D’un bout de bois informe, à l’aide de son ciseau, une figure humaine prend forme. Depuis, il ne cessera de travailler le bois, donnant libre cours à son imagination pour de nouvelles créations.  Chacun de ses travaux porte un titre et narre une histoire. Aujourd’hui, ce « modeste artisan » (qui avec modestie se refuse la qualité artiste) dit trouver son bonheur et son épanouissement dans la scupture. Il prépare une exposition qui se tiendra en avril au Musée de Port-Louis.
«Je me sens tellement bien quand je sculpte dans le bois. C’est un réel plaisir». À Eau-Coulée, dans son petit atelier, Guy-Noël Verny peaufine et complète ses sculptures. Cette année, il doit en réaliser une trentaine pour sa première exposition en solo qui se tiendra en avril. Et il en est à vingt pour le moment. Quand il y a deux ans de cela, alors qu’il est tombé sur un morceau de bois qui se trouvait sous une voiture, il n’imaginait pas la source de bonheur qu’il découvrirait. Depuis 19 ans, Guy-Noël Verny exerce comme « Crane Operator » et n’a jamais reçu de formation en sculpture ni suivi des cours de dessin. Dés ses premières réalisations, soutenu par son épouse et ses deux enfants, il aménage, au premier étage de sa maison, une petit atelier. Muni de sa gouge et d’une paire de ciseaux, il découpe, sculpte et donne forme à ses inspirations. Cette soudaine passion que cet homme âgé de 46 ans découvre pour la sculpture sur bois le pousse à travailler d’arrache pieds, remettant sans cesse son ouvrage sur le métier. Encouragé par sa femme, il expose ses sculptures dans divers endroits, dont des centres commerciaux. Aujourd’hui transporteur et travaillant à son propre compte, il consacre son temps libre à transposer sa vision du monde dans le bois. Dit-on de lui qu’il est un artsite, il se rebiffe aussitôt. Il préfère le terme artisan et confesse qu’il n’a jamais auparavant imaginé qu’il allait un jour participer à une exposition. Artisan, un nom qu’il revendique et qui est de plus en plus rare, car l’île Maurice, comme on sait, compte des dizaines « d’artistes » par kilomètres carré ! 
Il dit d’emblée qu’il est « un conteur dans l’âme » et que son but est de raconter une histoire à travers ses sculptures. « La difficulté, sans aucun doute, est de réussir à faire comprendre à celui qui regarde ou qui achète une de mes créations, que cette représentation humaine, qui était au départ un petit tronc d’arbre, n’est pas une simple décoration qu’il pourrait mettre dans son salon ou jardin, mais que cela figure un aspect de la condition humaine » , dit-il. L’un d’eux représente tout ce qui reste d’un homme pauvre, qui a travaillé dur toute sa vie mais qui, porté sur la bouteille, a écourté sa vie. Des lunettes et un chapeau sont tout ce qui reste de lui après sa mort. Une autre sculpture représente une tour spirale avec au sommet deux têtes, celles d’un couple. Celui-ci adopte une attitude de snobisme qui est représentée par des signes distinctifs comme le regard dirigé vers le haut, mais dont le regard, si l’on s’y attarde, traduit la tristesse car esseulés, ils sont finalement très malheureux. « Change ton regard » est le titre qu’il a donné à une autre pièce représentant une femme à demi-nue qui tient dans sa main crispée un globe déformée où percé d’yeux indiscrets. Le regard des hommes sur la femme.
« Suivre aveuglément » narre l’histoire d’un toxicomane. Il porte sur son dos une grosse seringue. La bande sur ses yeux représente son aveuglement, des chaînes le retiennent. « Il n’est pas conscient que ses habitudes le mènent droit au cimetière », dit Guy-Noël Verny.
Il termine en ce moment « Bon exemple »: un père et son fils faisant la lecture sur un banc et tous les chemins qui sont ouverts à ce dernier grâce à l’instruction.  «Je puise mes inspirations dans la vie de tous les jours, les histoires vécues, les maux de notre société», dit Guy-Noël Verny. Il dit tirer une certaine satisfaction de ses sculptures et qu’il lui suffit d’avoir l’approbation de sa femme et de ses enfants et que ces derniers participent aussi, d’une certaine manière, à ses créations en lui suggérant des idées et des remarques judicieuses. Son seul public pour le moment sont les siens. N’est-ce pas une des définitions de l’artisant, « travailleur qui exerce pour son compte seul ou avec l’aide des membres de sa famille » (Larousse). Et ajoutons que l’artisanat se transmet de génération en génération. La passion travailler le bois et de l’artisanat et un engouement qui se transmet de père en fils chez les Verny. En effet, au lieu de s’amuser pendant les vacances scolaires et sortir comme tous les jeunes de son âge, Olivier, son fils de 15 ans, s’exerce lui aussi à l’atelier et propose des idées à son père. Oubliant même la télé quelquefois, tant ce loisir l’absorbe.
Guy-Noël Verny s’est lancé aussi dans les arts appliqués, terme qu’il récusera sans doute et propose un vaste gamme de lampes de chevet en bois, des encadrements, etc. Entre son travail qui absorde presque tout son temps, sa famille, l’éducation de ses enfants, l’artisan nous dit éprouver du bonheur dans la sculpture.