Alors que nous nous préparons à la grande rentrée économique, commerciale, politique et sociale, prévue pour la semaine prochaine, et que nous nous apprêtons à mettre en oeuvre les résolutions pour l’année qui commence, relevons que les discours et messages prononcés par les hommes religieux et politiques peuvent constituer une source d’inspiration majeure pour tout un chacun.

La décision du cardinal Maurice Piat, évêque de Port-Louis, d’aller vers les résidents de Camp Mana, plus connu comme Bangladesh, à Tranquebar, situé dans le faubourg de la capitale, est une initiative symbolique riche en enseignements. Elle s’inscrit d’ailleurs dans la volonté du Pape François d’accorder une priorité aux plus pauvres, tant dans le pays où nous vivons que dans le monde. Au-delà de cette agglomération où vivent des familles démunies, cette démarche nous interpelle et nous invite à orienter notre attention vers tous ceux vivant dans l’extrême pauvreté au sein de notre île.

Elle nous rappelle une vérité implacable : il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice dans le respect des droits de tout un chacun, il n’y a pas de droits à deux vitesses. Les plus pauvres ont les mêmes droits à l’éducation, au logement, au travail et à une nourriture décente que les plus aisés. À partir de nos “gated cities”, leconfort de notre environnement familial, social, religieux ou politique, nous ne devons considérer les plus pauvres comme une menace à notre sécurité et à notre mode de vie. Plus jamais ne devrait-on entendre des remarques de nature communale, comme celle prononcée récemment par l’ancien vice-Premier ministre de l’actuel gouvernement.

Tout au contraire.

Il est de notre devoir de considérer les démunis comme des “zanfan lakaz” qui bénéficient des droits semblables. Comme l’a souligné le cardinal Piat, les règlements ne devraient pas être un moyen d’oppression, un obstacle ou un moyen de piétiner les droits des plus faibles. Ils se doivent d’être un moyen d’accompagner les uns et les autres vers le progrès et le développement. « Si les règlements ne sont pas adaptés à la situation des personnes qui réclament que leurs droits soient respectés, alors, changez-les ! » lance-t-il, en se référant aux squatters qui recherchent un logement plus décent.

Dans son message de Noël, le cardinal va encore plus loin en encourageant tous ceux qui refusent de baisser les bras et qui continuent à s’engager généreusement – seuls ou avec d’autres – dans des Ong, dans des associations caritatives, dans des services d’église, dans des structures étatiques ou para-étatiques, chez nous comme ailleurs. « Au coeur de la détresse des toxicomanes et de leurs parents, de la solitude des prisonniers ou des femmes battues, au milieu des enfants de rues, ces gestes de solidarité et de partage, cette lutte pour faire respecter le droit, la justice, la dignité des plus pauvres, et pour sauvegarder la planète, notre maison commune, sont les vraies lumières de Noël. Non pas ces feux de paille de l’excitation d’un soir mais les feux de braise qui gardent vivante en nos coeurs la flamme de l’espérance », affirme le cardinal Maurice Piat.

De son côté, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, dans son message à l’occasion du Nouvel An, annonce que le pays sera, cette année, « un grand chantier ». Tout doit être fait pour que tous les Mauriciens sans exception en soient partie prenante. Personne ne doit être laissé au bord de la route ou se sentir marginalisé. Il s’agira non seulement d’adopter une politique visant à assurer l’éducation et le logement pour tous, mais également le travail pour tous. C’est là que réside la clé du développement intégral de chaque Mauricien et, par conséquent, du pays. L’introduction du minimum salarial de Rs 9 000 a été saluée avec satisfaction par tous, ainsi que la negative income tax. Il s’agit de poursuivre sur cette bonne voie, de développer un chantier consistant à éradiquer totalement la pauvreté absolue dans le pays, comme le réclament tous les bien-pensants de notre république