Le destin peut être cruel, très cruel même. Dans la nuit de mercredi, le jeune couple Chavrimootoo – Curtis, 28 ans, et Annabelle, 24 ans – est victime d’un accident de la route a priori anodin. Curtis décède sur le coup, tandis qu’Annabelle, enceinte de trois mois, suivra son époux dans la mort 24 heures plus tard.
Alors que la majorité de Mauriciens attendent fiévreusement les fêtes de fin d’année, le voile du deuil a, sans crier gare, recouvert les familles Chavrimootoo et Maillard. L’accident tragique qui a coûté la vie à Curtis et Annabelle a choqué tout le pays, à commencer les habitants de The Mount. Si un couple est mort tragiquement, ce sont trois vies humaines qui ont été emportées d’un coup, puisqu’Annabelle était enceinte de trois mois.
Le couple Chavrimootoo se rendait mercredi soir à motocylette chez un des frères de Curtis à Lallmatie quand l’irréparable s’est produit à hauteur de Grande Rosalie. Il était aux alentours de 22h30 quand Curtis a perdu le contrôle de la motocyclette qu’il conduisait. Selon la teneur de l’enquête policière, le deux-roues a glissé sur l’asphalte mouillé et parsemé de graines, projetant violemment Curtis et Annabelle sur l’asphalte. Selon certaines sources, ces graines proviendraient de plants de Tecoma ou de Bois Noir.
Le couple gisait inconscient à côté d’un caniveau lorsqu’il a été retrouvé. Le décès de Curtis devait être constaté à son arrivée à l’hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam, Pamplemouses, tandis qu’Annabelle, grièvement blessée, devait être admise aux soins intensifs. Pendant qu’elle se battait pour sa survie, l’examen post mortem pratiqué sur son époux jeudi devait attribuer le décès de ce dernier à un neck fracture.
Soins intensifs
Accablés par la mort de leur fils et gendre, les familles Chavrimootoo et Maillard devaient être de nouveau secouées par la nouvelle d’un autre décès. En dépit des soins intensifs qui lui ont été prodigués, Annabelle a rendu l’âme à son tour aux alentours de 17h, jeudi. L’autopsie a conclu qu’elle était décédée des suites de blessures cranio-cérébrales. « Mo ti ankor ena lespwar ki mo tifi ti pou sorti ladan. Me bondie finn pran li, bizin aksepte so travay », témoigne Louis Percy Maillard, terrassé par l’ampleur du drame.
À l’intérieur de la demeure des Maillard, les dépouilles des jeunes mariés ont été placées l’une à côté de l’autre avant la cérémonie mortuaire. Proches et amis ont afflué au domicile des Maillard pour rendre un dernier hommage au couple disparu. Les obsèques de Curtis et d’Annabelle se sont ensuite déroulées en l’église de St François d’Assises à Pamplemousses. La cérémonie, officiée par le curé de la paroisse, Sylvio Lodoïska, était empreinte de tristesse, de ferveur et d’émotion. Ce jeune couple avait tant de projets, caressant notamment celui de voir grandir leur petite fille et de voir naître leur deuxième enfant.
Rendant un dernier hommage à sa soeur aînée, Julianna Maillard devait faire le récit des points forts de la vie d’Annabelle. Réprimant difficilement ses larmes, elle a décrit Annabelle comme une grande soeur idéale, sa confidente, sa mère, sa meilleure amie et sa conseillère, surtout quand elle avait quelque chose à dire à ses parents. « Annabelle était serviable. Elle était tout le temps présente lorsqu’on avait besoin d’elle. Persévérante de nature, elle était très sportive. Elle avait même été retenue dans l’équipe de volley-ball de Port-Louis Red Star pour vivre sa passion. Mais par contrainte conjugale, elle avait dû arrêter avant d’intégrer une équipe parroisiale à Goodlands. Je suis aujour’hui choquée. Un grand chagrin s’est emparé de moi mais je me console à l’idée que je la verrai un jour », a-t-elle dit la voix saccadée.
Deuil
Alan Chavrimootoo a, pour sa part, mis en exergue les qualités de coeur de son frère, qui était quelqu’un de généreux. « Li ti ena enn le coeur en or, tout le temps present kan bizin li. Li ti enn dimoune vraiment formidable ki tout le temps ti ena enn sourire lor so visage. » Curtis était aussi, selon un de ses amis, quelqu’un d’actif dans le passé dans la paroisse de l’Immaculée Conception à Port-Louis.
Pour les familles Chavrimootoo et Maillard, Noël et le Nouvel An 2011 revêtiront un amer goût de deuil. Ils sont nombreux à se demander à quoi ressemblera la vie de Jahmélia, encore trop petite pour comprendre qu’elle ne verra plus jamais ni son père, ni sa mère, et n’aura ni petit frère, ni petite soeur. Une des nombreuses questions qui reste posée: n’est-il pas temps de créer un fonds spécial pour les enfants mineurs qui, comme Jahmélia, perdent leurs parents dans de telles circonstances?
L’enquête policière pointe du doigt deux facteurs. La présence de corps étrangers, notamment les graines d’arbre sur la route, ainsi que la vitesse. « Il suffit de pas grand’chose pour déséquilibrer un deux-roues qui roule relativement vite. Ce drame est déchirant non seulement pour les familles des victimes, mais aussi pour nous policiers, qui avons à traiter ce genre de cas. Nous recommandons la plus grande prudence à tous les usagers de la route et nous réitérons nos appels: ne roulez pas vite; respectez le code de la route. » Malheureusement, trop souvent, ces appels tombent dans de sourdes oreilles…