Un mois et demi après les inondations qui ont emporté leurs effets et endommagé leurs habitations précaires, à Anse-Courtois, Pailles, 12 familles ont emménagé dans leurs nouvelles maisons, hier. La veille, elles avaient été conviées à la National Empowerment Foundation où la clé de leur maison respective leur a été remise. Depuis, elles occupent 12 des 56 logements sociaux du prochain village intégré de Gros-Cailloux. Heureuses de commencer une nouvelle vie régie par un contrat social, les familles lancent un appel aux autorités : « N’oubliez pas les autres. Il y a encore des enfants et des familles qui vivent dans la précarité. »
C’est sous un soleil de plomb qu’une partie des douze familles, bénéficiaires d’une maison sociale à Gros-Cailloux, a emménagé hier. Leur installation dans leur nouvelle maison s’est faite graduellement. Comme les travaux sont toujours en cours et que les chemins ne sont pas asphaltés, les camions qui transportaient les effets des nouveaux résidents avaient des difficultés à accéder dans les impasses. Ce qui a retardé le déménagement. « On a dû rendre notre impasse praticable, mettre du macadam, sinon, nous n’aurions pas pu emménager aujourd’hui (ndlr : hier) », confie une nouvelle résidente. Le problème résolu, les cartons, sacs et matelas installés dans les maisons, c’est un autre détail qui a surpris les familles : un plombier a été appelé en urgence pour régler les fuites d’eau dans la dalle de bains. Mais il aurait fallu davantage pour décourager les premiers arrivés.
« N’oubliez pas les autres… « 
« Désormais, c’est une nouvelle vie qui nous attend », confie Vinod. Le jeune homme, marié et père de deux enfants, est heureux, tout comme ses voisins : c’est-à-dire ceux qui ont partagé la même infortune que lui le 30 mars dernier à Anse-Courtois. Ensemble, ils ont traversé la même épreuve. Ce logement social dont chacune des 12 familles sinistrées d’Anse-Courtois sont bénéficiaires, représente pour elles un nouveau départ, certes, mais aussi et surtout plusieurs défis ! Deux jours avant leur déménagement, alors qu’elles occupaient encore l’ex-centre résidentiel de désintoxication de Barkly, ces familles qui venaient d’avoir la certitude qu’elles auront un toit à elles, évoquaient les défis qui les attendent. Une maison, en béton de surcroît, est pour tous le « rêve qui se concrétise enfin ». Mais, rappelle Christlène : « Nous sommes conscients que nous allons nous installer dans un nouvel environnement. » Un nouvel environnement qui sera synonyme de changement et qui ne se fera pas sans de nouvelles règles de vie, lesquelles sont régies par le contrat social (de la National Empowerment Foundation) que chaque bénéficiaire est tenu à respecter. Le contrat social a fait son apparition avec l’apparition du premier village intégré, La Valette, en 2009. Et plus récemment, en août 2012, c’était au tour des familles ex-squatters de Dubreuil de signer leur contrat social avant de prendre possession de la clé de leur maison. Comme eux, les premiers signataires du fameux contrat avaient aussi vécu dans des conditions précaires. Et donné l’assurance qu’ils appliqueraient les règlements à la lettre… Le bonheur de pouvoir vivre enfin dans des conditions humaines et décentes, affirment les nouveaux propriétaires de Gros-Cailloux, ne les feront pas perdre le sens de la réalité. D’ailleurs, expliquent Christlène et Cindy, deux mères de famille, leur passage à Barkly ne s’est pas résumé à une simple transition.
Encadrés par des volontaires qui s’y connaissent en accompagnement social, les adultes ont été sensibilisés sur des principes et des notions indispensables de la vie. Et aujourd’hui, s’il y a un homme qu’il ne souhaitent pas décevoir, c’est bien le père Gérard Mongelard… « C’est lui qui a fait connaître notre situation et dévoilé Anse-Courtois aux Mauriciens », disent d’une même voix les familles rencontrées. Aussi, sans la détermination du prêtre, aidés par des actifs de l’organisation Family Care, entre autres, les sinistrés d’Anse-Courtois auraient pu avoir connu le même sort que les ex-squatters de Dubreuil et de Camp-Levieux. C’est-à-dire passer par un long relogement sensé être initialement temporaire ! « Sans toutes ces personnes, nous ne serions pas-là. Nous ne pourrons jamais cesser de les remercier. Le gouvernement nous a certes donné une maison et accéléré les procédures pour notre relogement. Toutefois, durant notre séjour à Barkly, pas une fois nous avons reçu la visite des autorités ! », regrettent des familles. Et de lancer un appel au gouvernement : « N’oubliez pas les autres. Il y a encore des enfants et des familles qui vivent dans la précarité. »
Apprendre à être responsable
Malgré les nombreuses difficultés qu’implique la cohabitation en communauté, les familles dissent avoir appris à partager des moments importants du quotidien. « Nous avons appris à vivre en communauté. Tou leswar nou ti pe dinn ansam. Kan fer dite, enn sel dimoun fer pou tou. Sa pou mank nou in pe », concède Christlène. Toutefois, les familles se connaissaient déjà. A Anse-Courtois, elles vivaient sur le même terrain. « On se connaît. Nu ti pe viv dan mem lakour », disent Vinod et ses voisines. Il a grandi dans ce quartier isolé, voire anonyme, juqu’au 30 mars. Les autres s’y sont installés il y a quelques années, après avoir cherché une maison, vainement. Faute de pouvoir s’offrir un toit solide, ils ont dû se résigner à vivre dans des habitations fragiles sans aménités. Après avoir appris à se serrer les coudes à Barkly, nos interlocuteurs disent qu’une des clauses du contrat social qui exige le respect du voisinage à Gros-Cailloux, sera un engagement qui ne requiert aucun effort.
