C’est une belle récolte ! L’on s’attendait à vivre une belle moisson à l’occasion de la 3e journée de compétition, et force est de constater que le public n’a pas été déçu. Pas moins de 12 médailles d’or sont tombées dans l’escarcelle mauricienne, 6 d’argent et trois de bronze. Ce qui porte le total à 15 breloques dorées en attendant la dernière journée cet après-midi. Les héros ont pour noms Anthony Madanamoothoo et Cédric Coret chez les messieurs, Ketty Lent et Alison Sunee en féminin.

Déjà, avant le début des différents concours, l’on sentait comme un parfum de moisson. « Nous remporterons des médailles aujourd’hui (ndlr : hier). J’en suis sûr et certain. Ceux qui seront en lice sont vraiment performants », soulignait le président de la Mauritius Weightlifters’ & Powerlifters’ Association (MAWPA), Jimmy Moonien. Quant à l’un des parents des leveurs de fonte, Jack Madanamoothoo, il ne voulait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. « Croisons les doigts. Je suis convaincu que mon fils est capable de ramener l’or. Il est prêt. Mais je ne veux pas le dire. Attendons voir. »

Ce qui s’ensuivra restera dans les annales. C’est le jeune Jeremy Félicité qui a été le premier à s’élancer dans la catégorie 81 kg. Pris de stress, il échoue lors de ses deux premières tentatives à 110 kg à l’arraché. Ce n’est pas évident de prendre part à ses premiers JIOI, devant son public. Un poid vraiment lourd à porter. Mais il parviendra tout de même à assurer la médaille d’argent lors de son 3e essai. Il termine son concours avec une charge à 127 kg à l’épaulé-jeté pour un total olympique de 237 kg. Mais le représentant de la Grande île, à savoir Claudio Randrianavalona, était beaucoup trop fort, lui qui réalise 122 kg à l’arraché et 150 kg à l’épaulé-jeté pour un total olympique de 272 kg.

À noter que les trois concours (81 kg, 89 kg et 96 kg) se tenaient en même temps. L’arrivée d’Anthony Madanamoothoo a été acclamée par le public. Réputé émotif, il était très concentré. S’il était le grand favori de la catégorie, il devait toutefois se méfier du Réunionnais Romain Dijoux. Madanamoothoo allait mettre tout le monde d’accord à l’arraché avec une charge à 127 kg contre 118 kg pour le natif de l’île sœur. S’ensuivra un chassé-croisé tactique à l’épaulé-jeté. Dijoux réussira 145 kg contre 146 kg pour Le Mauricien, avant que Le Réunionnais ne porte son score à 152 kg. Le public devait par la suite scander le nom du jeune héros qui réussira 153 kg à l’épaulé-jeté pour un total olympique de 280 kg contre 270 kg pour Dijoux. La messe était dite.

Anthony Madamoothoo pouvait exulter ! Il a converti le bronze en or. Il ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour savourer avec son entourage, mais s’est fait reprendre de volée par le jury après le concours. Car il se devait d’attendre la fin du concours pour profiter des siens. Il s’est excusé et tout est rentré dans l’ordre. « C’est magique. J’ai rêvé de ce moment toute ma vie ».

Lent dans un fauteuil

Cédric Coret n’allait lui aussi pas se manque. Médaillé d’or aux Jeux de 2015 à La Réunion dans la catégorie 77 kg, il avait lui une revanche à prendre. Et au final, il s’en est tiré avec 128 kg à l’arraché et 157 kg à l’épaulé-jeté pour un total olympique de 285 kg. Coret était dans sa bulle, impassible. Il avait faim de succès. Quelque part, dans un coin de sa tête, il voulait faire comme sa compagne (Roilya Ranaivosoa), sacrée deux jours plus tôt. « Je suis revenu encore plus fort. Je suis un battant. Je suis avant tout fier de moi-même. Je vous avais dit que je voulais avant tout prendre du plaisir. Je suis très content de faire honneur au quadricolore », confesse-t-il.

Du côté féminin, les yeux étaient rivés sur Doushka Gopaloodoo (64 kg), Ketty Lent (71 kg) et Alison Sunee (76 kg). La première nommée, en quête d’expérience, avaient affaire à du très, très lourd dans sa catégorie avec les Malgaches Elisa Ravololoniaina et S. Randrianandrasana. Ces dernières ont d’ailleurs fini première et deuxième respectivement, avec record des Jeux à la clé. Difficile pour la Mauricienne d’exister, mais elle prend quand même trois médailles de bronze. Une performance honorable pour une première participation. En ce qu’il s’agit de Ketty Lent, par contre, l’heure était à la confirmation.

Avec 75 kg à l’arraché et 102 kg à l’épaulé-jeté et un total de 177 kg, la sœur cadette d’Emmanuella Labonne était tout simplement intouchable. « Je suis très contente, mon objectif était de remporter la médaille d’or. Merci à tous ceux qui ont rendu ce succès possible. Et notamment à mon père décédé qui veille sur moi de là où il est. Cette médaille est pour toi papa. »

Qui plus est, Ketty Lent a tenu à lancer une petite pique. « À ceux qui disent que j’avais des problèmes de comportement et que j’étais indisciplinée, j’ai répondu de la plus belle des manières car, selon moi, une athlète indisciplinée ne peut ramener le plus précieux métal », estime la championne. C’est Alison Sunee qui a conclu en beauté dans la catégorie 76 kg avec trois médailles d’or, soit 80 kg à l’arraché, 100 kg à l’épaulé-jeté et 180 kg au total olympique. Qui dit mieux ?Au nom d’Yvan Pierrot !

