Mare Chicose sera vidé de ses habitants d’ici quelque temps. Cette décision s’avère vitale compte tenu des ennuis causés par la présence du centre d’enfouissement dans ce village. L’exercice de délocalisation a déjà débuté, mais le montant de la compensation accordée ne convient pas à tout le monde. Des habitants souhaitent avoir des réponses à leurs questions et sont en attente d’une solution.
Petit village situé entre les montagnes et une nature luxuriante, Mare Chicose aurait dû respirer la quiétude. Les lieux sont généralement paisibles et le chant des oiseaux à proximité est facilement perceptible. Mais une odeur putride et une atmosphère chargée de scandales ont envahi la région. La tranquillité est régulièrement troublée par le ballet des gros camions qui viennent déposer leurs ordures au centre d’enfouissement, qui est situé non loin des habitations.
C’est cette activité particulière qui a sorti ce village de l’anonymat. Avec les inconvénients causés aux quarante-six familles de la région, qui ont à subir l’odeur nauséabonde qui se dégage des camions et de la décharge.
Transparence.
La colère et l’incompréhension règnent chez un groupe d’habitants. Leur grief : le flou entourant les compensations du gouvernement à l’intention des résidents pour leur relogement à Marie Jeannie, Rose-Belle. Cela fait plusieurs années déjà qu’ils réclament plus de transparence autour de l’exercice d’évaluation de leur propriété et demandent que la compensation soit appropriée. Ils souhaitent également comprendre la méthode utilisée pour chiffrer le dédommagement.
Lors d’un premier exercice effectué en 2006, une somme de Rs 47,6 m a été débloquée. Mais suite à des protestations, un paiement additionnel a été accordé et le chiffre de Rs 71,4 m a été atteint en 2007. Cela a suscité d’autres protestations et les discussions se sont succédé de plus belle. Car lors du paiement additionnel, ceux qui avaient obtenu une somme inférieure en 2006 ont reçu plus d’argent que ceux qui, dès le premier exercice, devaient toucher une compensation supérieure en fonction de leur situation familiale et la valeur de leur propriété. C’est donc l’incompréhension qui règne en ce moment.
Plus de transparence.
Quelques membres des Forces vives – regroupés sous l’identité Millenium Active Group –
que Scope a rencontrés, se disent remontés face à cette situation. L’ambiance dans ce village autrefois paisible a changé. L’esprit de famille et d’entraide qui unissait les habitants s’est effrité.
C’est avec peine et presque les larmes aux yeux que certains nous en parlent. “Nous ne sommes pas contre la délocalisation, mais demandons qu’il y ait plus de transparence et que la compensation soit juste et proportionnelle à ce que nous laissons derrière nous”, souligne Navin Mandye. Des propos soutenus par quelques femmes présentes.
Les habitants affirment que Mare Chicose est la terre de leurs ancêtres. Ils y habitent depuis de nombreuses années, y ont connu beaucoup de naissances, de mariages, de décès… Autant de souvenirs qu’ils ne souhaitent pas abandonner, “pour des peccadilles”.
“Fer azir nou drwa”
Ils reconnaissent qu’ils auront plus de facilités à Marie Jeannie, en termes de transport et de proximité avec certains services essentiels, mais soulignent que leur attachement à leurs terres et à leurs maisons, fruits de leur dur labeur dans les champs, est difficile à évaluer.
En dépit des contraintes, les habitants ont su s’adapter à la situation au fil des années. En allant à Marie Jeannie, c’est toute la quiétude, le bon voisinage et la beauté du village qu’ils vont laisser derrière eux, en sus de l’attachement qu’ils ont pour l’héritage laissé par leurs aînés. “Nou pa pe fer politik, me nou le zis fer azir nou drwa”, proclament-ils haut et fort.
Autre sujet d’incompréhension : l’absence de certains habitants de la localité sur la liste des personnes qui doivent obtenir une compensation financière et un terrain à Marie Jeannie. Certains dénoncent le fait que des personnes n’habitant pas Mare Chicose ont obtenu des terres, sans aucune explication. Selon la réponse parlementaire donnée le mardi 10 juillet par le ministre Hervé Aimé à l’Assemblée nationale, à la suite d’une question du député Mahen Seeruttun, le cas de ces personnes qui ne figurent pas sur la liste est à l’étude pour trouver une solution. Le ministère des Collectivités locales et celui du Logement travaillent en collaboration pour trancher ce noeud gordien.
Attente.
Ceux que nous avons rencontrés vivent l’expectative. Le doute plane; le stress et la tristesse sont au rendez-vous. “Nou gran fami inn rinte pou aste terin ek mont lakaz. Gouvernma bizin pey domaz moral ki pe sibir”, s’exclame une dame. Une octogénaire ajoute : “Fer swasanndizan ki mo res la. Gagn sagrin pou kit isi. Mo bien kontan res la.” À un âge où elle devrait profiter d’une retraite paisible, ses soucis, qu’elle nous énumère, lui donnent un air hagard.
Les autres habitants se demandent s’ils pourront s’adapter là où on veut les envoyer. Mais ils sont conscients que si les autorités gouvernementales ont accepté le principe d’une compensation et d’une délocalisation, c’est qu’elles reconnaissent que le centre d’enfouissement est une nuisance pour les habitants de Mare Chicose.
Certains de ceux qui ont déjà obtenu leurs compensations ont commencé à construire à Marie Jeannie. Ceux que nous avons rencontrés sont, eux, toujours dans l’attente…