L’épisode du transfert bancaire allégué de Rs 25 millions dans le sillage du démantèlement par l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) du réseau de drogue Gros Dereck, impliquant un ministre, a pris depuis samedi une nouvelle tournure. En effet, le ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée, a consigné samedi matin une déposition en bonne et due forme au Central CID accusant le leader du Front solidarité mauricien (FSM) et député Cehl Meeah de « diffamation criminelle » dans cette affaire. Depuis, c’est le défilé dans les locaux du Central CID avec à midi la convocation de Cehl Meeah pour répondre aux accusations du ministre Aimée. Mais auparavant, l’ancien président de la République et leader du Remake 2000 MMM/MSM, sir Anerood Jugnauth, a riposté avec une déposition en personne au Central CID contre la parlementaire et directrice de communication, Nita Deerpalsing, qui avait soutenu samedi qu’il avait rencontré Cehl Meeah en pas moins de treize occasions pour ourdir un complot par rapport à la Gros Dereck Saga. Entre ces deux rendez-vous, Richard Duval, qui a retenu les services de Me Assad Peeroo, s’est pointé au Central CID pour une déposition à charge contre Cehl Meeah pour des commentaires sur Facebook.
Dans l’immédiat, l’attention est braquée sur le bras de fer engagé depuis lundi dernier entre Cehl Meeah et Hervé Aimée au sujet des allégations de transfert de fonds de Rs 25 millions impliquant un membre du gouvernement suite à l’arrestation de Rudolph Dereck Jean-Jacques, alias Gros Dereck, pour trafic de drogue. Cehl Meeah, qui, a été convoqué depuis le début de l’après-midi de samedi, s’est rendu à la mi-journée au QG du Central CID en compagnie de son conseil légal, Me Raouf Gulbul.
Interrogé par Le Mauricien à son arrivée aux Casernes centrales au sujet de son état d’esprit avant ce rendez-vous avec la police, Cehl Meeah a préféré laissé la parole à son homme de loi. « Mo konsey legal ki pou koze », s’est-il contenté de dire. « Le ministre Hervé Aimée a déclaré que Cehl Meeah a commis un acte criminel. Maintenant, Cehl Meeah ira consigner sa version des faits dans cette affaire à la police. Toutefois, la population a déjà constaté que c’est le ministre Hervé Aimée, par le truchement d’un point de presse, samedi, qui a dévoilé la teneur d’une conversation privée entre Cehl Meeah et le Premier ministre dans le bureau du Premier ministre. C’était une conversation privée. Elle s’était déroulée en l’absence de Hervé Aimée », a déclaré Me Gulbul en guise d’entrée en matière.
« Tout étudiant en Droit sait pertinemment bien que toute personne qui dévoile en public une affaire le concernant et comportée par une autre partie, peut difficilement venir parler de diffamation criminelle », a poursuivi l’homme de loi.
Me Gulbul et Cehl Meeah, avant de s’engouffrer dans l’escalier menant aux locaux du Central CID, sont revenus sur le déroulement de l’interrogatoire par des limiers de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) de vendredi. Le député du FSM a produit à la presse une copie de la convocation officielle de l’ICAC où il était de « produce to Mr. Parahams Aleear, Chief Investigator of the ICAC by virtue of section 50 (1) (b) of POCA 2002 on 30 November 2012 at 11 OO hours any document you have in your possession in relation to Mr. Rudolph Dereck Jean-Jacques also known as Gros Dereck ».
« Mo pa posed okenn dokima lor sa dimounn-la », a répété Cehl Meeah à la presse dans l’enceinte des Casernes centrales avant de se mettre à la disposition des limiers de la CID pour la suite de ce feuilleton toxico-politique. Il n’a pas ajouté d’autres détails à ce sujet. Il dit également attendre la déposition de Richard Duval, qui se trouvait à ce moment précis dans un des bureaux du Central CID, pour ledit exercice.
