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À Grande-Rivière-Sud-Est, l’atmosphère pittoresque des lieux vaut à elle seule le détour. Ce charmant village de pêcheurs est l’un des plus tranquilles de Maurice. Connu pour abriter la plus grande rivière de l’île et une belle cascade qui attire chaque jour de nombreux visiteurs, GRSE s’est peu à peu développé: avec un front de mer et des habitations en dur qui ont remplacé les maisons en tôle des pêcheurs. La région prisée pour son charme sauvage a aussi conservé les traces du passage des colons dans l’île.
Un lundi matin, peu avant midi. Une rue déserte, une charmante petite chapelle ouverte mais vide, des ruines… Le temps semble s’être arrêté au village Grande-Rivière Sud-Est. Loin de l’agitation des villes, ce site est préservé, comme suspendu hors du temps. Le calme qui règne depuis le pont de Deep River Beau Champ jusqu’à GRSE laisse penser que les lieux ont été désertés. Pourtant, une petite population y vit. Une odeur de canne à sucre pénètre nos narines. Les champs de cannes qui s’étendent à perte de vue ont été rasés et brûlés. Seuls de rares boutiques, une école primaire, un jardin public, plus loin le dispensaire sont signe de vie. C’est le sport (terrains de foot, de volley, de boulodrome) qui anime souvent l’endroit.
Douceur de vivre
En empruntant une ruelle à côté de la quincaillerie Rohit, nous découvrons quelques habitations presque collées les unes contre les autres, la plupart possédant un potager. Ces maisons, en béton, confèrent un charme certain à ce village.
Une femme laboureur pioche sur la tête — un tour de force unique—, rentrant du travail nous salue. Dans ce village, les habitants vivent principalement de la plantation et de la pêche. Certains qui ont été licenciés suite à la fermeture de la sucrerie de Deep-River-Beau-Champ il y a cinq ans, ont trouvé de l’emploi dans les deux hôtels de la région. C’est ce qu’affirme Manoj Dhunaya, un habitant de Bel-Air-Rivière-Sèche, âgé de 47 ans, que nous rencontrons sur le Front de mer. Tourneur de profession, il aime s’adonner à la pêche durant ses heures libres. C’est le spot prisé des pêcheurs où abondent, au bord de l’eau, des « Cordonniers ». Dans la baie, plusieurs pirogues voguent au gré des vagues. Tandis que les pêcheurs sont déjà rentrés, les plaisanciers eux se partagent la clientèle pour la visite de la fameuse cascade de GRSE ainsi que l’Ile-aux-Cerfs. Cet endroit, longtemps renommé pour ses activités d’extraction de sable, s’est peu à peu métamorphosé. Ce point de débarquement de sable qui était laissé à l’abandon et transformé en dépotoir depuis l’interdiction d’extraction de sable, a été remplacé par un petit front de mer. Partout, sur le littoral, des barques sont abandonnées sur la plage. Cet endroit laisse le regard planer à volonté sur l’horizon jusqu’aux lointains îlots: Ile-aux-Phares et la Pointe-du-Diable à Mahébourg et laisse découvrir les montagnes Chat et Rat.
Témoin du passé colonial
Paisible et calme, GRSE est un havre où il fait bon s’arrêter, pour s’imprégner de cette ambiance. Le village offre à tout visiteur non seulement un beau panorama mais  pour qui s’y attarde, il découvrira des restes du temps colonial. Au 17e siècle y fut installé un ensemble de batteries et de fortifications dont on peut encore voir à la Pointe de la Batterie quelques pièces. En effet, les ruines et les canons se trouvant au jardin public Guy Christian Dalais (à Pointe-de-la-Batterie) rappellent la présence des militaires de la période coloniale. Mais la structure, en pierre, a été complètement délaissée et abandonnée à un triste sort. Aucune plaque fournissant des informations sur ce site riche en histoire n’est visible. Il en est de même pour l’ancienne gare ferroviaire située un peu plus loin. Là aussi l’abandon est total. Dominant la Pointe-de-la-Batterie, le jardin public abrite un kiosque et des bancs.
Grâce à quelques filaos, on peut s’y asseoir à l’ombre. «Ici, la baignade n’est pas possible. Mais les visiteurs sont nombreux le week-end. Ils apprécient l’endroit pour sa tranquillité. Les habitants y viennent en famille pour le pique-nique», nous dit le gardien du jardin installé à l’intérieur d’un des bâtiments en ruines.
La route qui serpente le village permet de découvrir l’une des plus vieilles boutiques du littoral, d’y déguster un halim à l’ombre d’un banyan et de discuter avec ses habitants, rares sur la rue. «Ici, on vit tranquillement, on ne se plaint pas. Nous avons tout ce dont on a besoin. Une école primaire, un dispensaire, et des activités pour les jeunes», nous dit une dame, marchande de halim.
GRSE offre aussi une nature sauvage et calme. La cascade est l’une des plus grosses attractions du village et de ses alentours. Une curiosité naturelle et spectaculaire qui attire bon nombre de touristes tout au long de l’année. Ici, au coeur d’un ravin bordé d’une végétation luxuriante et les parois rocheuses, la nature offre un merveilleux décor.
Pour accéder à la cascade de Grande-Rivière-Sud-Est, on y embarque à bord d’un bateau ou on descend une pente à partir de la route principale. La faune et la flore se côtoient le long de la rivière. De nombreux oiseaux survolent également Grande-Rivière-Sud-Est, dont les pailles-en-queue. Des hérons veillent attentivement le passage des poissons aux abords des rochers. Il est aussi fréquent d’apercevoir des singes, perchés sur des arbres.