À son cinquième jour de grève de la faim, l’état de santé de Mustapha Mohamed, aussi connu comme « Gandhi » s’est subitement détérioré. Ses amis, dont Judex Ramphul, président du syndicat des pêcheurs, comptaient faire appel au SAMU pour qu’il soit transporté à l’hôpital. A l’heure où nous mettions sous presse, le gréviste souffrait de douleurs atroces au ventre.
« J’irai jusqu’au bout, je ne compte pas arrêter ma grève de la faim », a dit ce matin Mustapha Mohamed, qui s’est installé au monument dédié aux pêcheurs à Trou-Fanfaron, depuis vendredi dernier. Quelques heures plus tard, son état s’est détérioré. Auparavant, il avait fait le tour de l’île à pied, vêtu comme Mahatma Gandhi, pour rallier les pêcheurs à sa cause.
En mai dernier, le Hoi Siong 8, à bord duquel le gréviste et ses coéquipiers entamaient une campagne de pêche, est tombé en panne au large de St Brandon. Les pêcheurs étant à leur propre compte, sont sans emploi, depuis. Mustapha Mohamed déplore le fait que le ministère de la Pêche refuse de lui accorder un prêt sous le Fishermen Investment Trust ou sous le Food Security Act en vue de louer un autre bateau pour une nouvelle campagne de pêche.
Interrogé à ce sujet, Mathieu Laclé, conseiller au ministère de la Pêche indique : « Le ministère ne donne pas d’argent pour louer des bateaux. En revanche, nous aidons les pêcheurs qui ont des projets. Nous avons demandé à M. Mohamed de se regrouper en coopérative avec d’autres pêcheurs et de nous soumettre un projet. Mais nous n’avons rien reçu, sauf une demande de Rs 4 millions pour financer une première campagne de pêche. »
Entouré d’officiers du ministère, Mathieu Laclé précise que le cas des pêcheurs du Hoi Siong 8 a été référé à la Sécurité sociale. « Ce n’est pas de notre faute si on a trouvé qu’ils n’étaient pas éligibles pour une aide sociale. »
Il faut savoir que les pêcheurs avaient conclu un accord avec le propriétaire du bateau et qu’ils travaillaient à leur propre compte. La recette de la campagne de pêche devait être partagée entre les deux parties. Le Hoi Siong 8 étant hors service, Mustapha Mohamed et son équipe cherchent maintenant un nouveau bateau.
Mathieu Laclé précise que le Fishermen Investment Trust n’octroie pas de prêt, mais construit ses propres bateaux – il en existe trois en ce moment – afin que les pêcheurs artisanaux puissent aller pêcher en haute mer.
Toutefois, sous la Food Security Act, les pêcheurs peuvent bénéficier d’un grant à hauteur de 25 % pour acheter un bateau. Pour cela, ils doivent se regrouper en coopérative. « Mais ils doivent trouver le reste de la somme nécessaire, tout comme les frais de l’assurance et du carburant. »
Il faut aussi préciser que depuis que les ministères de la Pêche et de l’Agro-industrie ont été séparés, aucun projet de pêche n’a été réalisé sous la Food Security Act.
Outre son propre cas, soutient le gréviste, c’est la cause des pêcheurs en général qui le motive. Il est d’ailleurs soutenu dans sa grève par plusieurs d’entre eux, dont le président du syndicat des pêcheurs, Judex Ramphul. Une manifestation devant les locaux du ministère de tutelle n’est pas à écarter.