La rentrée politique s’annonce chaude avec la reprise des travaux de l’assemblée nationale pour le mardi 1er septembre après trois mois de vacances. Les préoccupations, tantôt économiques tantôt constitutionnelles, se bousculent aux portes de l’hémicyle, alors que le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, anticipant la pression de cette rentrée sur le gouvernement bien après la période de grâce post-élections 10 décembre 2014, prévoit de dévoiler une Mission Economic Statement ayant pour thème Achieving the Second Economic Miracle and Vision 2030. Ce blueprint, avec accent sur des mesures facilitant les investissements majeurs du secteur privé, sera lancé samedi prochain au Conference Centre de Business Parks of Mauritius Ltd à Ebène. Indépendamment du choix du Set Menu des sherpas économiques du gouvernement de Lalyans Lepep, des priorités et des urgences s’imposent d’elles-mêmes dans la conjoncture, dont le retard accumulé dans les investissements au niveau du Central Electricity Board, avec le besoin d’ajouter des capacités d’au moins 200 MW d’ici à 2018 pour faire face à la demande, l’urgence de revoir toute la question de l’âge de la retraite à 65 ans avec la bombe à retardement du vieillissement de la population ou encore sur le plan de la fierté nationale la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos avec l’échéance de 2016 derrière la porte. Autant de munitions pour faire feu de tout bois pour une opposition parlementaire qui demande à retrouver ses marques après le coup essuyé le 10 décembre de l’année dernière.
Tout un chacun s’accorde à reconnaître que la réalité dans le secteur de l’énergie électrique est loin d’être rassurante contre des risques de black-out dans le pays. Certes, le vice-Premier ministre et ministre des Utilités publiques, Ivan Collendavelloo, a multiplié ces derniers jours les déclarations dans une tentative de lutte contre tout alarmisme pour la période à partir d’octobre 2016. Mais dans le concret, le suivi pour combler un déficit de quelque 200 MW en termes de capacité pour satisfaire la demande se fait toujours attendre.
Cette voie est jonchée d’embûches, comme les obstacles de nature légale pour la réhabilitation de la centrale thermique de Saint-Louis avec quatre turbines de 15 MW chacune. La décision de l’Independent Review Panel du 3 juillet dernier pourrait être considérée comme étant nul and void, réconfortant les soumissionnaires de BWSC dans leur position. Dans cette situation, la question qui se pose est de savoir si le CEB reviendra sur sa décision pour allouer le contrat de la centrale thermique de Saint-Louis à BWSC.
Avec un tel scénario, les spécialistes en la matière supputent que ces nouvelles turbines d’une capacité de 60 MW pourraient entrer en opération au plus tôt en juillet 2017, permettant au pays d’aborder octobre 2017 avec davantage de sérénité. Entre-temps, les autorités pourront opter pour le recours à des procédures d’emergency procurement pour des turbines à gaz en vue de repousser tout délestage volontaire à partir d’octobre de la même année. Mais cette solution intérimaire se fera à quel prix du kilowatt-heure ?
Le coût de génération du kWh à partir des turbines à gaz est estimé actuellement à quelque Rs 18, soit trois fois celui de l’unité à partir du high sulphur heavy fuel oil. « C’est le prix à payer pour contourner tout risque de black-out à partir d’octobre 2016 vu que les installed capacities du CEB sont à la limite, pour ne pas dire l’extrême limite. La Banque mondiale reconnaît ce manquement indéniable », fait-on comprendre dans des milieux autorisés.
Gaz naturel liquéfié
De con côté, la formule de diesel open cycle avec l’introduction subséquente du Liquefied Natural Gas dans le système de production, avec un prix du kWh dans la fourchette de Rs 10 à Rs 12, ne pourra être opérationnelle avant mars 2018 dans les meilleures des conditions. Du coup, le CEB n’aura d’autre choix de play safe que se concentrer sur le remplacement des équipements de la centrale thermique de Saint-Louis.
