Les habitants du village de Grand Sable, à travers la Grand Sable Fishermen Association et la Grand Sable Women Planters, Farmers, Entrepreneurs Association, s’approprient un projet de plantation de 20 000 mangliers pour faire face aux effets du changement climatique qui les affectent. Coincée entre les montagnes de l’est et le lagon, cette petite communauté de planteurs et de pêcheurs de l’est du pays voit ses terres s’éroder vers la mer par temps de pluie et ses prises de poissons diminuer d’année en année.
« Nous subissons déjà les effets du changement climatique. D’une part, nos terres s’érodent et part des montagnes vers la mer par temps de pluie. D’autre part, les prises de nos époux, qui sont pour la plupart des pêcheurs, diminuent d’année en année à cause de l’appauvrissement continu du lagon », déclare la fondatrice-secrétaire de la Grand Sable Women Planters, Farmers, Entrepreneurs Association (GSWPFEA), Géraldine Aristide, pour expliquer l’implication des femmes de ce village côtier de l’est dans le projet de plantation de 20 000 mangliers dans leur localité. Celui-ci s’inscrit dans le cadre du grand projet Climate Change Adaptation Programme in the Coastal Zone of Mauritius, financé par l’Adaptation Fund, basé à Washington DC aux États-Unis.
Établi sous le Protocole de Kyoto, l’Adaptation Fund a été institué pour financer des projets d’adaptation au changement climatique des pays en développement. « Grand Sable est un des nombreux villages côtiers de l’île devenus vulnérables face aux impacts du changement climatique. Nous en sommes tous conscients ici. C’est pourquoi nous n’avons pas hésité une seule seconde à nous impliquer dans ce projet quand les représentants du Global Environment Fund-Small Grant Programme (GEF-SGP) du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), de l’AusAID (Australie), et du ministère de l’Environnement et du Développement durable, entre autres, nous ont informés de leur intention de replanter des mangliers sur notre côte », poursuit Géraldine Aristide. Le manglier, ou palétuvier, est une plante aquatique qui pousse sur le littoral dans des zones marécageuses. Très présente à Maurice durant les années 50 et 60, la population de mangliers a considérablement diminué avec les cyclones, le développement de la côte, entre autres. Le manglier est à Maurice une espèce protégée.
« La mangrove, comme on appelle communément une concentration de mangliers, est une barrière solide contre les inondations et l’érosion », affirme la fondatrice-secrétaire de la GSWPFEA.
Pour sa part, le président de la Grand Sable Fishermen Association (GSFA), Roodredeo Daumoo, explique l’enthousiasme de ses collègues pêcheurs pour ce projet : « Tout pêcheur sait que les mangroves sont des écosystèmes qui jouent un rôle très important dans l’équilibre de la biodiversité marine. Au même titre que les coraux, les mangliers offrent un abri pour bien des espèces à l’instar des crabes, crevettes et petits poissons. C’est un endroit où ces espèces pondent leurs oeufs à l’abri des prédateurs. Les mangroves abritent des espèces qui, plus tard, seront capturées en pleine mer pour les besoins de la pêche, comme la gueule pavée. » Il estime que ce projet vient redonner espoir à la communauté des pêcheurs en un avenir meilleur.
Au ministère de l’Environnement et du Développement durable, l’on se réjouit de voir ces habitants de Grand Sable s’approprier ce projet. « C’est un projet innovant d’une part parce que c’est fait pour les villageois par les villageois et d’autre part parce que les mangliers sont préparés par la méthode de pépinière (nursery), et non plantés directement dans le lagon comme auparavant », explique une source. « La méthode de nursery permet un taux de réussite de 80 % contre 30 % par la méthode directe », élabore-t-elle. « En outre, parce qu’ils se sont appropriés le projet, leur enthousiasme assure une meilleure chance de survie aux plantes, dans le sens qu’il y aura moins de cas de vandalisme. »
Mais au-delà de l’aspect environnemental, ce projet donne un nouveau souffle au village de Grand Sable, selon nos interlocuteurs. « En plantant les propagules (graines) de mangliers, les femmes obtiennent un revenu pour leur famille, et après, une fois la terre stabilisée, elles pourront s’adonner à d’autres types de plantation, tout en sachant qu’elles soutiennent également la subsistance de leur époux pêcheur », explique Géraldine Aristide.
« Les mangliers et mangroves vont permettre aux poissons de repeupler le lagon et cela nous redonne espoir en tant que pêcheur », affirme Roodredeo Daumoo.
Au ministère de l’Environnement, l’on voit beaucoup plus loin. « Rien n’empêchera les mangroves de se développer en forêts. Nous pourrons alors y faire construire des walk-board et même aménager des canaux, avec les bateaux à fonds plats et développer un écotourisme spécifique aux mangrove », s’enthousiasme notre source.