Alors que l’on entame, à compter de demain, la deuxième semaine de la grève de la faim des femmes cleaners des établissements scolaires, c’est le statu quo dans ce conflit industriel qui émeut, à n’en point douter, la population dans son ensemble. Hier, une deuxième gréviste a dû être conduite à l’hôpital Jeetoo en vue de soins après s’être sentie mal. Après l’impasse des négociations de vendredi entre le Comité de soutien aux grévistes de la faim mis sur pied à l’initiative du syndicaliste, Jack Bizlall et une équipe de hauts fonctionnaires du gouvernement, une assemblée générale spéciale est prévue, ce dimanche à partir de 10 h au centre sociale Marie Reine de la Paix au cours de laquelle des résolutions seront votées en vue de la marche à suivre.
Alors que la partie gouvernementale a raidi la ligne une nouvelle fois hier par le biais du porte-parole du gouvernement, Etienne Sinatambou (voir plus loin) en évoquant la loi, Jack Bizlall et ses amis du Comité de soutien insistent, de leur côté, pour qu’une solution « venant du coeur » soit trouvée à ce litige qui, pour eux, « devrait, davantage, relever de la capacité de compassion d’un gouvernement qui se dit Lepep ».
Comme dans le cas du premier groupe de 299 femmes cleaners qui travaillaient jusqu’ici sous la responsabilité des Parent Teacher Associations (PTA) et dont les conditions de salaires et d’emploi sont sur le point d’être régularisés à leur satisfaction, selon diverses modalités, Jack Bizlall ne veut ni plus ni moins pour les 333 autres cleaners restantes qui sont, elles, employées par des contracteurs.
« Ce pays a besoin de paix ! »
« Aucune raison ne justifie que ces 333 autres employées continuent de travailler selon un autre régime », soutient le syndicaliste. « L’Etat, dit-il, a le devoir d’adopter la même attitude à leur égard et ce n’est pas la mer à boire ». « Comment peut-on vivre d’une pitance de Rs 1500 mensuellement. Ce pays a besoin de vivre en paix. Dans les familles mauriciennes, il est de tradition de vivre la paix, mais pas dans notre monde du travail », estime Jack Bizlall.
Le syndicaliste s’insurge de l’insistance avec laquelle les fonctionnaires avec qui les membres du Comité de soutien aux grévistes de la faim ont négocié, vendredi, ont évoqué le strict respect de la loi pour repousser les propositions de sortie de crise qui ont été formulées. « Ce n’est, dit-il, pas la loi qui doit primer en la circonstance, mais le coeur », signifiant ainsi l’importance d’une approche compatissante à ce problème.
« Ce conflit industriel ne peut être résolu que par une décision politique », estime, pour sa part, le syndicaliste Atma Shanto du Front des travailleurs unis (FTU), autre membre du Comité de soutien aux grévistes de la faim. Pour lui, les fonctionnaires qui ont été délégués pour négocier au nom du gouvernement sont incapables de décider : « Il n’est pas normal que des membres du gouvernement ne répondent pas à l’appel et délèguent des fonctionnaires à leurs places. »
Prenant en exemple le cas de ces femmes cleaners, Veena Dollah de la General Workers Federation (GWF) s’insurge, de son côté, de la précarité de l’emploi « 50 ans après l’indépendance du pays ». Pourtant, dit-elle, le pays est censé être un signataire des conventions des Nations unies sur le travail décent.
« A travail égal, salaire égal ! »
Naraindranath Gopee de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU) qui a, lui-même, fait carrière dans l’enseignement pense, lui aussi, que l’Etat peut faire une dérogation dans le cas de ces 333 femmes cleaners restantes qui attendent que leur sort soit amélioré. Il dénonce le « scandale » que représentent des contrats sur la base d’heures de travail, et prévoit « des répercussions » aux prochaines élections générales si jamais ce problème n’est pas réglé.
Me Dev Ramano, avocat engagé et très au fait des législations du Travail rappelle que la Section 20 de l’Employment Rights Act prévoit un salaire égal pour un travail égal. Aussi, pour lui, ce serait en infraction à la loi si, comme dans le cas présent, pour un même emploi, deux conditions de salaires étaient appliquées avec, d’un côté, un salaire amplement rehaussé pour les femmes cleaners travaillant jusqu’alors sous les PTA et, de l’autre, un salaire de misère pour les femmes cleaners employées par les contracteurs.
Rehana Ameer, présidente du Comité de soutien, appelle les membres de la société civile au soutien à la cause de ces femmes cleaners. Elle adresse un appel particulier, d’une part, à la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, de l’autre, aux femmes ministres du gouvernement: « Montrez-nous que vous êtes concernées par le sort de ces travailleuses et que vous méritez, ainsi, votre salaire et vos privilèges. »
Le Comité de soutien aux grévistes de la faim donne rendez-vous à celles et ceux qui sont sensibles à la cause de ces femmes ce dimanche matin à 10 h 00 au centre Marie Reine de la Paix à Port-Louis à l’occasion d’une assemblée générale spéciale au cours de laquelle des résolutions quant à la marche à suivre vont être votées.