Métioche (Superstes) superbus et Métioche (Superstes) payendeei sont les deux espèces de grillons endémiques de Rodrigues, et nouvelles pour la science, que Sylvain Hugel a trouvées et décrites en février dans Zootaxa. Cet entomologiste passionné a en effet constaté une recrudescence d’orthoptères particulièrement rares dans les parcelles forestières restaurées depuis 1996 par les services forestiers et par la Mauritius Wildlife Foundation. Ces insectes, comme d’autres espèces endémiques à la petite île, vivent sur des surfaces restreintes, qui ont été débarrassées des arbres et arbustes exotiques envahissants. Une bonne nouvelle : la fauvette de Rodrigues s’y plaît aussi…
Les insectes et autres invertébrés représentent la majorité des animaux terrestres qui ont survécu à la dévastation des habitats des petites îles tropicales par l’homme. Ils comptent aussi comme la majorité des animaux terrestres survivant dans les parcelles forestières qui ont été restaurées par les services forestiers ou les ONG comme la Mauritian Wildlife Foundation (MWF). Longtemps considérés comme des nuisibles à combattre pour faciliter le développement agricole, les orthoptères (criquets, grillons et sauterelles) incluent aussi une quantité impressionnante d’espèces endémiques non nuisibles, vivant en forêt et qui n’ont guère suscité l’attention des entomologistes du XXe siècle.
Certaines d’entre elles avaient pourtant été décrites par des explorateurs à l’époque des grandes expéditions scientifiques. On retrouve aujourd’hui la valeur de ces données lorsqu’exceptionnellement, comme Sylvain Hugel en 2008, on tombe sur une sauterelle toute verte telle que la Rodriguesiophisis spinifera qui avait été découverte et décrite fin XIXe à l’occasion d’une des expéditions organisées à Rodrigues pour le transit de Vénus.
Cette île compte parmi celles qui abritent les écosystèmes les plus fragiles, principalement en raison de sa petite taille conjuguée aux effets de l’implantation humaine vouée à l’élevage, l’agriculture et l’exploitation du bois. Dans les années 1990, mis à part quelques terrains inaccessibles ou vallées encaissées, les seules parcelles de forêt restant étaient infestées par des espèces exotiques envahissantes. Cette situation a entraîné la disparition de nombreux vertébrés indigènes ainsi que de plantes endémiques. Il est vraisemblable que de nombreux insectes en aient également disparu, mais les données manquent. Seules les extinctions d’un grand phasme et d’un papillon semblent documentées.