Sportdance Ltd, la première école de gymnastique rythmique à Maurice, fondée et dirigée par Iana Vroublevskaia, fête ses sept ans d’existence par un spectacle au Caudan Arts Centre, le dimanche 16 juin. L’occasion de revenir sur le parcours de l’ex-championne de gymnastique rythmique de Russie, reconvertie en coach et chorégraphe. Avec Showtime, elle invite le public à découvrir les talents et le potentiel d’une centaine de gymnastes. L’ancienne championne de cerceau, ballon, ruban, corde et massues est bien décidée à les faire briller au niveau international.

La gymnastique rythmique est un mélange de danse classique et de gymnastique, avec un énorme travail de contorsion. Les gymnastes peuvent évoluer en individuel ou en équipe. L’apprentissage est basé sur la maîtrise de cinq engins que sont le cerceau, le ballon, le ruban, la corde et les massues. Dans les compétitions, les performances sont notées sur la difficulté et la dimension artistique de la chorégraphie ainsi que l’adresse de la gymnaste. “C’est un sport de compétition, l’un des plus exigeants, qu’il ne faut pas confondre avec un loisir ou l’éducation physique. Les yeux ont tendance à voir uniquement l’élégance, la grâce et la souplesse. Cela peut paraître bien simple. En réalité, le corps et l’esprit sont mis à rude épreuve”, confie Iana Vroublevskaia.

Pour y avoir consacré presque dix-sept années, l’ex-championne de gymnastique rythmique ajoute que “ce sport ne se pratique pas. Il se vit”. Cela fait de nombreuses années que la Russe ne monte plus sur les podiums, mais le lien avec cette discipline qui a constitué le fil rouge de sa jeunesse demeure très solide. À 42 ans, Iana Vroublevskaia n’a rien perdu de son élégance, sa souplesse et sa force physique. Installée à Maurice depuis 2011, elle s’est reconvertie en coach, chorégraphe et fondatrice de la première école de gymnastique rythmique sur l’île.

Construire sa propre histoire.

Comme un enchaînement de mouvements sur le tapis, Iana Vroublevskaia raconte son parcours qui l’a amenée à devenir championne de gymnastique rythmique de Russie en 1993 et 1994. À son palmarès ne figure aucun titre olympique. Car sa carrière a pris fin après un accident lors d’un examen de plongée alors qu’elle était déjà qualifiée pour les championnats d’Europe. Mais point de regret. Un grand sourire illumine le visage de celle qui peaufine les dernières répétitions du premier spectacle public présenté par la centaine de gymnastes de Sportdance. Derrière sa voix douce, l’âme d’une sportive est bien présente. “Rien n’est un hasard dans la vie. Plusieurs choses se présentent à nous, bonnes ou mauvaises, peu importe. Le plus important, ce sont l’audace, le courage et la détermination. C’est comme cela qu’on arrive à construire sa propre histoire.”

La sienne a été écrite autour de la gymnastique rythmique. Iana Vroublevskaia est toute petite quand elle découvre la gymnastique rythmique. Elle a tellement aimé ça que ce sport ne l’a plus jamais quittée. Ses parents d’origine ukrainienne avaient eu pour consigne des médecins de trouver une activité sportive indoor pour aider leur unique enfant “à booster mon système immunitaire et améliorer sa santé”. Depuis sa naissance, Iana Vroublevskaia était constamment malade, avec de nombreuses infections aux poumons. À l’âge de 4 ans, durant les Jeux Olympiques de Moscou, elle découvre la gymnastique rythmique sur son petit écran et décide de se lancer, “juste pour pouvoir mener une vie normale”. “J’étais enfant unique, mes parents étaient souvent pris par leur boulot dans la police et j’habitais un petit appartement. Pour moi, l’immense gymnase était devenu mon terrain de jeu. Je pouvais aussi me retrouver dans un cadre sécurisé et me faire beaucoup d’amies.”

Rigueur, travail et sacrifice.

Au fil des séances d’apprentissage, la jeune gymnaste comprend aussi que “ce sport pouvait m’offrir beaucoup. Pour les compétitions, les filles voyageaient. Cela m’a réellement donné l’envie de me surpasser. À cette période en Union Soviétique, les seuls à prendre l’avion étaient les politiciens et les sportifs”. Elle se donnera corps et âme à ce sport. Dès l’âge de 11/12 ans, elle effectue ses premières pas dans les compétitions. Une aventure qui lui ramènera des titres et des voyages, une carrière et de belles opportunités.

