À 19 ans, Gwen Chan s’est habituée à un sens de liberté qui lui permet de vivre ses passions intensément. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée dans le milieu du modelling et est aujourd’hui l’un des mannequins les plus en vue dans le paysage local. Mais cette popularité, elle préfère la gérer avec retenue et sobriété, pour mieux laisser briller son charme naturel et sa fraîcheur.
Il est encore tôt “pour qu’à mon âge, je décide si la vie vaut la peine d’être vécue ou pas”. Comme elle n’a jamais ressenti la nécessité d’y réfléchir, Gwen Chan prend toutes les options qui se présentent à elle pour s’enrichir en connaissances et en expériences. Les questions existentielles peuvent toujours attendre. Les complexes, les blocages et les hésitations aussi. Elle a décidé de s’assumer et de s’affirmer.
D’une personnalité forte sans être imposante, aussi bien dans sa peau que dans sa tête, elle renvoie aux oubliettes les préjugés que d’aucuns tenteraient encore d’associer à la gent féminine, et surtout aux femmes engagées dans le domaine de la mode. Ses arguments sont clairs et pensés : la langue de bois n’est pas son fort lorsqu’il s’agit de débattre et de donner son avis.
Révolution.
Dix-neuf ans. Gwen Chan est une jeune femme de son temps, une digne représentante de cette génération qui incarne le renouveau et qui pourrait porter la révolution. La sienne, elle la mène déjà dans sa manière d’être, en sortant des schémas préétablis pour s’inventer un destin. C’est ainsi qu’un beau jour, elle est devenue mannequin : “Contrairement à d’autres filles, je n’y avais personnellement jamais pensé. C’était vraiment inimaginable pour moi. J’avais autre chose en tête.”
Elle a seize ans à l’époque. Au collège Lorette de Port-Louis, elle a choisi de s’engager dans la filière scientifique. Elle rêve d’être vétérinaire envisage sérieusement une carrière comme neurochirurgienne.
Puis vient le concours de l’agence Elite : “Ma mère, mes cousines et mes amis m’ont encouragée à m’y inscrire. J’y suis allée.” Au milieu des “grandes et jolies filles”, elle n’y croit toujours pas. Convaincue par son charme et le talent qu’elle a affiché, le jury la classe pourtant parmi les dix meilleures candidates.
Défilés.
Gwen Chan est sur la lancée. Quelque temps après, il y aura le défilé de Tafta, celui de L’Oréal, les créations de Manish Malhotra qu’elle porte lors de l’International Fashion Extravaganza de 2011, et les nombreux autres qui suivent. Cela lui procure un vrai bonheur. “Prendre part à un défilé demande une longue préparation et beaucoup de travail. Cela représente un grand stress pour un passage qui dure quelques minutes à peine.” Mais la sensation ressentie sur le catwalk en vaut largement la peine. Difficile de la décrire par des phrases claires : “le thrill, l’adrénaline qui monte… Aussitôt que c’est fini, on sent le désir d’y retourner.”
Passionnément.
Pour Gwen Chan, tout cela reste une passion, un moment de plaisir. “Je ne le fais pas pour de l’argent ou pour la célébrité. Je le fais pour mon plaisir.” La mode est un domaine qui l’a toujours passionnée. “J’ai toujours pris pour habitude de suivre l’actualité dans ce domaine. Les défilés internationaux, les fashion weeks. Je connais les noms des grands designers, des mannequins…”
C’est surtout la création et le talent qui l’attirent : “La mode reste pour moi un art.” Quand les choses dérapent, certains comportements l’interpellent. Avant, il y avait Cindy Crawford et de vrais top-modèles, souligne-t-elle. “Aujourd’hui, on ne connaît même pas les mannequins. On ignore leurs noms. Ce sont des gens qui sont là pour deux ou trois ans et qui ont le même visage, le même corps.” Maurice échappe heureusement à cette tendance qui s’installe au niveau international : “Pour la majorité d’entre nous, c’est davantage une affaire de passion qu’une ambition professionnelle.”
Unfolds.
Au fil des années, des séances de photos, des défilés et des autres événements où son talent a été sollicité, Gwen Chan a commencé à se faire connaître. Pas la peine de surjouer : sa sobriété et son attitude posée sont des atouts qui la valorisent. Mais derrière son petit air insouciant, cette fine observatrice est consciente des moindres détails lorsqu’il s’agit de se mettre au travail. La mèche rebelle qui dépasse, les lèvres légèrement entrouvertes, les mains posées avec élégance, le regard provocateur et innocent… Face à la caméra, elle sait précisément comment faire pour se présenter sous son meilleur jour et jouer de ses atouts.
Dans le calendrier de mode Mauritius Unfolds d’Anne-Lise Ramooloo, en sus de partager la couverture avec ses autres amies mannequins, Gwen Chan y tient aussi le rôle de “Miss Février”. Elle a volontiers accepté de faire partie de ce beau et ambitieux projet qui représente une évolution dans le domaine et dans les mentalités en général. Ce n’est pas ce qu’auraient pu penser ou dire les esprits chagrins qui l’aurait influencée. “J’assume entièrement ma féminité. Je suis persuadée qu’il n’y a aucune différence entre hommes et femmes. Toutes les femmes sont capables de faire ce que font les hommes.”
Strass et cynisme.
Le strass et les paillettes de la mode ne l’ont pas grisée. La réalité, quand on la regarde en face, ne permet à personne de se croire à l’abri sur un quelconque petit nuage rose. Gwen Chan fonce les sourcils : trop de choses ne tournent pas rond dans le pays, et elle en est pleinement consciente. “La corruption s’installe partout. Pour avoir un travail ou faire quelque chose, il faut avoir de bons contacts. Ce n’est pas normal.” La jeune femme l’avoue : “J’aurais aimé que les choses changent pour que Maurice se développe. Mais les mentalités n’évoluent pas. Les gens restent coincés.” Tout cela la rend “cynique, défaitiste. Je ne sais pas si les choses changeront prochainement. Je n’y crois pas. Ceux qui se sont engagés pour ce changement ont beaucoup parlé. Mais eux non plus n’ont rien foutu…”
Arts.
Gwen Chan aime le shopping et estime passer “beaucoup trop de temps” sur YouTube, Twitter et autres réseaux sociaux. Comme d’autres jeunes de sa génération, elle s’interroge aussi sur son avenir et sait que le temps est venu pour elle de passer à autre chose. Elle y a bien réfléchi : à l’université, elle étudiera les langues et des matières liées à l’art. Elle verra bien où cela la conduira. Sa sensibilité a sans doute pris le dessus sur ce goût qu’elle croyait avoir pour les sciences, ce qui explique le plus naturellement cette volte-face.
En effet, elle a toujours eu un penchant pour les arts. Inscrite à des cours de danse classique et de piano lorsqu’elle était enfant, elle a un jour récupéré la guitare de son frère pour en jouer sans l’aide de personne. Peut-être bien pour reprendre des airs des Beatles, de Led Zep ou de ces autres grands des années 60/70, pour lesquels elle avoue une certaine préférence.
Quid de la popularité ? “Je reste quand même assez réservée. Je suis loin d’être extravagante.” En dehors de la scène, “une bonne tasse de thé et un bon livre” constituent pour elle une journée idéale.
Au sein de sa famille, quelques traditions sont restées immuables. Comme la grande réunion familiale pour le nouvel an chinois et la confection et le partage des gâteaux. Un moment exceptionnel qui lui offrira un répit dans ses activités habituelles.