Noemi Alphonse a été la seule Mauricienne a avoir terminé sur la plus haute marche du podium lors du Grand Prix IPC (International Paralympics Committee) de juin dernier en Italie. C’était au 1500m fauteuil, une course qu’elle avait bouclée dans le temps de 4.54:88. Près de cinq mois après, elle attend toujours d’être récompensée pour cette performance. Dégoûtée, elle dit ne pas comprendre l’attitude de ceux concernés, alors qu’elle figure pourtant dans le classement mondial IPC à la 43e au 400m et 45e au 100m.
  » L’argent n’a pas d’importance à mes yeux. Ce qui me rend triste, c’est que l’Etat ne reconnaît toujours pas ma performance au Grand Prix IPC alors que j’ai pourtant fait honneur à toute l’île Maurice. Voir les autres athlètes recevoir un prix me fend le coeur. Ce n’est pas que je suis jalouse, mais je me dis seulement, cinq mois après, que peut-être ma performance ne compte pas. Le ministre de la Jeunesse et des Sports (Yogida Sawmynaden) a pourtant dit que les efforts seront récompensés. Force est de voir que ce ne sont que des paroles en l’air dans mon cas « , a confié à Week-End Noemi Alphonse avec beaucoup d’amertume, en fin de semaine.
Car elle n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi l’Etat, donc le ministère de la Jeunesse et des Sports, n’a toujours pas reconnu cette performance. Il nous revient que sa fédération, la Physically Handicapped Persons Sports Federation (PHYSFED), n’aurait pas fait une demande en ce sens. Et on avance, dans les milieux concernés, c’est le fait qu’elle s’entraîne avec Jean-Marie Bhugeerathee de la Mentally Handicapped Persons Sports Federation (PHYSFED) qui pourrait en être la cause.
Noemi Alphonse, elle, se dit révoltée par la situation, d’autant qu’elle explique ne pas avoir le soutien de sa fédération, alors qu’elle vise une qualification pour les Jeux paralympiques de 2016. Amputée à la hauteur du mollet gauche depuis sa naissance et ayant encore d’autres handicaps physiques, Noemi Alphonse dit n’avoir jamais abdiqué, malgré cela. Elle a d’ailleurs repoussé son entrée à l’université de Maurice, afin de pouvoir se consacrer entièrement à sa préparation. Avec un chrono qui tourne actuellement dans les 4.30, elle dit croire en ses chances de réaliser les minima B (4 minutes) pour les Jeux paralympiques.  » Je m’entraîne à la raison de deux fois par jour et de six jours sur sept. J’ai un volume de six heures d’entraînements quotidiens. J’ai beaucoup progressé et je sais que je peux décrocher une qualification paralympique. J’en suis même convaincue « , a-t-elle fait remarquer.
De Ste Croix à Réduit en bus !
Malheureusement, a-t-elle fait ressortir, les conditions sont actuellement très difficiles pour elle.  » Nous avions fait une demande auprès de la fédération pour que je puisse bénéficier d’un moyen de transport pour pouvoir me rendre à mes entraînements. Je ne vous dis pas la réponse « , a-t-elle avancé. C’est donc en bus qu’elle quitte quotidiennement Ste Croix, à 7h, pour la gare du nord à Port-Louis avant de marcher jusqu’à la gare Victoria pour ensuite se rendre au stade Maryse Justin, à Réduit.  » C’est vrai que ce n’est pas évident de faire un aussi long trajet en prenant en compte mes handicaps, mais si je le fais chaque jour, c’est par amour du sport. Mon rêve c’est d’aller aux Jeux paralympiques et je ferai tout ce qu’il faut pour y parvenir « , a-t-elle déclaré avec beaucoup de détermination.
A bientôt 20 ans le 23 novembre,elle a indiqué qu’elle aura toutefois à prendre une décision sur sa carrière, à un moment donné, si elle n’a toujours pas de soutien de sa fédération.  » Mes parents me soutiennent depuis toujours, mais ils sont tristes de voir tous les problèmes auxquels je dois faire face. Il arrivera un jour où ils me demanderont de tout arrêter et je pense que je vais devoir leur écouter. Etant handicapée est déjà très difficile et se voir injustement pénalisée, alors que je me sacrifie énormément pour faire honneur à mon pays, est encore plus difficile à accepter « , a-t-elle fait remarquer.
Pour conclure, Noemi Alphonse a dit espérer pouvoir bientôt bénéficier d’une bourse de haut niveau auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports. Son dossier n’a pas été approuvé, a-t-elle dit, dans le sens où, selon ses informations, elle n’avait pas réalisé les minima pour les Jeux des Iles de l’océan Indien d’août dernier. Elle avait même été battue dans la compétition de sélection par Brandy Perrine qui a ensuite remporté la médaille d’or à La Réunion sur 1500m dans le temps de 5.13:35. Pour Noemi Alphonse, obtenir une bourse de haut niveau est ce qu’il y a de plus normal, d’autant qu’elle possède, a-t-elle précisé, un chrono de 4.54:88 (!) réalisé dans une compétition internationale en juin dernier en Italie.