L’énergie solaire commence à décoller à Maurice, bien qu’elle ait accusé un retard, affirme Grégory Martin, Directeur Commercial de SFER Maurice, dans un entretien accordé au Mauricien. SFER Maurice est une société spécialisée dans l’installation de panneaux photovoltaïques basée à Moka. Grégory Martin évoque également la question du recyclage.
Comment SFER Maurice a-t-elle vu le jour ?
SFER a vu le jour en 2008 à la Réunion. La société est née d’une volonté française de faire de la Réunion une île 100 % autonome en termes d’énergie d’ici à 2035. On y trouve 1 400 centrales photovoltaïques déjà installées, ce qui représente 80 000 panneaux. C’est face à cet engouement que SFER a misé sur l’océan Indien en lançant SFER Maurice en 2011. Et en mars 2012 on a procédé à un transfert de compétences en formant 30 employés durant six mois. Nous sommes tous des Mauriciens, ce qui est un point positif car le but est de créer des emplois locaux. Nous sommes aussi complètement autonomes par rapport à la Réunion, il reste néanmoins un support pour les gros dossiers.
Quelle est la dernière technologie en photovoltaïque ?
La dernière technologie est le photovoltaïque à concentration. Elle utilise un système de lentilles de Fresnel ou de miroirs paraboliques afin d’envoyer plus de lumière sur le panneau. Cette technologie produit plus qu’un panneau photovoltaïque classique en utilisant moins de surface au final, en toiture ou au sol. Néanmoins à ce jour le photovoltaïque à concentration présente de nombreux inconvénients : comme c’est une nouvelle technologie il existe peu de fournisseurs donc peu de compétition sur le marché ce qui a pour conséquence le coût très élevé du panneau. Sans dispositifs de refroidissement, ces derniers fondraient. Les modules sont complexes et fragiles donc plus délicats à transporter et à installer. Enfin, un tel panneau ne fonctionne correctement qu’avec un système de tracking. Ce type de dispositif accroît le coût de la maintenance.
Ne pensez-vous pas que la technologie photovoltaïque est dépassée par rapport aux technologies type solar 1 ou tours solaires ?
Les technologies type solar 1 ou tours solaires sont des technologies qui seront forcément utilisées à grande échelle dans le futur. Mais l’investissement de départ est très conséquent pour l’instant. C’est pour cela que de nombreux pays comme l’Allemagne, leader dans l’énergie photovoltaïque, ont préféré investir dans des centrales photovoltaïques classiques. De plus, ces technologies  construites de façon à canaliser la chaleur afin d’actionner des turbines pour produire de l’électricité ont des coûts assez élevés en maintenance.
Selon vous, pourquoi l’énergie solaire à grande échelle a-t-elle du mal à décoller à Maurice ?
L’énergie solaire à grande échelle commence à décoller à Maurice, avec les projets de fermes photovoltaïques, et le MSDG (Medium Scale Distributed Generator) scheme du CEB. Il est possible aujourd’hui pour une société d’installer une centrale photovoltaïque de jusqu’à 2 MW. Maurice a eu un peu de retard dans ce domaine du fait que les autorités devraient bien planifier le tir. Nous sommes un des pays en Afrique à avoir un bon réseau électrique. Mais certaines installations datent de quelques décennies et n’auraient pas supporté certaines installations photovoltaïques. Les autorités commencent à être conscientes que le solaire est l’avenir de Maurice et que la principale source d’énergie ne se trouve pas sous terre mais au-dessus de nos têtes, le soleil !
SFER Réunion existe par décret de l’État français ; lors de l’implantation d’une compagnie étrangère telle que la vôtre à Maurice, quelles sont les autorités locales (décrets) permettant la vente et l’exploitation de l’énergie solaire ?
SFER Maurice est un partenariat 50/50 entre SFER Réunion et ATICS, la société mauricienne de ramassage et traitement des ordures. De ce fait, SFER Maurice est autonome et a été enregistrée au Registrar of Compagnies. La société dispose également des permis nécessaires pour exercer en tant que fournisseur et installateur de centrales photovoltaïques à Maurice. Nous travaillons également en collaboration avec le ministère de l’Énergie et celui de l’Environnement et du Développement durable, ainsi qu’avec CEB.
L’énergie solaire ne pollue pas, mais dans le cas d’une centrale type MCB à Ébène, quel est le dégât qu’elle cause à la planète lors de la fabrication de ces panneaux photovoltaïques ? Le silicium n’étant pas recyclable, qu’en faites-vous après son cycle de vie ?
L’énergie électrique produite par les panneaux est évidemment renouvelable et sans fin tant que brillera le soleil. Le panneau solaire produit beaucoup plus d’énergie qu’il n’en faut pour le fabricant et le transporteur. Aujourd’hui, l’énergie “grise” totale d’un panneau, du silicium à la pose, est estimée à 3 000 kWh par kWc. Dans les conditions d’ensoleillement de Maurice (environ 1 450 kWh produits par kWc, 1 450 h d’ensoleillement), il faut seulement deux ans pour restituer l’énergie “grise”. Les panneaux ont une durée de vie d’au moins 25 ans. Un panneau restitue donc entre 8 et 10 fois l’énergie nécessaire à sa fabrication.
