Les difficultés ne manquent pas dans les structures engagées dans l’éducation spécialisée et l’encadrement de personnes vivant avec un handicap. Les principaux soucis demeurent le manque de financement pour offrir un service approprié et le fait d’avoir un personnel formé et qualifié dédié à la cause des personnes porteuses d’un handicap.
“Nous ne percevons pas assez d’argent pour nos différents besoins.” Cet argument revient tel un leitmotiv au sein des structures s’occupant de personnes vivant avec un handicap. N’était-ce la bonne volonté du personnel, certaines auraient déjà mis la clé sous le paillasson.
Chaque sou est dépensé scrupuleusement, au détriment du personnel. Parfois, une offre minimale de certains services est proposée – encadrement d’ergothérapeutes, de psychologues, d’orthophonistes et de médecins, alors que le soutien de ces spécialistes est très important.
Les bas salaires que touchent les éducateurs spécialisés occasionnent souvent des départs. Et ce n’est pas sans conséquence. “Pour les enfants, c’est assez perturbant”, souligne Roselyne Casset de l’Association des Parents des Enfants aux Besoins Spéciaux (APEBS). Lorsqu’un éducateur s’en va, tout un travail de préparation doit être effectué auprès des enfants pour ne pas trop les déstabiliser. Et tout ce qui a été entrepris avant est anéanti.
Soutien financier.
“Imaginez une classe avec des enfants ayant des déficiences intellectuelles.” La responsable de l’APEBS salue le dévouement des éducateurs spécialisés, leur grande patience et leur sens de l’écoute afin d’encadrer au mieux les enfants. Cela pour les aider à développer leurs aptitudes et à devenir le plus autonome possible. Pour Irène Alessandri, directrice de l’Association des Parents des Enfants Inadaptés de l’île Maurice (APEIM), il ne fait pas de doute que le personnel sait faire preuve d’abnégation.
Le ministère de l’Éducation souhaite que les éducateurs spécialisés disposent au minimum d’un Higher School Certificate. Mais certains responsables engagés dans le milieu se demandent s’ils pourront recruter du personnel disposant d’une telle qualification et acceptant de travailler avec un bas salaire. L’APEBS, l’APEIM, la Fondation Georges Charles, Lizie dan la main, l’Association des Parents des Déficients Auditifs (APDA), Anou grandi et Autisme Maurice soutiennent que sans un soutien financier adéquat, il est difficile de bien rémunérer ceux qui s’occupent de personnes souffrant parfois de très lourds handicaps. Un personnel qui doit aussi être formé dans l’éducation spécialisée. Dans certains cas, il est également difficile de recruter des gens qualifiés pour l’administration, faute d’une rémunération adéquate.
Éducation pour tous.
Certaines associations arrivent tant bien que mal à s’en sortir, grâce à des activités de levées de fonds, mais elles auraient préféré consacrer toute leur énergie aux différents programmes d’encadrement mis en place. Cela poserait problème particulièrement à ceux qui ont des projets à long terme. Les fréquents changements du protocole pour obtenir un financement sont également déroutants.
Solange Prosper, manager de Friends in Hope, souligne que les organisations doivent tout le temps chercher la bonne formule pour vendre leur cause. “Les sponsors ont leurs programmes établis pour le CSR et ce que nous proposons doit aller dans la même ligne.” Cette aide, bien qu’elle soit très appréciée, est souvent aléatoire, constate Géraldine Aliphon d’Autisme Maurice.
Pour Solange Prosper, l’État aurait dû mieux jouer son rôle en soutenant davantage les ONG. “Je ne pense pas qu’on devrait se battre à ce point pour pouvoir offrir l’encadrement nécessaire aux handicapés.” Un avis que partage Gina Poonoosamy de Anou Grandi. Selon elle, les ONG sont en train de faire le travail de l’État en offrant une éducation aux enfants handicapés. “On parle de l’éducation des enfants “normaux”, qu’en est-il des enfants handicapés ? L’État aurait dû créer des infrastructures pour les accueillir, chacun selon ses besoins, et favoriser l’éducation pour tous.”
Favoriser l’intégration.
Reprenant l’article 24 de la Convention on the Rights of Persons with Disabilities, dont Maurice est signataire, Irène Alessandri insiste sur le fait que l’État doit prendre ses responsabilités. La convention stipule que “States Parties recognize the right of persons with disabilities to education. With a view to realizing this right without discrimination and on the basis of equal opportunity, States Parties shall ensure an inclusive education system at all levels and life long learning”. Elle ne s’explique pas aussi la disparité qui existe entre les enfants fréquentant les institutions de la Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP), qui bénéficient d’une allocation quotidienne de Rs 75 sous la School Supplementary Feeding Project, alors que ceux des écoles spécialisées n’ont droit qu’à Rs 15.
Le manque de financement a pour résultat que certaines organisations ont du mal à faire l’acquisition de certains équipements susceptibles de favoriser l’intégration de leurs membres. La Fraternité des Malades et Handicapés de l’île Maurice rencontre des difficultés pour acheter des fauteuils roulants servant à la pratique du basket-ball. Pour Lizie dan la main, ONG s’occupant de malvoyants et de non-voyants, l’acquisition de logiciels Jaws (Job Access With Speech), qui transforment un texte affiché en un texte oral, est compromise. Les projets de développement pour des infrastructures plus spacieuses sont aussi freinés, faute de moyens.