A Maurice, les années passent mais le recours à des grèves de la faim perdurent. Signe, s’il en faut, que les canaux traditionnels de médiation et de conciliation ne suffisent pas toujours pour régler des conflits. Moyen non-violent de protestation pour la résolution d’un conflit, cette arme ultime a été utilisée quatre fois chez nous en cette année 2013 qui s’achève. Le plus souvent, toutefois, sans grands succès probants.
La grève de la faim observée au mois de janvier par Mme Asha Rampadaruth, licenciée de la State Bank of Mauritius (SBM) Ltd est, de loin, celle qui aura le plus, cette année, abouti à quelque chose de concret. Congédiée le 3 juin 2011 pour s’être, selon son employeur, rendue coupable de «breach of confidentiality»en vertu des dispositions du Banking Act, cette employée de banque qui a toujours nié avoir commis quelque faute professionnelle considérait son licenciement comme étant «abusif et injustifié».
Estimant «nettement insuffisantes»les indemnités de licenciement de Rs 600,000 que la SBM lui proposait pour ses 24 ans de service, Asha Rampadaruth, soutenue par le syndicaliste   Jack Bizlall, se mettait en grève de la faim à partir du 20 janvier 2013. Il n’aura, en fait, valu que deux jours pour qu’une solution acceptable aux deux parties soit trouvée. Au terme d’une médiation du ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, la SBM acceptait, finalement, en effet, de verser, «ex gracia», à la protestataire une indemnité de Rs 2,4 millions. En plus, l’accord de conciliation stipulait clairement que Mme Rampadatuth acceptait cette compensation pour son licenciement «without admission of guilt».
La grève de la faim de Sylvio Michel et de quatre autres activistes des Verts Fraternels peut, elle, être cataloguée dans la catégorie des mouvements de protestation ayant partiellement abouti. Contestant la lenteur des autorités à appliquer les recommandations de la Commission Justice et Vérité, le leader des Verts Fraternels et ses amis se mettaient en grève de la faim à partir du 5 octobre 2013. Ils ne décideront de mettre un terme à leur jeûne qu’après 26 jours de grève le 2 novembre.
A cette date, le gouvernement aura, entre autres, accepté que le Nelson Mandela Centre for African Culture s’occupe de l’application des mesures visant à transmettre dans la réalité les recommandations de la Commission. Mais la demande principale des Verts Fraternels pour la création d’une Green Reparation Foundation en vue d’une compensation financière aux descendants d’esclaves ne sera pas agréée.
La grève de la faim des ex-employées des Foyers Namasté peut, elle, se classer, par ailleurs, dans la catégorie du risible. Surtout pour ses organisateurs. Visant à forcer la réouverture des quatre centres pour handicapés gérés par l’Association d’Hébergement Pour Personnes Inadaptées (AHPI) et à la réembauche de ses employés licenciés, cette protestation par le jeûne volontaire s’est singularisé par le fait que, tout au long du mouvement qui a démarré le 1er mai 2013, des grévistes  se sont relayés pour se mettre en grève de la faim.
CT Power:               un cas d’école
Elle s’est, de plus, singularisée par le fait que des sympathisants aux grévistes ne se sont pas faits prier pour se tirer, mutuellement, dans les pattes; chacun voulant, manifestement, se donner le meilleur rôle aux yeux de l’opinion publique. Une opinion publique, par ailleurs, pas dupe quant aux motivations réelles de certains meneurs – toujours les mêmes – à bien se faire voir sur tous les fronts de contestation. Après cinq longues semaines de protestation, ce mouvement entamé pour défendre une cause, certes noble, devait prendre fin, comme il a commencé, dans l’indifférence générale et sans qu’il n’aboutisse à quelque chose de concret.
La grève de la faim de Jeff Lingaya protestant contre le projet de nouvelle centrale à charbon de CT Power (Mauritius) Ltd dans les limites d’une zone habitée à Pointe-aux-Caves à Albion a, certes, dans un premier temps, donné le sentiment d’avoir abouti à quelque chose. Mais la signature, ce vendredi, du Power Purchase Agreement (PPA) liant le Central Electricity Board (CEB) au promoteur vient tout remettre en question.
A telle enseigne que d’aucuns se demandent si, finalement, dans toute cette affaire, le gouvernement n’a pas eu recours à une tactique dilatoire en acceptant d’instituer la fameuse National Energy Audit Commission (NEC) rien que pour désamorcer la crise au plus fort de la grève de la faim de ce jeune contestataire réputé électron libre. Dans son rapport, la NEC s’est catégoriquement prononcée contre le recours au charbon.
Le 5 février dernier, à l’issue de sa première réunion de travail, Dev Manraj, le président de cette Commission, laissait clairement entendre à la presse que le gouvernement ne saurait ignorer les observations et recommandations de la NEC pour la formulation et l’exécution de sa politique énergétique. Cela n’a pas, pour autant, empêché la signature du contrat liant, désormais, le CEB à CT Power (Mauritius) Ltd.
Ce sont, au passage, tous ces militants de l’écologie si heureux d’avoir participé aux travaux de la Commission qui auront été, ainsi, royalement menés en bateau. Sans compter le fait que le gréviste de la faim qui avait entamé son mouvement de jeûne du 23 janvier au 5 février 2013 se retrouve, aujourd’hui, incarcéré pour avoir tenté, selon l’accusation, de taguer l’inscription «ase» sur le mur de l’Assemblée nationale. Un geste qu’il aurait, manifestement, tenté d’accomplir quand il a, sans doute, réalisé qu’il a été blessé dans son amour-propre .