Et qu’en est-il de la mensualité (de Rs 1 000) qu’ils auront à s’acquitter, pendant 25 ans ? A cette question, tous répondent unanimement qu’ils s’y soumettront. « Pou ki rezon nou pa pou kapav paye ? Nou travay. Fode pa blye ki nou ti pe pey nou lwaye dan Anse-Courtois », font ressortir les bénéficiaires. Ils ont, disent-ils, tout intérêt à être de bons payeurs, pour agrandir leur maison (de type évolutif). D’ailleurs, les familles tiennent à faire ressortir : « Nous n’étions pas des squatters. » Cette nuance n’est pas anodine… « Le fait de devoir respecter ce contrat est une forme de garantie que nous demande la NEF. Je trouve que c’est une très bonne chose. Si nous fautions, nous aurons à assumer les conséquences. Il n’est pas dans notre intérêt d’aller à l’encontre de notre contrat social. C’est mon mari qui signera tous les papiers. Il n’aura pas le choix que d’être responsable ! », confie Cindy, mère de cinq enfants. Et d’ajouter : « Ces maisons sont peut-être petites, mais, au moins, nous serons en sécurité. Nous-nous arrangerons pour que chacun ait un coin. » L’eau courante, l’électricité, une salle de bains, des toilettes et un coin cuisine… sont autant de facilités à portée de main, auxquelles ils n’étaient pas ou peu habitués.
« Nou pa ti ena nanye, nou inn gayn tou »
Le temps de leur relogement à Barkly, les familles ont été sensibilisés, par les volontaires et Family Care, sur l’importance de l’éducation de leurs enfants. Une sensibilisation essentielle et pertinente, reconnaissent volontiers les mamans dont les enfants sont à l’école, d’autant que la scolarisation obligatoire et régulière fait partie des clauses du contrat social. Les écoliers et collégiens qui avaient perdu tous leurs effets ont depuis reçu du matériel scolaire en grande quantité. Et de son côté, le CSR du groupe Espitalier Noël Ltd, explique Mario Radegonde, assurera son soutien aux parents dans la scolarisation des enfants.
En dépit de leur bonne volonté, se plier aux règles pour redémarrer une nouvelle vie ne sera pas toujours une évidence pour les résidents de Gros-Cailloux. « On nous a dit qu’on ne pourra pas avoir plus de dix personnes chez nous ! », se désolent-ils sous le regard du père Gérard Mongelard. Ce dernier sait que le travail d’accompagnement n’est pas pour autant terminé. Une fois installées dans leur nouvelle maison, les familles auront encore besoin de sa présence. Elles pourront également compter sur celle de Family Care, des volontaires du CSR du groupe Espitalier Noël Ltd, lequel les soutiennent dans l’éducation de leurs enfants.
Hier, l’heure était au déménagement. Les douze familles d’Anse-Courtois avaient quitté la région avec presque rien. Et c’est avec, comme elles le disent elles-mêmes, « tout ce qu’il faut » qu’elles ont emménagé dans leurs demeures flambant neuves. Très bientôt, elles se feront livrer meubles et électroménagers, achetés grâce aux bons de Rs 100 000 offerts par le secteur privé et le bureau du Premier ministre. Le 30 mars, les habitants d’Anse-Courtois avaient tout perdu. Certains, confient qu’ils n’avaient pas grand-chose. Les maisons en tôle dans lesquelles ils vivaient n’abritaient aucun mobilier ou objet de valeur. Marie, 48 ans, a un regret, elle n’a pu sauver le petit chien que sa fille avait acheté à Rs 1 500. Même s’ils ne pourront effacer le traumatisme vécu de si tôt, aujourd’hui, les ex-sinistrés se disent enfin à l’abri et voient leur rêve d’avoir une maison se concrétiser. « Nou pa ti ena nanye nou inn gayn tou », dit Christlène. « Mais nous avons failli perdre la vie… « , rappelle Cindy.