La décision quasi-instantanée samedi de convoquer Cehl Meeah par le Central CID fait suite à une déposition du ministre Aimée dans la matinée. Dans une conférence de presse subséquente, le ministre des Administrations régionales a accusé le député Meeah d’un acte criminel au sujet des allégations colportées contre lui dans le transfert de Rs 25 millions, transaction liée supposément avec le réseau de drogue Gros Dereck.
« Mo pa konn Gros Dereck. Zame mo finn zwen li. Si pa ti ena sa zafer ladrog dan lagazet, zame mo ti pou kone ki sanla sa », s’est appesanti Hervé Aimée face à la presse. Il a ajouté qu’il n’opère aucun compte bancaire à la State Bank, où aurait  eu lieu cette soi-disant transaction selon les informations qui lui ont été communiquées par le Premier ministre lors d’une conversation au téléphone, jeudi après-midi.
Face aux allégations sur ce transfert bancaire, Hervé Aimée affirme avoir donné volontairement l’autorisation à la police et aux autorités compétentes d’accéder à ses comptes bancaires personnels de même qu’à ceux des membres de sa famille, soit son épouse et ses quatre enfants, qui sont majeurs. Il a également souhaité que les journalistes puissent avoir accès à la déclaration de ses avoirs déposés auprès de l’ICAC aux termes de la loi en vigueur.
« Quand cette affaire avait éclaté à l’Assemblée nationale, lundi dernier, par le truchement de la Private Notice Question du leader de l’opposition, je ne me suis senti nullement visé car je n’ai rien à me reprocher », a fait ressortir le ministre Aimée, qui dit attendre les conclusions de l’enquête du Central CID avant de poser des réclamations au civil pour diffamation.
D’autre part, très tôt ce matin, un autre épisode de cette affaire s’est déroulé avec l’arrivée de sir Anerood Jugnauth aux Casernes centrales pour enregistrer une déposition contre la parlementaire travailliste Nita Deerpalsing. Pendant un peu moins d’une heure, il a donné à l’inspecteur Ujoodha, sous la supervision du surintendant Yasdev Callee, les raisons justifiant une enquête pour diffamation criminelle contre Nita Deerpalsing. Celle-ci avait allégué lors d’un point de presse samedi que sir Anerood et Paul Bérenger auraient rencontré Cehl Meeah en pas moins de 13 occasions pour ourdir un complot dans l’affaire Gros Dereck.
« Nita Deerpalsing pe fer alegasyon kont mwa ki monn zwenn Cehl Meeah 13 fwa ek an prezans Paul Bérenger. Mo kapav dir ki zame monn zwenn Cehl Meeah. Dimounn pe poz kestion lorla ek sa zafer fos pe porte présudis a mo repitasyon ek mo integrite. Monn dimand la polis fer enn lanket lor la », a déclaré l’ancien président de la République à la presse à sa sortie des locaux du Central CID.
D’autre part, le leader du Remake 2000 a attiré l’attention des journalistes présents aux Casernes centrales ce matin qu’il n’a pas abordé ce sujet d’actualité lors de ses interventions dans le cadre de la campagne pour les élections municipales. « Sa zafer-la, mo pa inn koz sa dan meeting ek reynion. Ma pa koz bann zafer kot mo pa ena prev », devait-il faire comprendre.
L’autre volet du feuilleton Gros Dereck a vu Richard Duval débarquant en compagnie de son homme de loi, Me Peeroo, à la Cyber Crime Unit du Central CID. À une question du Mauricien, il a fait comprendre que « je suis venu consigner une déposition à la police suite à des commentaires sur Facebook dans cette affaire de Gros Dereck. Cehl Meeah inn demand mo frer fer enn lanket lor mwa. En tout cas, je ne me sens nullement visé par cette affaire. Me mo pansé inn ler pou aret sa bann zafer-la ».
À un certain moment, à la mi-journée, le député Cehl Meeah et Richard Duval se trouvaient en même temps dans les locaux du Central CID. La séance de Questioning de Cehl Meeah par une escouade de limiers du Central CID sous la double supervision des ACP Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi se poursuivait encore en début d’après-midi et aucune décision n’avait été prise quant à la marche à suivre.