En dépit de cela, les problèmes du CEB sont loin d’être résolus car à partir de 2018, période coïncidant avec le take-off des Smart Cities, si le calendrier établi se concrétise, des investissements massifs s’avéreront nécessaires car en 2018 des équipements de quelque 200 MW devront être installés pour remplacer les 22 MW de CEL à l’expiration de l’Independent Power Agreement des turbines obsolètes des centrales du CEB d’une unité de FUEL après une trentaine d’années d’exploitation. Une façon de dire que Vision 2030 ou non, le secteur de l’énergie constitue un enjeu non-négligeable.
Sur le plan socio-économique, l’âge de la retraite à 65 ans monopolise l’attention. D’abord, la Banque mondiale est revenue à la charge dans le document Mauritius Systematic Country Diagnostic du 25 juin dernier. En fin de semaine, les chefs de Cabinet de différents ministères et autres chefs de département ont accusé réception d’une correspondance du ministère de la Fonction publique leur demandant d’effectuer un survey concernant la réaction des fonctionnaires au sujet de l’âge de la retraite à 65 ans.
En principe, à partir de 2018, le départ à la retraite se fera à 65 ans. Difficile à dire si le gouvernement compte accélérer ce processus ou revoir les modalités de cette transition engagée depuis 2008. Néanmoins, le vieillissement de la population suscite des appréhensions avec des répercussions sur différents aspects du budget national. Ce n’est pas un fait du hasard que la Banque mondiale note que « social protection expenditure accounted for 20 percent of total government expenditures and 5.5 percent of GDP in 2013 of which 1.7 percent of GDP is on contributory pensions and 3.8 percent of GDP is on social assistance. The Basic Retirement Pension, a program that provides a universal non-contributory pension for persons above the age of 60 as well as other benefits including universal invalidity and survivor benefits, represents 81 percent of total social assistance spending, or 3 percent of GDP ».
Face à ce phenomène de vieillissement de la population, la mise en garde de la Banque mondiale est des plus directes : « In addition to the rapidly aging population, this will put additional pressure on public expenditure in coming years. This calls for careful consideration of policies to raise efficiency and increase budget allocations to improve service delivery. This also will require an increased performance-focus, such as through improved M&E of public services, particularly health and social protection, to ensure effective targeting and improved outcomes. »
État-providence
Mais, déjà, une opposition à la réforme dans le système de protection sociale se manifeste avec Lalit lançant un appel au gouvernement pour ne pas céder au chant de sirène du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. « Le gouvernement se doit d’objecter aux pressions de ces institutions internationales, dont l’agenda déclaré est de mettre un terme au système de pension universelle, à la formule de bus gratuit dans le système scolaire et le troisième âge, les services de santé gratuits et l’éducation gratuite », s’insurgent des animateurs de Lalit, menés par Lindsey Collen.
Un autre sujet délicat et incontournable dans le court terme qui retiendra l’attention est la publication par le Pay Research Bureau (PRB) des recommandations salaires et de la révision des conditions de service dans le secteur public. Techniquement, ce rapport doit être publié en octobre avec sa mise en application à partir de janvier de l’année prochaine. Ce sera la première fois que le rapport du PRB sera rendu public tous les trois ans au lieu de cinq ans.
Dans les semaines à venir, la direction générale du PRB devra entamer des consultations avec le gouvernement, en particulier le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, pour prendre connaissance de l’enveloppe budgétaire qui sera accordée pour la mise à exécution de ce premier rapport triennal. À partir de cette allocation du ministère des Finances sera déterminé le quantum de la révision salariale dans la fonction publique et les corps para-étatiques à partir de janvier prochain.
