sera le mieux. Dans un deuxième temps, l’enquête sur Airway Coffee abordera des aspects plus délicats, comme les délits de trafic d’influence sous la Prevention of Corruption Act avec pour toile de fond la connexion Ramgoolam/Soornack », fait-on comprendre de sources ministérielles.
Scandale des terres de l’État
D’autre part, les procédures pour la résiliation des terres de l’État allouées au Pandit Sungkur dans le Nord ont atteint un stade avancé au ministère du Logement et des Terres. L’avis légal du State Law Office devait être sollicité formellement au préalable avant que la décision finale visant à reprendre ces biens publics ne soit mise à exécution.
Cette démarche du ministère des Terres est indépendante de toute décision que pourrait rendre l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), suite à une déposition consignée par la leader du parti Ensam, Roshni Mooneeram. Très peu détails ont transpiré de l’ICAC sur cette affaire, qui pourrait déboucher sur des explications de Navin Ramgoolam sur les dessous de ce scandale des terres de l’État.
Par ailleurs, la constitution des nouvelles équipes de collaborateurs et d’Advisers des ministres donne lieu à une opération « netoyaz » passant à une étape supérieure en ce début de semaine. Les dernières tentatives de résistance des nominés politiques encore en poste ont été balayées par une lettre circulaire avec des directives bien précises à l’effet que ceux qui sont sous contrat avec l’ancien gouvernement doivent soumettre leur démission. Ce message du gouvernement a déjà été transmis à tous ceux concernés en attendant que les nouvelles nominations soient avalisées formellement avec leur entrée en fonction en début d’année.
À l’hôtel du gouvernement, l’on évoque le départ de Manou Bheenick en tant que gouverneur de la Banque de Maurice dans deux semaines suite à un arrangement intervenu entre les parties. Les deux Deputy Governors de la Banque Centrale, nommés par le précédent gouvernement de Navin Ramgoolam, devront également évacuer la Bank of Mauritius Tower pour faire de place à du sang neuf, probablement avec Kee Chong Li Kwong Wing en tant que gouverneur à moins d’un changement de décision de sa part.
Avec la lettre circulaire d’exécution, il faut s’attendre à voir pleuvoir les lettres de démission des Chief Executive Officers contractuels des corps para-étatiques de même que des membres de ces boards ou encore des Chairmen. La situation au niveau du board d’Air Mauritius et de Mauritius Telecom, où l’État est actionnaire, est suivie de près pour voir si la demande de démission émanant de l’hôtel du gouvernement est respectée à la lettre…