Ces champions que sont Anthony Madanamoothoo et Cédric Coret ne l’ont jamais oublié. C’était vraiment l’un des leurs. Triple médaillé d’or aux derniers JIOI à La Réunion dans la catégorie -105 kg, Yvan Pierrot avait tout pour faire une grande carrière. Mais dans la nuit du 31 décembre 2015, cette étoile montante de la discipline succombe à ses blessures suite à un grave accident de la route à Midlands.

Ce brusque départ, à l’âge de 19 ans, laisse un grand vide chez ses proches, amis, collègues sportifs et tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer. Et Anthony Madanamoothoo est l’un de ceux-là. Qui de mieux que son père pour en parler… « Il a été profondément affecté par la disparition d’Yvan. Anthony l’aimait vraiment beaucoup. Il le considérait comme un grand frère », relate Jack Madanamoothoo. Avant de poursuivre : « Anthony ne s’en est jamais remis. Yvan vit dans son cœur. Et cela lui donne du courage pour avancer. Parfois, je lui parle et lui dis de ne pas trop y penser, mais plus facile à dire plus qu’à faire. Tout cela pour vous dire que je trouve tout à fait normal que mon fils ait une pensée spéciale pour Yvan. »

Anthony Madanamoothoo n’a pas oublié son ami. Arborant fièrement ses trois médailles d’or autour du cou, il a tenu à rendre un vibrant hommage à son défunt mentor avec une photo. « Ces médailles sont pour lui. Je lui avais promis qu’un jour je deviendrais très fort. Que je lui ferais honneur. Cette médaille est pour toi qui nous regardes Yvan. Je te porterai toujours dans mon cœur », déclare notre interlocuteur, qui n’a pu s’empêcher de verser quelques larmes. Anthony Madanamoothoo est comme ça. Il fonctionne à l’affectif. Tout comme son compatriote Cédric Coret, lui aussi un ami très proche de Pierrot.

« N’oubliez surtout pas, amis de la presse, de mentionner le nom d’Yvan. C’est très important. Il est notre ange gardien. C’était d’ailleurs mon meilleur ami. Depuis qu’il nous a quittés, rien n’est plus pareil. Pierrot était spécial, unique en son genre. Il a laissé un grand vide dans nos vies. C’est grâce à toi, mon frère, que je suis là où j’en suis. Merci du fond du cœur », dit Coret.

Alison Sunee (médaillée d’or en 76 kg)

Tel père telle fille

Alison Sunee, triple médaillée d’or hier dans la catégorie 76 kg, est un petit bout de femme qui en impose. Cette étoile montante de la discipline, qui possède encore une belle marge de progression, est, tout comme l’était son père (Richard Sunee) jadis, une personne des grands rendez-vous. Il faut dire que la jeune leveuse fonte, toujours souriante et jamais avare d’un bon mot, a de qui tenir. D’ailleurs, après la cérémonie protocolaire de remises des prix, la jeune femme s’est précipitée dans les bras de son papa pour lui dire un grand « Merci ». Des moments d’intenses émotions qui n’ont pas laissé insensibles les personnes présentes au gymnase. La championne a d’ailleurs lancé : « C’est pour toi papa que je l’ai fait. Pour te rendre hommage. Mes médailles sont les tiennes. »

Alison Sunee a même enlevé ses breloques pour les mettre dans le cou de son « papounet », qui semblait gêné. Devant l’insistance de sa fille, il en a pris deux. Mais nous pouvions lire de la fierté sur le visage de Richard Sunee. La fierté de voir sa fille, en live, faire honneur au quadricolore, comme lui aussi dans un passé pas si lointain que ça. Parce que cette adrénaline et cette envie de se surpasser, Richard Sunee les connaît très bien. Et ce, parce qu’il a aussi vécu ses moments intenses, peut-être même encore plus. Considéré comme l’un des meilleurs boxeurs que le pays n’ait jamais eus (avec Bruno Julie), il avait, pour rappel, été triplement médaillé aux JIOI (une en or et deux en argent).

Lui est désormais entraîneur de boxe et elle haltérophile. Tous deux sont membres de la délégation mauricienne aux Jeux et c’est aussi la toute première fois que les deux Sunee participent ensemble à des Jeux. Un moment sans précédent et une mission patriotique de faire honneur au drapeau national.

La demande d’affiliation programmée pour septembre

La Fédération des îles de l’océan Indien d’haltérophilie aura pour rôle de redresser la barre dans la région. Fraîchement créée, les élus sont Jimmy Moonien (Maurice, président), Yahaya Ahmed Mohamed (Comores, 1er vice-président), Adolphe Leonus (Réunion, 2e vice-président), Robert Rose (Seychelles, secrétaire général), Sery Christelle (Réunion) et Richard Doolaul (Maurice, trésorier). Les membres sont Brigitta Perrinne (Maurice), Jean-Pierre Grosset (Réunion), Abou Hamadi (Comores), Avinash Pandoo (Maurice) et deux représentants de Madagascar.

« Nous avons déjà entamé trois réunions, qui se sont d’ailleurs très bien passées. Le logo de la fédération a aussi été conçu. Nous sommes sur la bonne voie », affirme son président. Avant de poursuivre : « Nous soumettrons une demande d’affiliation à l’International Weightlifting Federation en septembre lors des championnats du monde de la discipline qui se tiendront en Thaïlande. »

Jimmy Moonien espère apporter sa pierre à l’édifice. « L’objectif est d’aider les îles avoisinantes qui font face à des problèmes. Les Comores ont des soucis au niveau des infrastructures, tandis que Mayotte et les Maldives n’ont pas de fédération. Nous comptons organiser des compétitions annuellement entre les différents pays. C’est d’ailleurs un honneur pour Maurice d’avoir proposé cette idée », ajoute notre interlocuteur.