Jusqu’ici, le mood au sein des syndicats des fonctionnaires est à l’attentisme dans la mesure où le management des ministères et des corps para-publics n’a pas encore remis de submissions au PRB. Y a-t-il un risque de retard dans la publication du rapport d’octobre ? « Je ne crois que ce sera le cas car le PRB travaille déjà in full swing et il devra être en mesure de relever le défi d’octobre. Au cas contraire, nous allons demander au gouvernement de mettre en application une interim increase en faveur des fonctionnaires et des employés des corps para-étatiques à partir de janvier 2016 », déclare Rashid Imrith, président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), comme pour donner le ton, tout en avançant que l’absence d’un budget ne devrait pas poser problème pour le paiement de cette augmentation.
« Les salaires font partie des items du budget. Avec le rajustement des salaires préconisés par le PRB, le gouvernement peut prévoir l’adoption de budget supplémentaire à la fin du présent exercice financier. Aucun problème insurmontable si la volonté politique prévaut », ajoute Rashid Imrith.
Sur le plan constitutionnel, trois sujets devraient retenir l’attention à des degrés divers. D’abord, la question de la souveraineté de Maurice sur les Chagos avec l’expiration du bail initial de 50 ans en 2016, la réforme électorale avec le vacuum des provisions transitoires dans la Constitution au sujet de la déclaration d’appartenance ethnique des candidats et des pressions de plus en plus intenses portant sur le financement des partis politiques dans le sillage du BAI Mega-Financial Scam.
L’immobilisme affiché par l’hôtel du gouvernement face à l’échéance de 2016 et aux tactiques de diversion de Londres à l’égard des Chagossiens inquiètent plus d’un. La demande du leader de l’opposition, Paul Bérenger, pour une réunion du comité parlementaire annoncé par le Premier ministre, pousse Lalit à soutenir que « lider lopozisyon, Paul Bérenger, pe fer apel pou Komite Parlmanter zwenn. Klerman, li realize ki gouvernman pou responsab pou perdi Diego Garcia ek Chagos net si li pa bouz vit ».
Financement politique
Aucun doute que la revendication des Chagos sera évoquée lors d’une des prochaines Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition vu l’importance des initiatives diplomatiques. Il n’est pas exclu qu’au cas où sir Anerood participe au prochain sommet du Commonwealth à Malte en novembre prochain, l’archipel des Chagos sera au menu des échanges avec le Premier ministre britannique, David Cameron, lors de la traditional retreat car à la veille de 2016, Maurice devra jouer son va-tout.
De son côté, Lalit maintient que « li enn moman pou azir politikman, avek presizyon, prinsip e dan kad enn stratezi pou gayn soutyin o-nivo internasyonal — par enn konba kont kolonizasyon, militarizasyon, ek an faver drwa de retour Chagosyin ».
La réforme électorale pourra se frayer un passage à l’agenda du Government Business dans un avenir pas trop lointain. Rezistans & Alternativ, qui a remporté une première victoire historique avec l’adoption des Transitional Provisions à la Constitution, autorisant des candidats aux élections générales à ne pas faire de déclaration d’appartenance ethnique, ne compte pas rester les bras croisés. Avec les dernières élections générales, un vacuum constitutionnel existe de par la nature provisoire de l’amendement voté l’année dernière.
Les animateurs de Rezistans & Alternativ prévoient de relancer les contacts officiels auprès du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies pour que le pronouncement décrétant cette déclaration ethnique comme étant contraire aux droits fondamentaux soit traduit dans le concret en permanence. Même si les élections générales ne sont pas pour demain, une première démarche auprès de cette instance des Nations unies devrait intervenir dans les prochaines semaines et le gouvernement sollicité formellement pour sa réaction au sujet de la réforme électorale.
Indépendamment des effets sur le plan socio-économique, le scandale financier BAI pourra générer des conséquences sur le plan politique avec le financement des partis politiques projeté au premier plan. En vue de forcer les autorités à inscrire cette question à l’ordre du jour, des animateurs du Parlement populaire ont lancé une pétition avec pour but d’amener l’assemblée nationale à voter une loi régissant le financement politique avec « plus de Rs 220 millions, dont Rs 110 millions en devises étrangères dans les coffres-forts de Navin Ramgoolam en sa résidence de River Walk »…