Grande Rivière Nord-Ouest est connue pour son pont routier traversé par des centaines de véhicules chaque jour. Un peu plus loin, ses travées dévoilent des problèmes sociaux et environnementaux auxquels font face ses habitants. Drogue, pollution et infrastructures vieillissantes entravent leur tranquillité.

Grande Rivière Nord-Ouest, petit quartier très connu de Port-Louis, tient son nom du cours d’eau qui le traverse depuis les gorges jusqu’à la mer. Comme chaque jour, les véhicules sont nombreux sur le pont routier qui permet de traverser la rivière et de rallier Port-Louis et Rose-Hill. La région abrite également une prison, qu’on peut apercevoir depuis la route Royale à proximité de l’ancien pont, associé au passage à tabac des étudiants par la police durant la grève estudiantine de 1975. Plusieurs vieux ponts peuvent être aperçus dans la région, notamment dans les gorges et à Canal Dayot. Ce quartier a été dans l’actualité ces dernières années avec des maisons inondées à la suite de grosses crues.Quittant la route Royale pour s’enfoncer dans le quartier, nous sommes ralentis par la circulation. Le trafic est bloqué dans les deux sens. Le chemin qui traverse le village offre un accès direct vers l’autoroute. Quelques personnes sont assises devant une des boutiques du coin. Personne ne veut esquisser un mot sur la région. “Demandez à d’autres personnes”, nous répond-on sèchement.

Un mécanicien nous interpelle. Curieux de connaître notre démarche, il s’approche et nous interroge. Il commence à nous parler des jeunes du coin. “J’ai besoin d’ouvriers pour m’épauler. J’ai demandé à des jeunes d’ici de venir travailler avec moi à plusieurs reprises, mais aucun n’a accepté. Ils préfèrent rester dans la rue et quémander quelques roupies. C’est malheureux”, confie Harold Jacquin.

“La drogue fait des ravages”.

Plus haut, la devanture d’un betting shop est témoin d’un va-et-vient incessant. Des motos sont garées sur le trottoir. Cela ne plaît pas à un habitant de la région. “Il y a des motocyclettes mal garées sur la rue ou sur le trottoir. Cela empêche les gens de passer. Nous devons marcher sur la rue. Vous avez vu la circulation ici : cela représente un danger pour nous de marcher sur la rue. En plus, il y a du bruit toute la journée, surtout les samedis pendant les courses hippiques.”

Dans ce quartier, les rues sont étroites. Elles pourraient presque être considérées comme des ruelles. Les maisons sont assez proches les unes des autres. Dans une des nombreuses ruelles, nous croisons Sylvain René, appréciant une brise légère qui atténue la chaleur estivale. “Bann zenes-la fim simik, enn mari kastastrof. Je les vois tous les soirs près de l’école primaire. Des jeunes de 13, 14 ans. C’est désolant”, dit-il. Il sera l’un des seuls habitants à accepter de nous dire son nom.

Les autres n’osent pas révéler leurs noms, par simple pudeur ou par crainte, on n’en aura pas la certitude. Plus loin, quelques habitants font la causette devant leurs portes. Une d’entre eux, s’écrie : “Regardez là-bas”, indiquant un coin de rue. “C’est là que ces jeunes se droguent. C’est quelque chose de grave ici, ces jeunes sont en perdition. La drogue fait des ravages. Il faudrait qu’ils soient pris en charge, qu’on les aide à sortir de cet enfer.”

Pollution sonore et eaux usées.

Ces mêmes personnes fustigent la municipalité de Port-Louis qui, selon elles, ne fait rien pour améliorer leur quotidien. Leur rue se détériore sans que personne ne songe à la réasphalter. “Cette rue n’a pas été asphaltée depuis plus de dix ans. Nous l’avons signalé à maintes reprises, mais en vain. Nos poubelles connaissent le même sort : nous n’en avons pas eu de nouvelles depuis des lustres. J’ai dû rafistoler ma poubelle pour pouvoir m’en servir”, confie Jeanine. Durant les grosses averses, sa cour est inondée et l’eau stagne sur son toit, provoquant l’humidité et abîmant ses meubles et ses vêtements.

Poursuivant notre visite, nous rencontrons un autre habitant. Il évoque un autre problème dans la région : la pollution sonore. Sa maison est située à proximité d’une usine et il affirme être victime de pollution sonore depuis 2012. “Je peux comprendre qu’une compagnie a besoin de fonctionner mais cela ne doit pas être au détriment des habitants. Le tapage se déroule parfois le soir et peut durer plus d’une heure. Nous subissons un bruit désagréable. J’ai fait de nombreuses plaintes à la Police de l’Environnement, mais le problème n’a toujours pas été résolu.”

La pollution est également présente en termes de déchets. Certains terrains vagues ont été transformés en dépotoirs. Le canal qui passe devant l’école primaire dégage souvent une odeur nauséabonde. “Il y a des marchands qui viennent vendre la nourriture aux élèves là-bas. Ce n’est pas très hygiénique”, nous dit-on. Certains habitants se plaignent de l’eau usée qui vient se déposer devant leurs portes. “Il y a des maisons situées en hauteur, en direction de Pailles. Elles ne sont pas pourvues de tuyaux de décharge, leurs eaux usées sont jetées dans le petit canal, qui est vite débordé. Cette eau usée vient alors jusqu’à nous.”