La grossesse précoce tend à s’intensifier à Maurice. Malgré les campagnes de prévention, les cas enregistrés n’ont cessé d’augmenter durant ces cinq dernières années, notent les services du ministère de la Santé et la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA). De 153, en 2009, ce nombre est passé à 201 en 2012. Et selon les chiffres « des premiers six mois de l’année, il est très probable que pour 2013, ce nombre augmente encore », soutient Vidya Charan, directrice de la MFPWA.
La MFPWA, agence placée sous l’égide du ministère de la Santé, a enregistré, depuis 2011, différents cas liés aux relations sexuelles précoces. Le nombre de filles enceintes n’a pas cessé de croître depuis : 153 en 2009 ; 154 en 2010, 183 en 2011 et 201 en 2012.
Sur la période de janvier à juin de ces trois dernières années, on remarque également qu’il y a une tendance qui va dans le même sens : en 2011, 87 cas ont été enregistrés ; en 2012, 103 et plus de 76 cas ont été enregistrés depuis janvier de cette année. Toutefois « ces chiffres ne sont pas définitifs, estime Vidya Charan, car il existe d’autres cas qui n’ont pas encore été enregistrés. Et on y travaille. »
S’appuyant sur les chiffres des années précédentes et la tendance qui s’en dégage, la directrice de la MFPWA remarque qu’« il y a une forte probabilité d’une augmentation pour l’année 2013, s’agissant des grossesses précoces. Bien entendu, ce sont les chiffres que l’on aura totalisés sur toute l’année qui pourront, au final, confirmer la tendance observée au premier semestre ». Et d’avancer : « La plupart de ces grossesses étaient non-planifiées, ou résultent de relations sexuelles forcées. Ces jeunes filles sont surtout exploitées, souvent par des adultes, ces derniers causant un certain traumatisme chez elles. »
Ces actes sexuels, poursuit Vidya Charan, « sont souvent guidés par la curiosité, la recherche du réconfort ou par l’influence des autres (peer pressure). Maurice a beaucoup évolué d’autant que l’accès à l’information est facile. Le problème est que certains jeunes ne sont pas assez documentés ; ils veulent toujours essayer ce qu’ils voient ». Pour elle, « ce sont ces éléments qui nous poussent à adapter ces programmes au besoin des plus vulnérables ».
Vidya Charan, en accord avec la décision d’initier les cours d’éducation sexuelle dans les écoles, soutient que « nous nous sommes donné beaucoup de mal pour que cela se concrétise. Les jeunes ont besoin d’être informés dès la puberté ». Et d’ajouter : « Il est aussi du rôle des parents d’être plus responsables et de ne compter uniquement sur les organisations. Mais nous sommes aussi tout à fait conscients que le sexe demeure un sujet tabou. Et cela rend les choses encore plus difficiles pour les jeunes qui s’exposent, avec, très souvent, des comportements à risques. »
Par ailleurs, dans le cadre d’un atelier de travail axé sur la même thématique jeudi, à l’occasion du World Population Day, le ministre de la Santé a soutenu que «  le savoir permettra aux jeunes de grandir avec des attitudes positives au sujet de la sexualité et ainsi réduire les dégâts. Les jeunes ont besoin d’être informés et d’avoir les informations nécessaires et le support émotionnel requis afin de les décourager à l’initiation à la sexualité dès le jeune âge ». Pour essayer d’atténuer ce problème touchant les adolescents, le ministre pense qu’il « serait temps de revoir certaines stratégies éducatives qui leur sont inculquées ». Lormus Bundhoo est d’avis que « l’éducation devrait être réorientée afin de répondre aux attentes et questions des adolescents ». En fait le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, avait déjà proposer d’« intégrer au secondaire des cours sur l’éducation sexuelle et les maladies qui y sont liées ». « Les adolescents doivent apprendre à se responsabiliser concernant la sexualité », a aussi préconisé le ministre de la Santé. Dans ce même élan, il souhaite présenter des plans d’action avec ses divers partenaires, comprenant, entre autres, la sensibilisation des jeunes mamans sur ce qu’elles vont vivre après avoir connu la grossesse précoce. Toutefois, au-delà de ces actions de prévention, le ministre Bundhoo est d’avis qu’il est important que ces campagnes de sensibilisation touchent également les garçons, car ils ont aussi leur part de responsabilité dans les grossesses. Car, rappelle-t-il : « Il faut être deux pour faire un bébé ! » C’est dans cette perspective que se sont tenus, cette semaine, deux ateliers de travail, l’un de la MFPWA, et l’autre, du ministère de la Santé.
Selon les chiffres du Global School-Based Health Survey de 2011, auprès des enfants âgés entre 13 ans et 15 ans à Maurice, 22 % ont admis avoir déjà eu des relations sexuelles ; parmi, 15,6 % sont des filles. Par ailleurs, les statistiques de routine du ministère montrent que 10 % des mères ont moins de 20 ans et 25 ont accouché avant l’âge de 15 ans.
Chaque année, selon les chiffres de l’UNFPA, environ 16 millions de jeunes filles âgées entre 15 ans et 19 ans donnent naissance. De plus, environ 3,2 M ont recours à l’avortement. Le danger avec ce genre d’exposition est qu’elle est la cause principale de décès chez l’adolescente. De plus, n’ayant pas une bonne connaissance de leur corps, les jeunes filles s’exposent également à des maladies sexuellement transmissibles, dont le Vih/sida. Elles sont aussi vulnérables face aux abus de substances, l’exploitation et la violence.
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