Nous reproduisons ici des extraits du rapport de PILS sur les travaux d’un atelier de travail tenu du 23 au 25 mai 2011 en marge de l’élaboration du Drug Control Master Plan 2012-2016 pour Maurice. Organisé par le ministère de la Santé, l’atelier avait réuni les partenaires et experts engagés dans la lutte à Maurice provenant de différents ministères et ONG, de même que des représentants d’instances internationales. Le rapport avait été rédigé et soumis par Guffran Rostom, Team Leader, chez PILS.
(…) Durant les 40 dernières années, la guerre contre les drogues, motivée par la peur et la désinformation, menée par la communauté internationale sous l’impulsion des États-Unis, a démontré son inutilité à faire baisser l’addiction. À la place, elle a eu des effets dévastateurs dans toutes les parties du monde où la répression a été le point central de la lutte antidrogue. Comme le dit l’International Drug Policy Consortium : “De plus en plus de faits démontrent que la présente approche face aux drogues a failli dans ses objectifs visant à réduire le trafic illicite et la prévalence de la consommation, et a abouti à des conséquences négatives importantes.” Au Mexique, la guerre des drogues a fait plus de 40 000 morts, des milliards ont renfloué les caisses de mafias violentes, alors que la marginalisation et l’exclusion des usagers continuent. Ils s’en retrouvent privés de traitement, d’information et de mesures de réduction des risques.
(…) La Global Commission on Drug Policy, présidée par l’ancien président brésilien Fernando Henrique Cardoso et comprenant les anciens chefs d’État du Mexique et de Colombie, l’ancien SG des Nations Unies, Kofi Annan, de même que d’autres éminents experts, ont récemment publié un rapport qui s’ouvre avec la déclaration suivante : “The global war on drugs has failed.” Cette commission a clairement démontré que la politique actuelle rend les choses plus difficiles, avec des chiffres des Nations Unies montrant une hausse annuelle de 34,5%, 27% et 8,5% pour l’héroïne, la cocaïne et le cannabis respectivement, entre 1998 et 2008.
Comme le fait ressortir Avaaz, une organisation citoyenne mondiale : “Entre-temps, des pays ayant des politiques moins répressives, comme la Suisse, le Portugal, la Hollande ou l’Australie, n’ont pas vécu d’explosion dans la consommation de drogues. L’exemple du Portugal montre clairement que la décriminalisation des drogues illicites peut amener des changements positifs dans le taux de consommation au niveau national. Le trafic de drogues y reste un délit criminel, alors que la possession et l’usage de drogues depuis 2001 ont été décriminalisés. De manière surprenante, le Portugal a ainsi pu faire baisser la prévalence d’héroïne chez les 14-18 ans de 2,5% à 1,8% de 1999 à 2005. Selon les nouvelles dispositions portugaises, ceux arrêtés en possession de petites quantités de drogues sont envoyés devant un comitén constitué d’un psychologue, d’un travailleur social et d’un conseiller légal, pour décider du traitement adapté (qui peut aussi être refusé) sans qu’il n’y ait emprisonnement.”
En cinq ans de décriminalisation, le taux d’infection au VIH a baissé au Portugal, et le nombre de patients venant pour être traités contre la dépendance a baissé.
Un changement aussi drastique profitera à l’ensemble de la société mauricienne et placera le bien-être de la personne dans les premières lignes de la stratégie. La présente approche représente des dépenses et est insensée. La nouvelle stratégie mauricienne devrait s’appuyer sur des faits à travers la révision du système criminel et le développement d’une politique prenant en considération le traitement et la prévention, qui devrait être à la base même de cette stratégie pour réduire l’abus de drogues et l’infection au VIH.