Paul Bérenger, leader du MMM, évoque la «guerre ouverte» entre le ministre des Finances, Xavier Duval, et le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rundeersingh Bheenick, comme illustré, une nouvelle fois, selon lui, par les propos du gouverneur de la Banque centrale dans une interview à Business Magazine, cette semaine. Critiquant leur «dangereuse irresponsabilité», le leader des mauves se demande ce que les institutions financières internationales peuvent bien penser d’une telle «guerre ouverte» entre les deux hommes qui sont «à couteaux tirés». Paul Bérenger trouve que la situation économique est cause d’une «grande inquiétude». «Dans nul autre pays au monde, on ne trouve  un ministre des Finances en guerre ouverte avec le gouverneur de la Banque centrale», dit-il.
Pour le leader des mauves, cela est d’autant plus inquiétant avec la crise qui perdure en Europe et ailleurs et qui affecte déjà sérieusement l’économie nationale. Comme pour étayer ses dires, il cite l’interview de Rundeersingh Bheenick parue en une de Business Magazine, cette semaine, dans laquelle le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM) se fait, selon lui, «un devoir» de critiquer Xavier Duval sur la question du nombre de ménages vivant sous le seuil de pauvreté.
Au-delà de cette «claque», selon lui, au ministre des Finances, Paul Bérenger souligne que, dans cette interview, le gouverneur de la BoM a dénoncé la politique économique menée par Xavier Duval et le secrétaire financier, Ali Mansoor. Il rappelle, à cet effet, qu’après avoir été mis «en minorité» lors de la dernière réunion du Monetary Policy Committee (MPC) pour décider du taux directeur, Rundeersingh Bheenick est venu affirmer que le MPC n’a plus aucune crédibilité tout en tirant la sonnette d’alarme sur les risques au niveau de la balance des paiements susceptibles de faire que le pays  connaisse le même sort que la Grèce.
«Il a aussi pris position contre Duval sur la question de la valeur de la roupie et a trouvé qu’il y a nécessité d’un profond ‘re-engineering’ de toute l’économie», souligne le leader du MMM. Ce dernier ne manque pas d’insister sur ce que peuvent bien penser les institutions financières internationales comme le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM) ou la Banque Africaine de Développement (BAD) du fait que, déclare Paul Bérenger, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale sont «à couteaux tiréx». Il souligne, de même, que l’agence Reuters ne s’est pas fait prier pour répercuter, dès vendredi, la nouvelle sur le plan international.
Dossiers impliquant «des milliards»
Le leader des mauves juge, par ailleurs, que le ministre des Finances a considéré de manière «piteuse» la question des Traités de Non-double Imposition liant Maurice, d’une part, avec l’Inde, de l’autre, avec l’Afrique du Sud. Dans le cas de l’Afrique du Sud, il rappelle qu’à l’Assemblée nationale, Xavier Duval a, «naïvement», concédé que le nouveau Traité signé le 17 mai dernier, était un «mauvais Traité». Les questions de l’énergie, du métro-léger et des routes à péage sont, d’autre part, considérées par Paul Bérenger comme de gros dossiers impliquant «des milliards» sur lesquels l’actuel «gouvernement sortant» ne saurait engager le pays pour les 50 ans ou plus à venir.
Dans le cas de la production énergétique, il trouve, d’abord, que, d’une part, le ministre de tutelle, Rashid Beebeejaun est «dépassé» et que, de l’autre, le Central Electricity Board (CEB) est «politisé». Critiquant l’indécision du gouvernement, le leader du MMM se dit «convaincu, comme l’Union Européenne (UE)» de la nécessité d’un nouvel appel d’offres international pour une nouvelle centrale d’au moins 50 MW. Un appel d’offres international que Paul Bérenger souhaite «ouvert» aux différentes techniques de production — pur charbon, combiné charbon / bagasse ou encore gaz, notamment — et qui, explique-t-il, n’exclurait aucun soumissionnaire dont CT Power.
«Il nous faut cesser de tourner en rond», insiste le leader des mauves. Il précise, toutefois, que tout doit être fait «dans la transparence» et «avec la bénédiction de l’UE». Il soutient que c’est «avec raison» que l’UE insiste sur cette notion de  transparence quant il s’agit de financement de projets. Il trouve, par ailleurs, que si, de manière générale, les Européens se méfient du charbon, tout est une question de technologie dernier cri. D’où son insistance pour des projets «state of the art».
Du projet de métro-léger, Paul Bérenger évoque le «temps perdu» depuis 2005. Si bien que, selon lui, le gouvernement s’est, finalement, résolu à se livrer «pieds et mains liés» aux Singapouriens. Il émet, à ce propos, l’opinion à l’effet que le système de métro existant à Singapour ne conviendrait pas au pays . Outre le système à choisir, le leader du MMM souligne que la décision sur le tracé qui sera emprunté sera «décisif», non seulement, pour la viabilité du métro, lui-même, mais aussi pour le devenir des compagnies d’autobus existantes ainsi que pour les régions à être desservies.
Quant aux routes à péage financées selon la formule Public Private Partnership (PPP) et pour lesquelles les usagers auront à casquer, Paul Bérenger soutient que dans les pays où la formule PPP est encore adoptée, ce sont les investisseurs du privé qui ont pour responsabilité d’injecter les capitaux et de prendre les risques. Or, explique-t-il, dans le cas présent, ceux-ci n’injecteront que pour 20% du coût du projet estimé à Rs 30 milliards à monter. C’est le gouvernement qui, dit-il, se chargera des 80% du coût restant au travers de prêts à un faible taux d’intérêt. D’où la mise en garde du leader des mauves aux fonctionnaires mais surtout aux ministres concernés pour qu’ils «assument leurs responsabilités dans la transparence».