Aujourd’hui, au sein de son école privée aménagée à Forbach, c’est son amour, sa passion, ses connaissances et son expérience que l’ex-championne transmet à ses élèves, du lundi au samedi. Sans manquer toutefois de leur rappeler “qu’avant de goûter à la réussite, il faut passer par plusieurs étapes. Sans rigueur, travail et sacrifice, cela n’est pas possible. C’est un sport que l’on doit commencer très jeune car il s’arrête vers la vingtaine”.

Pendant dix ans, Iana Vroublevskaia a répété le geste sportif qui mène à un aboutissement. Celui d’un athlète capable de créer avec son corps et son esprit, sans artifice, un geste pur pour tenter d’atteindre la perfection à laquelle il aspire. Chose qui n’était pas gagnée d’avance. “En Russie, des millions de filles pratiquent la gymnastique comme sport. Pour être au top niveau, il faut être en mesure de montrer sa motivation et sa détermination.” L’ancienne gymnaste née à St Petersburg a été capable de le faire. Cette force de caractère lui sert aujourd’hui. “Si je n’avais pas vu le potentiel des Mauriciens, je n’aurais pas poursuivi mon projet d’école de gymnastique. Malheureusement, au bout de sept ans, il n’y a toujours pas de fédération (suspendue depuis 2015), pas de licence et encore moins d’infrastructures adéquates pour la pratique de cette discipline.”

Une “seconde vie”.

Comme ce fut le cas quand elle était athlète, Iana Vroublevskaia ne veut pas lâcher prise et trouve toujours le plan B. C’est à La Réunion, en association avec une école de gymnastique rythmique, que la coach et directrice de Sportdance parvient à faire participer ses filles à des compétitions. Elle vient tout juste de rentrer de l’île sœur, où sept de ses gymnastes ont réussi les qualifications et les tests. Son école compte désormais douze filles capables de s’aligner à des compétitions régionales et internationales.

La notoriété de l’ex-championne de Russie ne se construit plus sur les podiums. Mais Iana Vroublevskaia n’a pas mis un point final au glorieux livre de sa carrière avec sa “seconde vie”. Parallèlement à son parcours d’athlète, elle a eu raison de poursuivre des études en sport. “J’ai toujours aimé le sport. Même si j’avais aussi du potentiel pour entamer des études en langues et que j’ai passé l’examen d’entrée aux Beaux-Arts, j’ai fait le choix d’approfondir mes connaissances en sport.” Grâce à sa maîtrise en sports et préparation des athlètes à la Lesgaft National State University of Physical Education, Sport and Health, la Russe a pu rebondir après son accident pour devenir entraîneur.

De Russie, en passant par Milan et douze années à Dubaï avant d’atterrir à Maurice, Iana Vroublevskaia passe rarement inaperçue là où elle évolue. Même si elle a déjà reçu la proposition de rejoindre l’équipe française de gymnastique rythmique pour préparer les athlètes des prochains Jeux Olympiques, Iana Vroublevskaia veut encore croire à ses projets initiaux. Sa motivation : “Mes filles sont prêtes et capables au moins d’être sélectionnées pour de prestigieuses compétitions, voire pour les qualifications des JO. C’est énorme mais pas impossible si on s’y met dès maintenant.”

Quand la gymnastique rythmique fait le show

Une centaine de gymnastes de Sportdance, âgées entre 4 et 16 ans, seront sur la scène du Caudan Arts Centre, le dimanche 16 juin à partir de 17h, pour une unique représentation de Showtime. Ce spectacle de gymnastique rythmique, divisé en trois parties, proposera des chorégraphies pour marquer les sept ans d’existence de cette école à Maurice. Des enchaînements, des sauts, des démonstrations et manipulations de corde, massues, ruban, cerceau ou ballon au rythme de la musique mettront en lumière les talents et le potentiel des Mauriciennes dans cette discipline sportive et olympique. L’occasion, précise la coach et chorégraphe Iana Vroublevskaia, “de montrer tout le travail effectué jusqu’ici, les différentes évolutions depuis nos débuts. C’est aussi une façon de lever des fonds pour permettre à mes élèves de participer à plus de compétitions régionales et internationales”.

Les billets sont en vente à Rs 300 (enfants de 3 à 12 ans) et Rs 600 (adultes).