Enfin, SFER fait partie de l’association PV Cycle. Cette association organise le recyclage de toutes les technologies photovoltaïques disponibles aujourd’hui, à base de silicium ou pas. Le recyclage des panneaux photovoltaïques est encore un secteur récent et ne fait que décoller. Il y a eu de nombreuses innovations au cours des dernières années et le secteur continue à investir dans ce domaine. PV Cycle joue un rôle actif dans la promotion de ces innovations et pour rendre ce secteur vivable. Le recyclage des panneaux photovoltaïques permet de récupérer des matières premières précieuses et de préserver ainsi nos ressources naturelles. Le but est d’atteindre des taux de recyclage de 80 % d’ici à 2015 et de 85 % d’ici à 2020.
Dans le cas où les panneaux photovoltaïques ne sont pas connectés au réseau local, le client n’a pas le choix que de stocker l’énergie dans une batterie pour la consommation du soir. Que faites-vous en tant qu’exploitant vendeur de ce produit (propre) des batteries en général au plomb ? Comment remédiez-vous à son recyclage ?
Chez SFER nous avons décidé de travailler avec des batteries plomb gel. En effet, contrairement aux idées reçues, une batterie plomb gel est entièrement recyclable. À Maurice il existe quelques entreprises qui s’occupent du recyclage de tels équipements. Les batteries plomb gel offrent d’autres avantages, elles sont étanches c’est-à-dire pas d’entretien, pas d’ajout d’eau distillée, sécurité renforcée par rapport aux batteries plomb ouvert. Elles ont aussi une bonne durée de vie, entre 5 et 8 ans. Elles ne s’infiltrent pas dans la terre en cas de cassure, contrairement au lithium. Le plomb gel peut être récupéré et traité par des professionnels dans le domaine.
En tant que vendeur avez-vous un cahier des charges vis-à-vis du CEB, par rapport à ces deux questions susmentionnées ?
SFER travaille en collaboration avec le CEB. De ce fait nous devons respecter le Grid Code (normes) du CEB. Le Grid Code définit quels sont les produits que nous pouvons utiliser et installer à Maurice. Néanmoins il n’y a pas encore de normes concernant le recyclage des panneaux ou des batteries à Maurice mais en tant que société engagée pour une île Maurice Durable nous nous efforçons de travailler avec des produits respectueux de l’environnement, reconnus partout dans le monde.
Selon votre avis de vendeur/producteur d’énergie, ne croyez-vous pas qu’il faudrait d’abord garantir le recyclage des produits avant d’utiliser le label propre “green energy” ?
Comme nous l’avons souligné plus tôt, SFER fait partie de l’association PV Cycle. Aujourd’hui, les partenaires de recyclage de PV Cycle peuvent déjà récupérer une grande partie du verre, des métaux ferreux et non ferreux ainsi que certains matériaux de semi-conducteurs présents dans les panneaux photovoltaïques. Un panneau sera à 80 % recyclable en 2015.
Quel type de garantie proposez-vous en cas d’alerte cyclonique type Hollanda ?
Toute nos installations sont certifiées anticycloniques. Nos structures aluminium résistent à des cyclones de catégorie 5, c’est-à-dire des rafales de plus de 250 Km/h. Nous utilisons aussi les même structures qu’à la Réunion. Comme nous sommes dans des climats tropicaux nous devons absolument livrer des produits qui résistent à l’air salin, à la corrosion et aux cyclones.
Sous quelle norme travaillez-vous lors du placement du panneau solaire ? Et ces normes sont-elles reconnues par une institution légale mauricienne type Mauritius Standard Bureau ?
Nous travaillons avec des produits du monde entier (France, Allemagne, Chine…) qui sont certifiés aux normes internationales et reconnus par les autorités locales, telles que le CEB (Grid Code). De plus, nos ingénieurs et techniciens ont reçu des formations Quali’PV. Quali’PV est la marque de qualité en France qui rassemble les professionnels qualifiés pour installer des systèmes photovoltaïques. Elle bénéficie aussi de la mention officielle “Reconnue Grenelle de l’Environnement” de l’ADEME et de l’État français. À Maurice nous n’avons pas encore de telles normes ou marques. Cela viendra très rapidement à mon avis.
L’île Maurice étant une ex-colonie anglaise, on y travaille en général sous norme BS (British Standard), vos normes françaises (NF) ne sont-elles pas incompatibles avec la norme anglaise ? Comment conciliez-vous ces deux normes ? Et quelles en sont les différences ?
Je ne pense pas que les normes françaises soient incompatibles aux normes anglaises. Comme je vous l’ai dit nous travaillons avec des produits de haute qualité reconnus dans le monde entier et également à Maurice pour le CEB.
Que pensez-vous des grands projets tels que CT Power ?
D’un point de vue professionnel, c’est un fournisseur d’électricité, maintenant d’un point de vue personnel je trouve ça dommage, pourquoi mettre du charbon… C’est dommage de mettre des centrales à charbon alors qu’on a d’autres possibilités de produire une énergie durable. Cela va aussi coûter énormément, on se voile la face, ça va aussi endommager le lagon.