Certaines ont à peine 12 ans et sont déjà sur le point d’être mères. Au fil des années, la situation concernant la grossesse juvénile ne s’améliore pas. On compte de plus en plus d’adolescentes touchées, et elles sont de plus en plus jeunes. Dix-sept cas ont déjà été enregistrés par la Mauritius Family Planning Welfare Association (MFPWA), qui en accueille plus d’une centaine par an, tout comme le Mouvement d’aide à la Maternité (MAM). Des questions se posent quant au type d’encadrement offert aux jeunes au sein de la famille et dans les établissements scolaires.
Plusieurs des adolescentes concernées ont été victimes d’abus sexuels. Sans repères, ces jeunes mamans se retrouvent souvent dans le cycle des problèmes sociaux. Devenues mères trop tôt et, dans certains cas, délaissées par le père de l’enfant, ces jeunes filles ne savent quoi faire pour s’en sortir. Sans oublier le regard de la société sur elles et le rejet de la famille, qui sont des facteurs destructeurs pour ces jeunes mamans pas forcément préparées à affronter cette dure réalité.
Rachelle a 15 ans. Être mère à cet âge alors qu’elle sort à peine de la puberté n’est guère facile. Entre les pleurs du bébé la nuit, les nuits blanches et toute l’attention que requiert un nouveau-né, la jeune maman peine à s’en sortir. Élodie, elle, s’y prépare. Mais quand l’adolescente se promène, son ventre rond attire des regards qui pèsent lourd. “Mo pa pran zot kont me sa fer mwa dimal.”
Cette douleur, Shirin la comprend. Mais il n’y a pas que ça. Après avoir accouché d’une petite fille en juillet, l’adolescente de 16 ans souhaitait vivement la présenter à ses parents et avoir sa mère à ses côtés pour s’occuper du bébé. Mais en janvier de l’année dernière, quand elle a annoncé sa grossesse à ses parents, ils l’ont chassée de la maison. “Je leur faisais honte. C’était surtout par rapport à ce que dirait mon entourage, ainsi que les oncles, les tantes. Ils m’ont alors demandé de partir.”
Soutien.
C’est avec l’aide et le soutien de son petit ami de 22 ans que Shirin élève sa fille et essaie tant bien que mal de s’en sortir. “Je rencontre beaucoup de difficultés. Je n’ai souvent pas d’argent pour acheter des couches ou du lait pour ma fille. Cela fait deux mois qu’elle a commencé à manger. Quand il n’y a pas de légumes, je lui prépare un mélange de riz et de beurre”, raconte Shirin.
En attendant que son petit ami, âgé de 18 ans, trouve du travail, ce sont les membres de la famille de Rachelle et celle de son compagnon qui subviennent à leurs besoins. Les premières semaines ont été difficiles pour la jeune mère qui, au fur et à mesure, a appris à assumer ses responsabilités maternelles. Mais ça commence à aller mieux : “Mo pe koumans abitie asterla.”
Également soutenue par sa famille, Élodie habite chez son copain depuis qu’elle est enceinte. Elle va régulièrement chez sa mère. “Mo mama inn konpran mwa.” Mais nombreuses sont ses amies de classe qui lui ont tourné le dos. Elle n’est pas la seule dans cette situation. En effet, deux de ses camarades ont accouché récemment. Une autre est enceinte.
Tromatize.
Sans vouloir banaliser la chose, Élodie laisse entendre que des cas de grossesse juvénile arrivent souvent dans le collège qu’elle fréquentait. Mais ces affaires sont étouffées pour sauvegarder la réputation de l’établissement. D’ailleurs, lorsque les responsables du collège ont découvert sa grossesse, ils lui ont demandé de se trouver un autre collège : “Zot dir mwa ale pou pa inflians lezot zelev, ki zot pou tromatize ek ki zot pou vinn poz mwa enn ta kestion.”
Élodie voulait poursuivre ses études. Comme cette dernière, Shirin exprime également son souhait de reprendre le chemin du collège. Mais consciente des difficultés que cela implique, elle a baissé les bras. “Comme je n’ai personne pour veiller sur ma fille, je serai obligée de rester à la maison et d’être présente pour elle. Je sais que je ne pourrai pas compter sur ma mère. Elle m’a déjà dit que tifi kouma mwa inn fer pou res lakaz vey piti, donn dile, sanz kous, e ki mo pena mo plas dan so lakaz.”
Avorter.
L’attitude de sa mère a profondément blessé Shirin. “Voir mes parents me traiter comme si j’étais une moins que rien m’a énormément fait souffrir. J’ai beaucoup pleuré. Avant même de leur annoncer que j’étais enceinte, j’appréhendais la réaction de mes parents. Je n’avais pas tort de penser qu’ils n’accepteraient jamais ma grossesse. C’est souvent cette peur et le fait de savoir qu’on n’aura pas le soutien nécessaire qui pousse beaucoup de jeunes filles à se faire avorter.”
C’est justement dans leur crainte de subir la foudre de leur entourage que Rachelle et son copain avaient choisi, dans un premier temps, de garder sous silence cette situation, en essayant par des moyens rudimentaires de faire partir le foetus. “Mo bann kamarad ti dir mwa al galoupe ek bwar delo so. Me sa pa inn marse. Zanfan la inn reste. Alor nou finn desid gard li. Mo ti bien desespere.” Lorsque la famille a noté les changements qui s’opéraient dans son corps, Rachelle a dû avouer qu’elle était enceinte.
Sans repère.
Comme elle, Élodie avait pensé se faire avorter avant de décider finalement d’annoncer la nouvelle aux parents. Ce sont les encouragements de son copain qui l’ont persuadée de le faire afin d’éviter des conséquences plus fâcheuses.
Sexuellement active depuis ses 12 ans, Shirin a connu trois partenaires. C’est à la suite de ses fréquentes relations sexuelles avec son copain qu’Élodie est tombée enceinte, “par accident”. Toutes étaient conscientes des implications de relations sexuelles non protégées, mais aucune n’avait envisagé de tomber enceinte. Pas assez préparées, elles se croyaient à l’abri d’une telle éventualité et entretenaient d’autres rêves. Sauf celui-là…
Dans tous les cas, ces jeunes filles sont conscientes qu’il ne leur reste plus qu’à affronter la situation dans laquelle elles se trouvent et à assumer leur condition. Certaines tentent tant bien que mal d’avancer vers l’avenir; d’autres se retrouvent sans aide ni repère et finissent par désespérer. Commence alors pour elles un cheminement qui a été fatal à de nombreuses adolescentes…